Inondations et crues

Inondations Aude 15 octobre 2018

Une crue catastrophique dans l'Aude, 19 ans après la crue dramatique de 1999.

C'est le Carcassonnais qui est cette fois mis à rude épreuve, et notamment les communes de la ceinture nord de la préfecture, arrosées par le Fresquel, le Trapel ou l'Orbiel, et les villages bordant l'Aude depuis Carcassonne.

A l'origine des crues, un épisode pluvieux intense dans la nuit du dimanche 14 au lundi 15 octobre avec plus de 200 mm observée au radar de Météo France sur un axe Trèbes - Cuxac Carbadès.

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source Météo France (en bleu le cours de l'Aude)

 

4, 5 ou 6 mois de pluie en quelques heures, qu'importe et cela n'a guère de sens. C'est chose courante dans la région et c'est le propre des précipitations méditerranéennes : peu de jours de pluie, mais quand il pleut, il tombe (souvent) des seaux.

Malheureusement, l'axe des plus forts cumuls de pluie correspond à peu de choses près à de petits bassins versants dont celui de l'Orbiel.

2018 vs 1999 ?

Précipitations

Rien à voir en termes de quantité totale précipitée : on avait dépassé 600 mm en 36h à Lézignan en novembre 1999, dont plus de 100 mm en 1h et près de 200 mm en 2h. Une bonne douzaine de stations avaient dépassé 400 mm.

Source: http://pluiesextremes.meteo.fr - édition du 06/04/2016.

Dans cette nuit du 14 au 15/10/2018, seules deux stations ont vu s'abattre plus de 200 mm de pluie : Trèbes avec 295 mm (max horaire 55 mm), et Labastide-Rouairoux avec 244 mm (50 mm en 1h). Les autres pluviomètres n'ont pas dépassé 200 mm : 180 mm aux Martys (39 mm en 1h), 163 mm à Marseillette (43 mm en 1h), 140 mm à Carcassonne (25 mm en 1h), 135 mm à Puichéric (43 mm en 1h). 

Du point de vue géographique, les pluis d'octobre 2018 ont touché l'ouest du versant sud de la Montagne noire, alors qu'en 1999, c'est la partie orientale du massif et les Corbières qui avaient été touchés.

Quelques statistiques historiques pour mettre en relief l'épisode pluvieux de 2018

Selon le site pluies extrêmes de Météo France, le département de l'Aude n'avait vu que 5 fois depuis 1958 (soit en 60 ans de mesure) un épisode pluvieux dépassant 200 mm en 1 jour au mois d'octobre. L'ex-région Languedoc-Roussillon (LR) a vu ces quantités dépassées 50 fois en octobre sur la même période de mesures.

Sur les quatre derniers mois de l'année les plus propices aux épisodes méditerranéens, les 200 mm en 1 jour ont été dépassés 13 fois dans l'Aude et 125 fois en LR.

Sur une année civile, les 200 mm en 1 jour ont été dépassés 17 fois dans l'Aude (150 fois en LR) : 1962, 1963, 1969, 1970, 1977, 1979, 1982, 1985, 1986, 1989, 1992, 1996, 1997, 1999, 2005, 2010 et 2014. En moyenne, on relève donc une fois tous les 4 ans une telle quantité de pluie en 1 jour à au moins une station audoise de mesure de la pluie.

Quant à la plus grande fréquence de ce type d'évènement pluvieux sur les dernières années mise sur le dos du changement climatique (et je ne suis pas climatosceptique) elle n'est pas démontrée ici, au contraire. La médiane est calée sur l'année 1986, soit 28 ans après le début des mesures et 32 ans en arrière par rapport à aujourd'hui. Il aurait fallu que la médiane soit plus proche de 2018 que de 1958 pour conclure à une augmentation de tels phénomènes climatiques.

 

Inondations

Les pluies n'ayant pas touché les mêmes zones géographiques, les cours d'eau ayant le plus réagi ne sont pas les mêmes, hormis le fleuve récepteur qu'est l'Aude, qui a dépassé ses plus hauts niveaux historiques (crue d'octobre 1891) entre Carcassonne et Ventenac.

En 1999, la Cesse au nord et l'Orbieu au sud, qui confluent avec l'Aude à quelques kilomètres de distances, avaient été les principaux affluents alimentant la crue.

En 2018, c'est l'Orbiel et l'Aude amont qui ont soutenu la crue, complété dans une relative mesure par l'Argent-Double et l'Ognon, puis par l'Orbieu et la Cesse.

Le tableau ci-dessous récapitule les hauteurs d'eau relevées aux différents points du bassin versant de l'Aude et de ses affluents.

Tableau_Aude

Nd : capteur de hauteur d'eau ayant dysfonctionné. A Luc-sur-orbieu, la reconstruction du pont emporté par la crue de 1999 a modifié la configuration des lieux et la comparaison stricte des hauteurs n'est pas possible.

 

Quelques mises en garde cependant :

- la comparaison des hauteurs sur de longues périodes (et même des courtes) doit être regardée avec précaution et doit rester un indicateur. Les modifications de la configuration d'un même lieu de mesure, qu'ils concernent les ouvrages (pont, seuil, etc.) ou le profil en long du cours d'eau (enfoncement ou engraissement) sont de nature à fausser les comparaisons. Typiquement, l'exemple le plus célèbre est le repositionnement de la statue du Zouave lors de la reconstruction en 1958 du pont de l'Alma à Paris qui fausse toute comparaison entre le niveau de la Seine atteint en 1910 et le niveau sur la statue aujourd'hui : d'une part le Zouave n'a pas été recalé au même niveau. D'autre part, le pont ne possède plus qu'une pile, réduisant donc l'obstacle à l'écoulement.

- la bonne grandeur physique de comparaison entre deux évènements de crue est le débit. Mais sur des cours d'eau à cinétique rapide, il est difficile (et dangereux) de faire des mesures de débit pour des évènements extrêmes. Les valeurs sont souvent reconstituées à posteriori.

 

Pourquoi des inondations plus fortes qu'en 1999 sur l'Aude centrale ?

Les raisons tiennent certainement à la typologie de la crue à l'échelle du bassin :

- crue notable de l'Aude amont qui a soutenu les débits,

- crue exceptionnelle de plusieurs petits affluents, dont l'Orbiel en aval immédiat de Carcassonne, puis apport encore important des affluents jusqu'à la Cesse. Il faudra regarder les courbes de débit pour regarder les éventuelles concomitances dans les apports

- pluviométrie sans caractère exceptionnel mais survenant sur des sols humides à très humides après plusieurs jours de pluie la semaine dernière.

 

Pourquoi des inondations moins fortes qu'en 1999 sur les basses plaines de l'Aude ?

Après 1999, plusieurs aménagements ont été mis en place, dont l'élargissement du déversoir sur le canal de Jonction à Sallèles, la mise en transparence du remblai de la voie ferrée reliant Narbonne à Bize-Minervois et l'endiguement de Sallèles et Cuxac-d'Aude. Les écoulements s'évacuent mieux, avec des effets d'embâcles plus modérés et surtout sans rupture d'ouvrages cause d'effets de vagues dévastateurs.

Les volumes ruisselés en octobre 2018 sont moindres que ceux de novembre 1999 et il y a donc fort à parier que les débordements seront moindre dans les basses plaines. Si beaucoup de cours d'eau ont dépassé leur plus haut historique, ils l'ont fait avec des hydrogrammes (courbes débit / temps) plutôt pointus, surtout les affluents d'aval, donnant une valeur de maxi élevée mais des volumes roulés modérés.

 

I. Présentation des cours d'eau descendant le versant sud de la Montagne Noire

I.1 Le Fresquel

C'est le cours d'eau le plus à l'ouest, avec le plus grand bassin versant ($$$ km2). A proprement parlé, il ne descend pas de la Montagne Noire mais coule plus ou moins parallèlement à celle-ci dans une vallée assez large que suit peu ou prou le Canal du Midi du seuil de Naurouze à Carcassonne. PAr contre, tous ses affluents de rive gauche dévalent les flancs de la Montagne Noire avec de fortes pentes, certains petites affluents étant intercepté par la rigole de la Montagne qui alimente le canal du Midi à son bief de partage via le système alimentaire, très intéréssant à décrire mais hors sujet ici.

I.2 L'Orbiel

Il prend sa source au pied du GR7 à 850 m d'altitude et le début de son cours marque la limite communale de Labruguières et Mazamet.

Il reçoit à Vic son principal affluent (le Rieu sec) à l'amont immédiat de Conques-sur-Orbiel.près du village des Martys à xxx m d'altitude et descend quasiment plein sud jusqu'à Trèbes où il se jette dans l'Aude, une centaine de mètres avant le pont de la RD.

Longueur : ; Superficie du BV : 

 

I.3 L'Argent Double

 

I.4 L'Ognon

 

I.5 La Cesse

 

 

 

 

 

 

 

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Crue du bassin du Loing en mai 2016

Quelques unes de la presse

La République du Centre, l'Yonne républicaine ou le Parisien

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Présentation du bassin versant du Loing

Le Loing

Le Loing (4 220 km²) prend sa source à Sainte-Colombe-sur-Loing sur les collines sablo-argileuses de la Puisaye dans le sud-ouest de l'Yonne (320 m d'altitude).

Il traverse Saint-Farjeau et Rogny-les-sept-écluses où il croise le canal de Briare qui emprunte ensuite sa vallée jusqu'à la Seine. Il entre alors dans le département du Loiret. A Montbouy (célèbre pour ses ruines d'amphithéâtre et de bains romains), il est rejoint par l'Aveyron (108 km²) en rive droite. A Conflans-sur-Loing, un peu avant l'agglomération de Montargis - sous-préfecture du Loiret -, il conflue avec l'Ouanne (890 km²), son plus gros affluent (de rive droite) dont le bassin est d'ailleurs supérieur à celui du Loing (600 km²). Dans Montargis, il conflue avec le Puiseaux (245 km²), affluent de rive gauche. A Châlette-sur-Loing, c'est la Bezonde (510 km²) qui rejoint le Loing par un système complexe de déversoir et d'écluse, le canal d'Orléans empruntant le cours inférieur de la Bezonde. Un peu avant son entrée en Seine-et-Marne, le Loing conflue avec la Cléry (280 km²). Faisant limite départementale entre le 45 et le 77, le Loing est rejoint par le Fusain (460 km²). Après son entrée dans le département de la Seine-et-Marne, il traverse Nemours. Ses deux derniers affluents en rive droite - le Lunain (220 km²) et l'Orvanne (300 km²) - le rencontrent avant qu'il ne se jette dans la Seine (dont le bassin dépasse les 21 000 km² à la confluence) à Saint-Mammès après un parcours de 140 km.

 

BVLoing

En rouge, les contours du bassin du Loing et de ses deux principaux affluents (Ouanne au sud-est et Bezonde à l'est).

L'Ouanne

L'Ouanne est le principal affluent du Loing en rive droite (890 km²). Elle prend naissance sur la commune éponyme, également sur les collines de la Puisaye et à 15 km au nord-est de la source du Loing. Elle coule dans une vallée très rurale où les seules communes notables traversées sont Toucy, Charny et Château-Renard.

Les documents de prévention

Les deux cours d'eau sont couverts par un plan de prévention des inondations (PPRi).

Débit centennal du Loing à l'amont de Montargis (juste après la confluence avec l'Ouanne) : 270 m3/s

Débit centennal du Loing à l'aval de Montargis (après la confluence avec la Bezonde) : 380 m3/s

 à compléter

 

Les crues historiques

Janvier 1910

Comme sur la majorité des cours d'eau du bassin parisien, c'est la crue de janvier 1910 qui est la crue de référence sur les 150 dernières années au moins. Les hauteurs relevées au droit des stations de mesure sont les suivantes :

Chateau-Renard (Ouanne) : 2,15 m

Montbouy (Loing amont) : 1,85 m

Montargis (Loing aval) : 3,16 m

Châlette (Loing aval) : 2,73 m

Nemours (Loing aval) : 4,25 m

Janvier 1982

Deuxième crue la plus marquante sur le bassin, également dernière grande crue de la Seine, elle fait suite à un automne très pluvieux. On a relevé :

Toucy (Ouanne) : 3,00 m le 9 janvier à 05h

Charny (Ouanne) : 2,33 m le 9 janvier à 16h

Chateau-Renard (Ouanne) : 2,05 m

Montbouy (Loing amont) : 1,48 m le 9 janvier à 13h

Montargis (Loing aval) : 2,68 m (205 m3/s)

Châlette (Loing aval) : pas de donnée hauteur (350 m3/s)

Épisy (Loing aval) : 3,68 le 11 janvier

 

Mai 2005

Sans avoir un caractère historique, c'est la dernière montée des eaux marquante à l'échelle du bassin. On a relevé :

Toucy (Ouanne) : 1,96 m le 1er mai à 19h

Charny (Ouanne) : 1,89 m le 2 mai à 19h

Chateau-Renard (Ouanne) : 1,26 m le 3 mai à 20h

Gy-les-Nonains (Ouanne) : 1,96 m le 4 mai à 1h

Saint-Martin des Champs (Loing amont) : 0,99 m le 3 mai à 22h

Montbouy (Loing amont) : 1,38 m le 3 mai à 15h

Montargis (Loing aval) : 1,77 m le 4 mai à 13h

Châlette (Loing aval) : 2,25 m le 4 mai à 15h

Épisy (Loing aval) : 2,81 m le 5 mai à 23h

 

La crue de mai-juin 2016

La vigilance météo

Tout commence le lundi 30 mai à 16h avec une vigilance orange pour 26 départements des Hauts-de-France au Centre : de fortes précipitations sont prévues.

MF_20160530-10h


A 19h30, si la vigilance orange ne change pas, elle concerne aussi les crues du Loing pour les départements 45 et 77 : le texte en encart à droite de la carte l'indique et il faut passer la souris sur les départements concernés pour le savoir.

MF_20160530-20h


Le mardi 31 mai à 12h, la vigilance rouge est mise sur le Loiret à cause de la crue du Loing. 6 départements restent en vigilance orange pour les pluies et 2 le sont pour le crues.

MF_20160531_12h


A 16h, le Loiret reste en rouge pour les seules inondations avec la fin des fortes précipitations (notez le changement de pictogramme des départements 41 et 45).

MF_20160531_16h


Le 1er juin à 8h, le département 77 est mis en rouge pour les inondations du Loing sur sa partie aval.

MF_20160601-08h


Jeudi 2 juin à 6h, l'Essonne se colore de orange pour les inondations, suite à la mise en vigilance orange du tronçon Seine moyenne côté vigicrues.

MF_20160602-06h


A 10h, Vigicrues lève la vigilance rouge sur le Loing amont : le département 45 passe du rouge à l'orange.

MF_20160602-10h


A 16h, Vigicrues place le tronçon "Seine à Paris" en orange et l'Île de France devient toute orange pour les inondations, seul le 77 restant rouge.

MF_20160602-16h


Vendredi 3 juin à 10h, le 77 n'est plus en rouge et toute la région parisienne est en orange pour les crues, comme les départements du Centre arrosés par le Cher.

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Samedi 4 juin à 10h, la Seine à l'aval de la région parisienne est en orange sur vigicrues et donne du orange inondation sur les départements 27 et 76. Le département du Loiret revient en jaune alors que la décrue est maintenant bien marquée sur l'amont du Loing.

 MF_20160604-10h


Samedi 4 juin à 20h, la Seine aval (soumise à l'influence des marées) est en rouge sur vigicrues sur décision coordonnée de la Ministre de l'Environnement (qui a vécu Xynthia, rappelle-t-elle !) et de la préfète de région Haute Normandie => les départements 27 et 76 passent en rouge sur la carte de Météo France.

MF_20160604-20h


Dimanche 5 juin à 8h, après la marée haute du petit matin et sur la base de débordements non catastrophiques, la Seine aval repasse en orange, comme les départements 27 et 76.

MF_20160605-08h


Lundi 6 juin à 16h, très nette amélioration sur le front des crues en région parisienne puisque seul le 91 (pour la rivière Essonne) reste en orange inondation, avec les deux départements haut-normands concernés par la Seine aval en crue dont l'écoulement est contrarié aux hautes mers de coefficents élevés (proche de 100)

MF_20160606-16h


Mercredi 8 juin à 10h : il n'y a plus de orange crue sur la carte, 9 jours après le début.

 

Les précipitations

Un hiver et un printemps assez pluvieux

A l'échelle du bassin du Loing, on relève en lame d'eau de bassin :

  • 61 mm en janvier
  • 72 mm en février
  • 60 mm en mars
  • 64 mm en avril
  • 189 mm en mai dont 98 mm du 28 au 30 mai

Si l'on excepte les 20 et 24 mai, il pleut tous les jours à partir du 18 mai sur le bassin du Loing.

28 au 31 mai : 4 jours de pluie intenses

Le vendredi 27 mai voit quelques lignes orageuses toucher le sud et le sud-est du bassin avec quelques mm.

Le samedi 28 mai, les orages touchent presque tout le bassin avec une lame d'eau moyenne de 20 mm : le nord du bassin est moins touché. Le sud du bassin (Ouanne, Loing amont et Bezonde) récolte plus de 30 mm.

Le dimanche 29 mai, les pluies orageuses touchent tout le bassin de manière homogène avec une lame d'eau moyenne de 25 mm et comprise entre 20 et 35 mm suivant les bassins.

Le lundi 30 mai, des pluies continues affectent le bassin toujours de manière assez homogène avec une lame d'eau moyenne de 45 mm, comprise entre 33 et 52 mm suivant les bassins des affluents. Le sud du bassin est un peu plus touché.

Le mardi 31 mai, ce sont encore 13 mm qui tombent sur le bassin entier de manière très homogène (entre 12 et 16 mm suivant les bassins).

Au total sur 4 jours  (28 au 31 mai), 103 mm de pluie tombent sur le bassin du Loing. En volume, cela représente environ 440 millions de m3 déversés sur le bassin, répartis ainsi :

  • Aveyron : 16 millions de m3
  • Loing amont : 54 Mm3
  • Ouanne : 95 Mm3
  • Puiseaux : 25 Mm3
  • Bezonde : 57 Mm3
  • Cléry : 30 Mm3
  • Fusain : 44 Mm3
  • Lunain : 22 Mm3
  • Orvanne : 26 Mm3
  • autres apports d'affluents plus modestes : 80 Mm3

Quelques valeurs des postes météorologiques

Valeur (mm)

  Commune Lieu-dit Alt. (m)
77 LES CHOUX ROUTE DE LANGESSE 148
63 NOGENT-SUR-VERNISSON LES BARRES 145

La carte ci-dessous représente les pluies tombées sur la majorité des bassins versants des cours d'eau du bassin de la Seine à Paris en 4 jours (du 28 au 31 mai). Dans l'attente d'une légende, plus le bleu est foncé, plus il a plu (>100 mm pour le ton bleu foncé, les zones blanches ont été arrosées).

Pluie bassin de la Seine à Paris du 28 au 31 mai 2016

A venir, zoom sur le bassin du Loing.

GMT v4.5.9 [64-bit] Document from psbasemap - 2016_05_30_1J.pdf

La vigilance crue

30 mai 19h30 : les deux tronçons du Loing passent en vigilance orange.

 

31 mai 12h30 : la partie amont du Loing et son affluent l'Ouanne sont mis en vigilance rouge.

 

31 mai 16h00 : le tronçon "boucles de la Seine", correspondant au linéaire de la Seine de la confluence de l'Oise jusqu'au barrage de Poses, est placé en vigilance jaune, à cause de la propagation de l'onde de crue venant de l'amont.

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1er juin 8h00 : le tronçon du Loing aval passe en vigilance rouge, colorant du même ton le département 77 sur la carte de vigilance de Météo France.

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2 juin 6h : le tronçon de la Seine moyenne passe en vigilance orange, colorant du même ton le département 91 sur la carte de vigilance de Météo France.


2 juin 10h : le tronçon "Loing amont - Ouanne" descend d'un niveau de vigilance, tombant au niveau orange, sans changement sur la carte de vigilance de Météo France (le tronçon Loing aval, encore en rouge, touchant aussi le département 45).

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2 juin 16h : le tronçon de la Seine à Paris passe en vigilance orange, colorant du même ton les départements du 75, de la petite couronne, du 78 et du 95 sur la carte de vigilance de Météo France.

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3 juin 10h : fin de la vigilance rouge du tronçon "Loing aval" : il ne subsiste que la vigilance orange pour les inondations sur la carte de vigilance de Météo France.

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4 juin 10h : Boucles de la Seine (à l'aval de la confluence avec l'Oise) en orange ; Loing amont en jaune

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4 juin 20h : la ministre de l'Environnement décide qu'il faut passer en rouge inondation sur la Seine aval. Ou comment la politique fait fi de l'analyse hydrologique des services du Ministère. France Inter dans sa matinale du 7 juin nous passe des extraits enregistrés en direct par les journalistes, des échanges entre la Ministre et ses directeurs de service. Édifiant !

Des orages en Seine-maritime ? ça ne vaut même pas une vigilance orange d'après le directeur de Météo France.

Des débordements gravissimes sur les rives de Seine à la marée du petit matin du 5 juin ? que nenni d'après le directeur Schapi, les prévisions sont plus d'un mètre sous le niveau qui déclencherait la vigilance rouge à Rouen (à noter que le niveau de la Seine à Rouen fut de 9,33 m lors de Xynthia, à rapprocher des 9,91 l lors de la tempête de Noël 1999 ; cf. annexe 3 du RIC).

Mais madame la ministre pense que le rouge, c'est mieux. Elle a vécu Xynthia, elle, pensez donc ! Ce qui soit dit en passant, n'a rien à voir avec le phénomène en cours. Qui plus, est, c'est une spécialiste des débordements (par forcément dans le sens de la situation en cours).

Par cet excès de zèle ou de pouvoir, digne d'une monarchie anté 1789 dont elle porte fort bien le nom, elle décrédibilise le travail de ses services et banalise la vigilance orange (quel que soit l'aléa météo d'ailleurs), qui dans l'esprit de beaucoup de gens et à tort, ne mérite pas trop d'attention.


 

5 juin 8h : la marée haute est passée dans les derniers méandres de la Seine, les dégâts sont restés limités (comme les experts l'avaient prédits), la vigilance rouge peut repasser à l'orange.


6 juin 16h : l'amélioration est plus franche sur le front des inondations. Le niveau de la Seine a bien baissé. Seuls la Seine aval en Normandie reste en orange. Le tronçon "Seine moyenne" en région parisienne est maintenu en orange également mais de manière "forcée", pour indiquer la crue de l'Essonne en cours.

samedi 12 juin : tout est revenu au vert.

 

De difficiles prévisions de hauteurs d'eau de la Seine à Paris

En mars 2016, Paris et quelques communes voisines avaient mis en place un exercice d'une douzaine de jours, baptisé Sequana, simulant une montée importante (mais lente) des eaux en région parisienne, inférieure d'un bon mètre à la crue de 1910.

La crue de 1910, comme celles de 1982 et de 1955 résultent toutes les trois d'un scénario météorologique similaire : de longues périodes pluvieuses successives entre l'automne et l'hiver, saturant les sols et finissant par provoquer une crue majeure de la Seine et de ses affluents. Ce type de crues présente de multiples avantages pour la préparation et la gestion de crise :

  • elles se forment en amont du bassin sur les 4 branches principales (Yonne, Seine, Aube et Marne), mettant plus d'une semaine à arriver en région parisienne : on a donc le temps de les voir venir
  • en corollaire du point précédent, les ondes de crue avancent relativement lentement vers l'aval et passent en de nombreux points de mesure des hauteurs d'eau et de débit, permettant là encore de vérifier les débits venant de l'amont
  • si on excepte l'Yonne et son petit barrage de Pannecières situé très (trop) en amont du bassin (il capte 5% des écoulements du bassin de l'Yonne), les débits de crue peuvent être en partie dérivés vers les lacs-réservoirs de Champagne, qui sont "vides" en hiver : on peut donc écrêter la crue, voire la retarder et éviter les concomitances des pointes de crue sur les différentes branches, notamment Seine-Aube, Seine-Yonne puis Seine-Marne
  • les débits les plus forts proviennent de l'amont des grands bassins (Seine + Aube + Yonne d'un côté et Marne de l'autre) et le renforcement de la crue par les petits affluents de la région parisienne ou aux portes de celle-ci sont modestes, sans être négligeables pour autant.

Pour la crue atypique que l'on vient de vivre en cette fin de printemps 2016, tout ce beau scénario, que je qualifierais de classique plutôt que de théorique, s'est trouvé totalement remis en cause. Et a pris beaucuop de monde au dépourvu, notamment le service de prévision des crues de la Seine. En effet, ce sont les affluents de la région parisienne et de l'extrême ouest de la Bourgogne et de la Champagne qui ont apporté le gros des débits. Et comme il sont plus près de Paris que les sources des quatres grands cours d'eau du bassin de la Seine à Paris, la crue est arrivée plus rapidement.

Les prévisions du niveau de la Seine à Paris dans le détail.

Dans vigicrues, on trouve les prévisions sous forme de texte dans les bulletins au niveau des tronçons de rivières, ou sous forme de tableaux, ou encore sous forme d'images exportées d'un graphique. Les prévisions ne sont pas actualisées à chaque émission d'un bulletin, ou du moins pas actualisées sur tous les tronçons, ce qui rend assez difficile le suivi des dites prévisions. Et les archives n'existant pas, impossible de retrouver les données d'un bulletin précédent, à moins de les demander via le formulaire qui va bien.

Sans garantie d'exhaustivité, ça donne ceci, en intégrant parfois le commentaire ou un extrait qui accompagne la prévision

  • lundi 30/05/2016 à 14h38 : "Les précipitations de ce début de semaine ont fait réagir l'ensemble du tronçon. Les ondes de crues, observée et à venir, sur l'ensemble des affluents vont converger vers le tronçon Seine à Paris et générer une hausse des niveaux pour les jours à venir. L'importance de l'onde de crue sera tributaire des précipitations réellement observées dans les prochaines 48h."

Une première prévision très qualitative !

  • lundi 30/05/2016 à 18:55 (passage en orange du Loing) : "[...] Le niveau sera à la hausse jusqu'à mercredi."

On reste dans le qualitatif mais avec une échéance trop proche au vu des éléments de connaissance existant (3 à 5 jours pour propager la crue du Loing).


  • mardi 31/05/2016 à 09:51 : "Le tronçon Seine à Paris est en hausse pour les jours à venir. Crue modérée de la Seine. Le niveau sera à la hausse au moins jusqu'à vendredi. Le niveau maximum à Paris Austerlitz pourrait être compris entre 4 m et 4.5 m vendredi."

Une nouvelle échéance du maximum - plus cohérente - est proposée, et un premier chiffrage de la hauteur prévue est annoncé. Connaissant la suite, cette première prévision chiffrée plus de 72h à l'avance est bien en dessous de la réalité.


  • mardi 31/05/2016 à 11:40 : "[...] Crue modérée de la Seine, qui n'aura pas d'autre conséquence que la fermeture des berges. [...] Les pluies en cours sont de nature à modifier ces prévisions qui seront actualisées dans la journée de mardi."

Un engagement (osé) sur les maigres conséquences de la crue mais on précise que le scénario peut évoluer (à la hausse mais ce n'est pas explicite) avec les pluies du jour.


  • mardi 31/05/2016 à 15:51 : "[...] Crue importante de la Seine. Le niveau sera à la hausse au moins jusqu'à vendredi. Les prévisions données ci−dessous sont incertaines en raison des pluies en cours et des incertitudes liées aux phénomènes rares en cours sur le bassin du Loing. Le niveau maximum à Paris Austerlitz pourrait être compris entre 4.7 m et 5.2 m vendredi."

La crue de la Seine passe de modérée à importante et la prévision grimpe de 70 cm en 6h.


  •  mercredi 01/06/2016 à 04:59 : "Le tronçon Seine à Paris est en hausse jusqu'à vendredi. Crue importante de la Seine. Le niveau sera à la hausse au moins jusqu'à vendredi. Les prévisions données ci−dessous sont incertaines en raison des incertitudes liées aux phénomènes rares en cours sur le bassin du Loing et des crues importantes des cours d'eau franciliens.A Paris Austerlitz, le niveau devrait dépasser 4.30 mercredi en début de matinée. Le maximum est attendu vendredi ; il devrait dépasser 5.20 et pourrait atteindre 5.60m. Le niveau de 5m pourrait être atteint d'ici mercredi soir."

Confirmation du maximum pour le vendredi mais la prévision monte encore de 50 cm (40 cm pour la fourchette haute). A noter des prévisions à des échéances plus courtes (mercredi en début de matinée et soirée).


  • mercredi 01/06/2016 à 07:24 : "[...] Le maximum est attendu en fin de semaine. Il pourrait dépasser 5.6 m."

La date du maximum ripe, à moins qu'il faille interprêter "fin de semaine" comme le vendredi. Et les prémices d'un maximum encore plus haut s'amorcent.


  • mercredi 01/06/2016 à 09:46 : " [...] A Paris Austerlitz, le niveau devrait dépasser 5 m jeudi. Le maximum est attendu en fin de semaine."

5h et deux prévisions plus tard, les 5 m sont décalés dans le temps et le maximum aussi.


  • mercredi 01/06/2016 à 15:51 : " [...] A Paris Austerlitz, le niveau maximum devrait être compris entre 4.9 m et 5.4 m et ne devrait pas dépasser 5.6 m. Il est attendu entre vendredi et samedi et devrait se maintenir quelques jours.

Les prévisions se font moins alarmistes même si on reste au conditionnel sur la valeur du maximum. On revient à un maximum le vendredi.


  •  jeudi 02/06/2016 à 08:57 : "Le tronçon Seine à Paris est en forte hausse ce jeudi. Crue importante de la Seine. La cote à Paris pourrait atteindre 5,6 m aujourd'hui. Le maximum à Paris est attendu vendredi, les prévisions chiffrées seront données à la prochaine actualisation du bulletin en milieu de journée."

En lisant entre les lignes, on sent poindre la panique ou le stress. Les 5,6 m prévus la veille comme un maximum dans la nuit de vendredi à samedi sont déjà tout proche ce jeudi. Il faut patienter pour avoir des prévisions.


  • jeudi 02/06/2016 à 14:44 : "[...] Le maximum à Paris est attendu demain entre 5.3 et 5.90 m"

Voilà la prévision, pas si dramatique mais quand même revue à la hausse et très imprécise : demain à quelle heure ?


  • vendredi 03/06/2016 à 06:10 : " [...] Le tronçon Seine à Paris est en forte hausse jusqu'à vendredi. Crue importante de la Seine. Le maximum à Paris est attendu à partir de vendredi après midi entre 5.7 et 6 m"

La prévision augmente encore un peu mais la fourchette d'incertitude se réduit (30 cm). Comme on est vendredi, voir écrit vendredi pour le maximum peut prêter à confusion. Est-ce aujourd'hui ou vendredi prochain ?


  • vendredi 03/06/2016 à 9h55 : "Le tronçon Seine à Paris est en hausse jusqu'à vendredi. Crue importante de la Seine. La hausse est due à la combinaison des apports provenant du Loing, de l'Yonne et également de la Marne qui a particulièrement réagi aux pluies de jeudi. En revanche, les apports des affluents de la Seine moyenne (Orge, Yerres...) sont en légère diminution. Le maximum qui sera atteint à Paris dépend de la concomittance de ces différents phénomènes en cours d'évolution, ce qui le rend difficile à estimer précisément. L'hypothèse la plus pessimiste pourrait générer un maximum de 6.2 m. Par conséquent,le maximum à Paris est attendu à partir de vendredi après midi entre 5.8 et 6.2 m."

Là encore, parler de vendredi (lire "ce vendredi") qui est le jour même déstabilise un poil. Malgré la situation complexe décrite, il reste étonnant qu'à quelques heures du maximum, il soit si difficile d'avoir des prévisions fiables.


  •  vendredi 03/06/2016 à 11h45 puis 12:36 (pour la prévision) : "Le tronçon Seine à Paris est en hausse jusqu'à vendredi. Crue importante de la Seine. ATTENTION : UN PROBLEME TECHNIQUE SUR LA STATION HYDROMETRIQUE DE PARIS AUSTERLITZ CONDUIT LA STATION A SOUS ESTIMER LA HAUTEUR OBSERVEE, PROBABLEMENT DEPUIS LE 02/06 23H. LES NIVEAUX CORRIGES / OBSERVES / PREVUS SERONT MIS A JOUR DANS LES BULLETINS VIGICRUES. LA COTE OBSERVEE A 12H EST DE 6M. La hausse est due à la combinaison des apports provenant du Loing, de l'Yonne et également de la Marne qui a particulièrement réagi aux pluies de jeudi. En revanche, les apports des affluents de la Seine moyenne (Orge, Yerres...) sont en légère diminution. Le maximum qui sera atteint à Paris dépend de la concomittance de ces différents phénomènes en cours d'évolution, ce qui, en plus des problèmes techniques rencontrés, le rend difficile à estimer précisément. A Paris, le maximum est attendu à partir de vendredi après-midi entre 6.1 m et 6.6 m. Cette précision pourra être affinée au cours de la journée."

La cata ! Le capteur qui mesure le débit et la hauteur d'eau au pont d'Austerlitz a merdé (on saura plus tard que les débrits flottants sont à l'origine du dysfonctionnement). La hauteur d'eau mesurée est sous-estimée (de près de 30 cm) et la prévision de même. Il est surprenant de la voir monter en flèche : + 50cm.


 

  • vendredi 03/06/2016 à 13h22 : même contenu de bulletin mais la prévision a disparu.

Et il faudra attendre 16h00 pour avoir une nouvelle prévision !


 

  • vendredi 03/06/2016 à 15h53 : "[...] LA COTE OBSERVEE A 15H EST DE 6,03M. [...] Le pic de crue sur Paris est prévu ce soir vers 6.3 m, voire 6.5 m dans des hypothèses plus défavorables. Il faut signaler qu'il s'agira d'un plateau plus que d'un pic, ce niveau haut devant rester relativement stable pendant tout le week end avant d'amorcer la décrue.
  • vendredi 03/06/2016 à 17h38: " [...] La valeur maximale prévue à Paris sera comprise entre 6,1 m et 6,4 m."

En fin d'après-midi, la prévision est revue à la baisse. A noter que ce sera la dernière et que le bulletin du SPC ne sera plus actualisé avant samedi matin....


 

  • samedi 04/06/2016 à 06h52 : "A Paris, e maximum a été atteint cette nuit à 6.10 m. Une légère baisse sera observée ce week−end."

Le commentaire est pour le moins laconique. Finalement, la Seine s'est arrêtée à 6,10 m, fourchette basse de la dernière prévision.

 

Pouvait-on faire mieux ?

Réponse à la normande : oui et non !

Quand on lit une présentation des services de l'État (service de prévision des crues et Météo France), datant de 2014 ou 2015 a priori, sur la survenue d'une crue exceptionnelle à Paris (qui n'en fut pas une en 2016), on s'aperçoit que le scénario hydrométéorologique que l'on vient de vivre n'est jamais pris en compte : plusieurs diapositives (la 11 notamment) ignorent même la climatologie de la région parisienne ; la crue de 1910 prise en exemple montre bien des précipitations très fortes sur l'amont des bassins sur laquelle l'attention s'est focalisée. Et seuls les graphiques des hauteurs d'eau de la Marne et de la Seine sont représentés sur 3 crues historiques (1910, 1955, 1982). Même les emprises inondées pour différentes hauteurs d'eau à Paris-Austerlitz sont tirées de l'hydrogramme de montée de la crue de 1910 : on a fait des arrêts sur images de l'inondation à différents moments de la crue de 1910 dans la configuration actuelle de l'occupation des sols et des protections.

Une diapo (n°39) informe des temps de propagations des crues à l'échelle du bassin de la Seine : on y voit que le Loing met 3 à 5 jours à rejoindre Paris et qu'il faut 2 jours aux affluents aval de la Marne pour en faire de même. On pouvait donc avoir dès lundi ou mardi, une première fenêtre de la date du maximum, même large.

La diapo n°64 indique qu'un modèle hydraulique (qui simule donc les écoulements dans les rivières) a été conçu à l'échelle du bassin pour la prévision des crues. Nommé Cassandre, on pourrait dire qu'il a mal porté son nom sur le dernier évennement. Bien évidemment, ce type de modèle est calé sur des événements historiques et il intègre d'autres données de fond comme les courbes de tarage aux stations de mesure, reliant hauteurs et débits. Malheureusement, la crue de juin 2016 étant atypique, sa simulation a peut-être été complexe voire mal prise en compte par le modèle. Qui plus est, les hauteurs d'eau sur le bassin du Loing notamment ont dépassé les niveaux historiques de 1910. Déduire les débits du maximum de la crue sur la base de hauteurs jamais observées (et vice versa, prévoir une hauteur d'eau sur la base d'un débit prévu estimé) n'a pas dû être aisé : une grosse incertitude a certainement existé sur les bassins qui ont vécu une crue historique. Mais une fois ces débits arrivés dans la Seine ou la Marne, qui elles, n'ont pas atteint des niveaux exceptionnels, il est plus difficilement compréhensible d'avoir eu ces flottements dans la prévision de la cote de la Seine à Paris. D'autant plus qu'en l'absence de volumes débordés importants en lit majeur de ces deux cours d'eau, la propagation de la crue se réduit à propager une crue dans un lit canalisé, ce que les équations de l'hydraulique font aisément.

http://www.prefecturedepolice.interieur.gouv.fr/Vous-aider/Prevention-des-risques/Quelques-exemples-de-crises/Scenarii-de-crues-de-la-Seine

 

Pourquoi une crue du Loing supérieure à 1910 et une crue de la Seine à Paris (bien) inférieure à 1910 ?

Ben oui pourquoi ?! Et bien pour deux raisons principales liées entre elles :

1) la pluviométrie à l'origine des crues : l'épisode pluvio-orageux qui a bien humidifié les sols puis l'épisode pluvieux qui a provoqué la forte montée des eaux, n'ont concerné que la partie disons médiane du bassin versant de la Seine. Les régions Île de France et Centre, et dans une moindre mesure le sud-ouest de la Bourgogne ont été très arrosées en 4 jours (du 28 au 31 mai), provoquant des crues historiques sur nombre de cours d'eau : grand et petit Morin, Loing et ses affluents, Orge, Yerres. L'Yonne et ses affluents ont réagi dans une moindre mesure. Quant aux bassins amont de la Seine et de la Marne en Bourgogne et Champagne, ils ont réagi très modéremment, du fait de pluies plus faibles.

2) au delà de la pluviométrie, c'est aussi la taille des bassins versants et la fraction de ceux les plus arrosés qui déterminent l'intensité d'une crue. A Paris, la Seine possède un bassin versant proche de 45 000 km². Si on enlève le bassin de la Marne hors IdF (~10 000 km²) et celui de la Seine en amont de l'Yonne (~10 000 km²) qui ont peu réagi, le bassin de l'Yonne (~10 000 km² ) qui a réagi modérement, il ne reste qu'un tiers du bassin de la Seine (~15 0000 km²) qui a réagi fortement aux précipitations.

 

 

à illustrer par carte des précipitations et des BV

Il faut noter que dans ce type de situation météorologique (retour d'est pluvieux), où les bassins amont sont peu touchés par les précipitations, les lacs-réservoirs de Champagne et de Bourgogne (sur fond bleu sur la carte ci-dessous) ne sont d'aucune utilité puisque les crues se forment en aval (bassin du Loing en rouge) et les débits ne transitent pas par les lacs. A noter également qu'à cette époque de l'année, les lacs sont quasiment pleins pour préparer la saison touristique estivale et ses loisirs nautiques. En langage politiquement correct, ils sont pleins fin juin pour assurer le soutien d'étiage en été, c'est-à-dire maintenir des débit un peu plus fort dans les rivières en rejetant de l'eau des lacs.

Remplis à 90%, ils n'auraient pas tenu leur rôle de rétention et d'écrêtement des crues. Pannecières sur l'Yonne a dépassé sa cote maximale de remplissage au cours de la crue, devant ensuite largué plus d'eau qu'il n'en arrivait pour faire baisser le niveau d'eau de la retenue du barrage. Il est donc heureux que le gros des précipitations ne soit pas passé plus à l'est. Sans quoi la crue similaire à 1910 sur la Seine à Paris dont la presse fait écho chaque année au coeur de l'hiver se serait produite à la fin de ce printemps.

BV_Seine_PAris

 

 

Polémiques ou encore comment nos "grands" élus participent à la désinformation

Polémique 1

Je n'ai pas encore épluché toute la presse (ce sera très long) mais je viens de découvrir un article dans la République de Seine-et-Marne, hebdomadaire local. En page ##, le journal fait un article sur l'intervention d'Yves Jégo à l'assemblée nationale.

Rappelons le pedigree d'Yves Jégo : avocat de profession (qu'il exerce à Paris), maire de Montereau à la confluence de la Seine et de l'Yonne, député de Seine-et-Marne. Jusqu'en début d'année 2016, il était aussi président de la communauté de communes des deux fleuves (qui porte très mal son nom, l'Yonne n'étant qu'une rivière). La déclaration de patrimoine du député-maire montre une augmentation des rémunérations liées à son activité d'avocat à Paris (certes démarée en 2010) et la baisse de celle des fonctions électives entre 2008 et 2012 (qui passent de 32 000 à 9 000 € en 4 ans). Sachant que les indemnités liées à ces fonctions ne sont pas prises en compte dans la rémunération (Jégo est député depuis 2002 et maire depuis 1995) mais se montent à 7 700 € pour le seul mandat de député, auxquels s'ajoutent les indemnités de frais de (ce) mandat (5 770 € brut). Malgré la limitation du cumul des mandats, il est resté conseil régional d'Île de France pendant 16 mois alors qu'il aurait dû démissionné d'un de ses trois mandats au plus tard 1 mois après les élections régionales de mars 2010. Toujours dans sa déclaration de patrimoine, on y apprend que ses collaborateurs parlementaires (autorisés par la loi) sont sa femme, un salarié de son parti politique (UDI) également conseiller municipal de Montereau et vice-président d'un organisme HLM local, et deux secrétaires de la mairie de Montereau. Bref, des gens dans le besoin... qui se partagent 9 500 €/mois en plus de leur salaire d'employé.

Cette description du personnage faite, que trouve-t-il à redire à ces crues ? au moins deux choses sur le fondement de la transparence :

  • il veut savoir pourquoi la crue du Loing a dépassé de 50 cm celle de 1910
  • il souhaite savoir pourquoi vigicrues a sous-estimé le niveau de la Seine à Paris (alors qu'il n'est pas concerné) et avance l'information d'un bug informatique.

Sur le premier point, je répondrai que comme à chaque crue importante, ce genre d'élus joue aux vierges effarouchées, recherche des responsables et ignore superbement la puissance de la nature. L'eau qui tombe du ciel doit s'écouler d'une manière ou d'une autre. Se croire protéger par des aménagements non conçus pour absorber de tels débits et volumes montre encore une fois la culture scientifique lamentable de ces élus.

Sur le second point, avancer niaisement l'information d'un bug informatique sur vigicrues, alors qu'il s'agit d'une panne d'appareillage, est tout bonnement indigne d'un édile qui aurait mieux fait de se renseigner un minimum avant de sortir cette information, non seulement fausse mais qui ne peut que faire enfler inutliment des polémiques et désinformer le public sur la manière dont on gère le risque et la prévision des crues.

Polémique 2

à suivre...

Des canaux qui rompent, est-ce bien normal ?

Puisque deux lecteurs au moins (se) posent la question, rappelons que les canaux sont conçus pour de la navigation avec un niveau d'eau constant dans un bief, nom "technique" du plan d'eau entre deux écluses. Le niveau d'eau reste bien inférieur au niveau des berges où se trouve le chemin de halage. Tout canal nécessite d'être alimenté en eau pour maintenir ce niveau constant. Il existe plusieurs manières d'alimenter en eau un canal dont la plus simple consiste à la prendre de la rivière que le canal longe, puisque la majorité des canaux longe des vallées : c'est par exemple le cas du canal de Briare à l'aval de l'écluse du Gazon avant Châtillon-Coligny. Cette alimentation est assez souvent contrôlée par des ouvrages. Lorsque la rivière alimentant le canal est en crue, il faut éviter au maximum que le canal se remplisse plus qu'il ne peut. Dans le cas contraire, les berges du canal - qui sont aussi des digues - seront plus sollicitées par la pression de l'eau (plus le niveau d'eau est haut, plus la pression qui s'exerce sur les berges du canal sont fortes). D'où un risque de rupture. Si le canal déborde, ses berges sont submergées, et comme pour une digue classique, la rupture est proche. Enfin, le canal peut aussi trop se remplir par débordement inverse : le niveau du cours d'eau atteint le haut des berges du canal et déverse dedans, amenant plus d'eau soudainement dans le canal : soit ce phénomène de déversement cause la rupture des berges mais c'est peu probable car le canal ayant déjà de l'eau, la hauteur de chute d'eau (différence entre le niveau d'eau de la rivière et celle du canal) est faible ; soit ces volumes et débits d'eau supplémentaires vont se propager dans le canal et provoquer un déversement plus loin, source de rupture.

Voilà pour la théorie. Pour la pratique, le canal de Briare s'est rompu vers Montcresson. Celui du Loing entre Nemours et Épisy (à vérifier)

Remarquons cependant que cette rupture n'a pas entraîné une vague dans le lit majeur. Comme le montrent (graphiques à venir) les mesures du niveau d'eau du Loing et de ses affluents aux stations, on ne voit pas de montée anormale.

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25 mars 2016

Crue du bassin de la Moselle en octobre 2006

une de presse à trouver (républicain lorrain ? Est républicain ?)

 

I. Présentation du bassin versant de la Moselle

I.1 La Moselle

La Moselle (11 500 km2 en France) prend sa source dans les Vosges à Bussang tout près du col éponyme (altitude 731 m) sur les flancs ouest du Ballon d’Alsace (1 247 m). Sur le versant Est, coule la Thur, affluent de l'Ill. Après 300 km, elle quitte le territoire français à Apach (145 m).

Le transit, rapide dans le département des Vosges, se ralentit ensuite avec l’amoindrissement des pentes. Peu avant la confluence de la Meurthe, la Moselle reçoit les apports rive gauche d’un affluent à réaction rapide, le Madon (1 034 km²). Plus en aval, la Moselle traverse le plateau lorrain. Les pentes sont faibles et son lit majeur assez large. Elle reçoit ensuite les apports de la Seille (1 290 km²) et de l’Orne (1 280 km²), deux affluents de plaine.

[source EPRI]

à compléter.

I.2 La Meurthe

La Meurthe est le plus gros affluent de la Moselle en France (3 100 km2). La Meurthe reçoit le Vezouze (563 km²) et la Mortagne (582 km²), tous deux également cours d’eau à réaction rapide.

[source EPRI]

à compléter.

II. La crue d'octobre 2006

II.1 La vigilance météo

Dès 6h le 3 octobre, Météo France place deux régions (ALSACE, LORRAINE) et cinq autres départements du Nord-Est de la France (Aube, Doubs, Haute-Marne, Haute-Saône, Territoire-de-Belfort) en vigilance orange pour de fortes précipitations.

MF_vigi_20061003-06h

Extrait du bulletin associé à la carte ci-dessus : "Sur le nord-est : une bande pluvieuse s'étire des côtes atlantiques à la Lorraine, l'Alsace et la Franche-Comté. Cette nuit, la partie la plus active a donné des cumuls homogènes de l'ordre de 10 à 15mm sur l'Aube et la Haute Marne, de l'ordre de 25 à 35mm vers l'Alsace et la Lorraine et localement ces pluies dépassent 50mm sur les Vosges.
Pour la journée de mardi, les fortes précipitations vont perdurer. Elles prendront un caractère orageux sur la Franche Comté et le voisinage des Hautes Vosges. Les cumuls attendus entre 06h et 18h sont de l'ordre de 20 à 30mm et localement de 40 à 50mm."

A 11h25, le bulletin est actualisé : "Sur le nord-est il continue à pleuvoir et on a déjà relevé des cumuls 20 à 40 mm en général et des pointes de l'ordre de 70 mm sur le nord du relief vosgien. On attend encore d'ici ce soir des cumuls de 20 à 40 mm."

A 16h, nouvelle actualisation du bulletin : "Sur le nord-est du pays et le sud de la région Centre il continue à pleuvoir. On a déjà relevé depuis hier soir des cumuls généralement compris entre 30 et 50 mm avec des pointes supérieures à 80 mm sur le massif des Vosges. Ces pluies temporairement soutenues vont se poursuivre jusqu'en fin d'après-midi. On attend encore des cumuls de l'ordre de 10 à 25 mm ponctuellement 30 mm d'ici la fin de l'épisode. Sur les départements du nord-est l'amèlioration sera plus tardive en soirée."

A 17h30, profitant de la levée de la vigilance orange sur le Centre, le bulletin est actualisé : On a déjà relevé [...] depuis hier soir des cumuls souvent compris entre 30 et 60 mm avec des pointes supérieures à 100 mm sur les départements des Vosges et du Bas-Rhin. Ces pluies temporairement soutenues vont se poursuivre jusqu'en debut de nuit. On attend encore des cumuls de l'ordre de 10 à 25 mm ponctuellement 30 mm d'ici la fin de l'épisode. L'amélioration arrivera par l'ouest en début de nuit."

MF_vigi_20061003-21h

A 21h30, la vigilance orange est levée sur l'Aube et la Haute-Marne. "En Alsace, en Lorraine et dans le nord de la Franche-Comté, les pluies commencent aussi à faiblir, mais les quantités relevées en 24 heures sont très importantes: on relève en général 60 à 80 mm sur l'ensemble des départements, localement 90 à 120 mm. L'épisode de fortes pluies va progressivement prendre fin par l'ouest pour cesser partout aux environs de minuit. Les quantités attendues au cours des deux prochaines heures ne dépasseront plus 5 à 10 mm, localement 15 mm. Cependant, compte tenu des quantités tombées au cours de l'épisode, les conséquences sur les cours d'eau se poursuivront au cours de la nuit et mercredi matin."

Avant minuit, une dernière actualisation : "Les fortes pluies ont cessé. Les précipitations sont devenues faibles et intermittentes. Quelques faibles pluies ou averses se produiront encore durant la deuxièmepartie de la nuit et au cours de la journée de mercredi, mais les quantités seront très faibles, de l'ordre de 2 à 5 mm.Cependant, compte tenu des quantités de pluie très importantes tombées au cours de l'épisode,les conséquences sur les cours d'eau se poursuivront au cours de la nuit et mercredi matin.

 

II.2 Les précipitations

sipex_20061002au04

carte pluie du 2 au 4/10/2006 (6h TU à 6h TU)  source : METEO FRANCE ; édition du 9/08/2011

 

Plusieurs postes météorologiques relèvent plus de 100 mm, voire 120 mm :

Belmont (67) : 156 mm, Le Howald village (67) : 129 mm, Russ (67) 128 mm, Ban-de-sapt (88) : 126 mm

A compléter

II.3 La vigilance crue

A peine trois mois après sa mise en service, le site vigicrues est confronté à une crue exceptionnelle sur le bassin amont de la Moselle et la vigilance rouge est déclenchée le 3 octobre 2006 en fin de journée.

Pourtant le 2 octobre à 16h, pas d'affolement dans le bulletin du service de prévision des crues basé à Nancy : "les précipitations attendues [15 à 30 mm ponctuellement 40] pour les prochaines 24h devraient entraîner une réaction sur les cours d'eau sans présenter un caractère de gravité".

Les bassins amont de la Moselle et de la Meurthe sont placés en vigilance jaune.

02102006_16h


A 10h le 3 octobre, les pluies de la nuit ont fait réagir les cours d'eau. Le SPC est un peu plus alarmiste : "Compte−tenu des précipitations observées depuis le début de l'épisode pluvieux (relief 75 mm et 30 mm en plaine) et des prévisions de Météo-France de 20 à 40 mm, des réactions importantes sont observées sur la Meurthe amont et la Mortagne."

03102006_10h


A 16h, la qualification de la situation se précise : "Crue historique sur la Mortagne, fortes crues sur l'ensemble du bassin de la Meurthe et réaction rapide du Madon."

Compte−tenu des precipitations observées depuis le début de l'épisode pluvieux (relief 90mm et 40mm en plaine sur 36h) et des prévisions meteo−france revues à la hausse pour les 24h à venir, des réactions importantes sont observées sur la Meurthe amont, la Mortagne et le Madon. Les cotes de débordements dommageables, largement dépassées sur la Mortagne (crue supérieure à celle du 18/09 dernier), devraient être également dépassées sur le bassin de la Meurthe amont et sur le Madon. [...] Maxi attendu en fin de journée à Gerbéviller sur la Mortagne de l'ordre de 3,00m."

03102006_16h


A 19h, le tronçon Meurthe amont / Vezouze / Mortagne passe en vigilance rouge. 

"Compte−tenu des précipitations observées depuis le debut de l'épisode pluvieux (de l'ordre de 130 mm sur le relief vosgien et 70 mm en plaine sur 36h) et des prévisions revues à la hausse pour la journée en cours, fortes à très fortes montées des cours d'eau du bassin de la Meurthe et de la Moselle amont. Crue historique en cours sur le Madon et la Mortagne (crue de décembre 1947 ou décembre 2001 dépassées). Les maxis sur les têtes de bassin ne sont pas encore atteints, les précipitations se sont atténuées depuis 15h et les prévisions pour les jours à venir sont faibles (3mm). Néamoins, les montées sur les cours d'eau vont se poursuivre et des débordements importants sont attendus (les cotes de débordement dommageables devraient être dépassées) sur l'ensemble du bassin de la Meurthe et de la Moselle amont jusqu'à Custines dans les prochaines 24h."

03102006_19h


A 8h, le 4 octobre, la vigilance orange est étendu à l'aval de la Moselle pour prendre en compte les apports de la Meurthe.

Le SPC indique dans son bulletin : "L'épisode pluvieux (de l'ordre de 130 mm sur le relief vosgien et 70 mm en plaine sur 36h) est terminé depuis le 03/10 23h et les prévisions météo sont très faibles pour les journées du 04 et 05/10. Compte tenu de l'état saturé des sols avant cet épisode, des crues généralisées sont observées sur la Meurthe et la Moselle [...]. Décrue amorcée sur le Madon et la Mortagne qui ont vu leurs plus hautes eaux connues dépassées (crue de décembre 1947 ou décembre 2001 dépassées). Sur le bassin de la Moselle, les maxis sur les têtes de bassin ont été atteints, les pics de crue sont actuellement vers Damelevières puis Malzéville sur la Meurthe et vers Tonnoy, Pont-Saint-Vincent sur la Moselle. La concomitance des ondes de crue devrait se produire à Custines aux alentours de 12h et se propager vers Metz dans l'après−midi, pour des maxis supérieurs aux cotes de débordement dommageable. [...] Maxi attendu à Custines à partir de 12h supérieur à la crue de décembre 2001 (pour mémoire, 4.61m observés en décembre 2001).

04102006_07h


Le 4 octobre à 12h, la vigilance monte au niveau rouge sur le tronçon Moselle médiane / Madon alors qu'elle descend d'un cran pour revenir en vigilance orange sur la Meurthe amont.

Les prévisions du SPC sont actualisées : "Maxi attendu à Custines en debut de soirée de l'ordre de 5.20m , comparable à la crue de mai 1983. Maxi attendu sur Metz comparable à la crue de mai 1983 en debut de matinée le 05/10/2006"

 

04102006_13h


Le 4 octobre à 16h, c'est la Moselle aval qui passe en vigilance rouge.

Actualisation des prévisions du SPC, qui restent proches des précédentes : "La concomitance des ondes de crue devrait se produire à Custines aux alentours de 20h avec une hauteur entre 5.60m et 5.80m et se propager vers Metz dans la matinée du 05/10/2006, pour des maxis comparable a la crue de mai 1983 [...]. Sur la Meurthe aval, le pic de crue pourrait atteindre Malzéville en fin d'apres midi entre 4,80m et 5,00m."

 

04102006_16h


Le 5 octobre à 6h, la vigilance rouge est levée sur les deux tronçons de la Moselle.

"Sur la Moselle, le pic de crue a été franchi Custines et se propage vers Metz. Maxi attendu sur Metz le 05/10 en début d'après−midi aux alentours de 6.40m (comparable à décembre 1982 mais inférieur aux crues de avril et mai 1983) et à Uckange le 05/10 en fin de journée aux alentours de 5.70m"

05102006_05h


Le 5 octobre à 10h, levée de la vigilance sur la Moselle amont.

"Maxi attendu sur Metz le 05/10 vers 12h aux alentours de 6.40m (comparable à décembre 1982 mais inférieur aux crues de avril et mai 1983)
et à Uckange le 05/10 en fin de journée aux alentours de 5.70m, comparable a la crue de decembre 2001."

05102006_10h


Le 5 octobre à 16h, la vigilance orange n'est conservée que sur le tronçon de la Moselle aval.

"Sur la Moselle, le pic de crue en cours sur Metz aux alentours de 6.60m, l'onde de crue se propage vers Uckange. Maxi à Uckange le 05/10 vers 18h aux alentours de 5.80m".

05102006_16h


Le 6 octobre à 10h, la vigilance reste inchangée sur la bassin de la Moselle.

"Maxi atteint a Uckange le 06/10 à 02h = 5.57m (comparable a la crue de decembre 2001) l'onde se deplace vers la frontière".

A 16h, descente d'un cran de la vigilance sur tout le bassin de la Moselle et seul le tronçon Moselle aval est en jaune, tous les autres repassant en vert.

 

06102006_16h

 

 

A compléter

II.4 Les niveaux d'eau et les inondations

Plus de 2 000 interventions de pompiers en 36 heures dans les Vosges, à Rambervillers (88 – Bassin Versant de la Mortagne), plus de 50 commerces sont sinistrés, 8 entreprises ont dû fermer et mettre leurs 250 employés au chômage technique. De nombreuses routes et voies ferrées sont coupées (en particulier la ligne Nancy – Epinal). source EPTB Meurthe-Madon.

Au cours de cet épisode, la Meurthe amont et ses affluents, ont particulièrement réagi. Les pointes de crue ont ici un temps de retour supérieur à 20 ans. La Moselle amont a modérément été affectée avec des temps de retour inférieurs à 5 ans. En tête de bassin du Madon, au contraire, on enregistre à la
station de Mirecourt les plus hautes eaux connues, avec un temps de retour de la pointe de crue à supérieur à 50 ans. Sur la Sarre, c’est également la partie amont qui est la plus réactive, avec une crue de période de retour 20 ans à la station de Sarrebourg. Les dommages les plus graves sont relevés principalement le long de la Meurthe et de ses affluents, le Vezouze et la Mortagne, ainsi que sur le Madon.

Les inondations de début octobre 2006 en Lorraine sont la conséquence d’importantes précipitations survenues du 3 au 6 octobre. Elles avaient été précédées par un mois d'août déjà exceptionnellement pluvieux (260% de la moyenne climatologique) et par un mois de septembre également humide à
l’est de la Lorraine, notamment suite à l’épisode du 17 septembre. Une nouvelle vague de pluies survient entre les 3 et 6 octobre, engendrant des cumuls sur trois jours très importants, avec plus de 150 mm en montagne et 100 mm en plaine. La zone de précipitations maximales s’étend sur une ligne allant de Ligneville (88) à Belmont (67).

La Meurthe amont et ses affluents, la Vezouze et la Mortagne, réagissent fortement, entre la soirée du 3 octobre et celle du 4 octobre (T > 20 ans). La Moselle à l’amont de Tonnoy connaît pendant ce temps une crue modérée (période de retour T < 5 ans). Les maxima sont atteints dans la nuit du 3 au
4 octobre 2006. La réaction du Madon est plus brutale, principalement à l’amont. Les débits de pointe sont enregistrés le 3 octobre en début de soirée à Mirecourt et en début de matinée le 4 octobre à Pulligny. Ce sont les plus hautes eaux connues à Mirecourt (T>50) ans).
Les ondes de crue de la Meurthe et de la Moselle arrivent pratiquement simultanément à la confluence (T > 20 ans à Custines). La crue s’amortit ensuite à l’aval. Le maximum passe le 4 octobre en fin de soirée au niveau de la confluence. Il est le 6 octobre à 1h40 à Uckange proche de la frontière.

[source : EPRI bassin Rhin Meuse]

A compléter

Dès 6h le 3 octobre, Météo France place deux régions (ALSACE, LORRAINE) et cinq autres départements du Nord-Est de la France (Aube, Doubs, Haute-Marne, Haute-Saône, Territoire-de-Belfort)en vigilance orange pour de fortes précipitations.

     

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10 octobre 2015

Inondations Côte d'Azur 3 octobre 2015

20 morts et une (nouvelle) polémique.

Tentative d'analyse 7 jours plus tard. Je commence par la vigilance météo. Je poursuivrais par qq données historiques des pluies sur la côte d'azur, puis une comparaison avec ce qui est tombé en soirée du 3 octobre. Un pénultième chapitre sur les crues et leurs conséquences avant un probable dernier chapitre sur les réactions et les grandes accusations, notamment du multi-cumulard baron de la Côte d'Azur, j'ai nommé Estrosi, le maire de Nice, président de la métropole Nice Côte d'Azur, député des Alpes-Maritimes et en campagne en PACA pour les prochaines élections régionales !

 

VIGILANCE METEO

Après les pluies diluviennes en Corse le jeudi 1er et le vendredi 2 octobre (Haute Corse et Corse du Sud en vigilance orange), la dépression s'éloigne doucement de l'île de Beauté par le nord, ne laissant plus que du jaune sur la carte de vigilance du vendredi 2 octobre à 16h.

Dès le samedi 3/10 à 6h, Météo France remet du orange pour le seul département de la Drôme en vue de fortes précipitations et d'orages dans l'après-midi.

MF_vigi_20151003-06h

Le bulletin qui accompagne la carte précise :

"Épisode pluvio-orageux intense nécessitant un suivi particulier du fait de son intensité.
Au cours de la matinée, un axe pluvio-orageux va se mettre en place, du Gard à l'Ardèche et à la Drôme. Le risque de cellule stationnaire existe au moins dans un premier temps, avec la possibilité de fortes pluies orageuses restant sur place. Outre le relief des Cévennes, la partie plaine sera également impactée, la vallée du Rhône notamment.
Sur la Drôme, cet épisode pluvieux donnera de l'ordre de 100 mm de précipitation en moins de 6 heures de temps ; ponctuellement, on attend 150 mm, voire un peu plus sur la durée de l'épisode. [...]
L'extension de cette vigilance aux départements voisins de la Drôme sera envisagée en début de matinée."

Cette dernière phrase montre une certaine incertitude dans les prévisions.


2 heures plus tard, à un horaire inhabituel mais cohérent avec le message l'envisageant à 6h, la carte est modifiée et la vigilance orange est étendue au Vaucluse et au Gard.

MF_vigi_20151003-08h

Le contenu du bulletin est très proche de celui de 6h avec les mêmes quantités de pluie attendues mais sur un périmètre élargi. On pourra ergoter sur la pertinence de mettre le pictogramme orages sur le département 84 et fortes pluies sur le 26 et le 30 alors que les deux phénomènes concernent les 3 départements. Grêle et vent prépondérant sur les pluies dans le 84 ?


A 11h, nouvelle actualisation de la carte en ajoutant les trois départements côtiers de PACA à la vigilance orange.

MF_vigi_20151003-11h

Le bulletin accompagnant la carte ne change rien pour les 3 départements déjà en vigilance (26, 30 et 84 pour rappel). Des précisions sont apportées pour les 3 autres départements :

"Sur les Bouches du Rhône et le Var , les orages pourront donner ponctuellement 80 mm en quelques heures, de fortes rafales de vent et de la grêle sont possibles. Sur les Alpes-maritimes localement les cumuls pourront atteindre dans la soirée 150 mm."

La chronologie est précise (en soirée) et les quantités annoncées sont fortes.

Le bulletin local (qu'on affiche en cliquant sur un département en orange) en dit un peu plus (extrait) : "de fortes intensités précipitantes sont à craindre : par moments, 20/40 à 40/60 mm/h, voire isolément plus de 60 mm/h."

précisions sur les pluies à Nice...

Les bulletins national et régional sont mis à jour à 14h : peu de changement avec quelques données sur les précipitations observées.


 

Il est 16h, heure de la production bi-quotidienne classique.

MF_vigi_20151003-16h

La carte ne change pas. Le bulletin un peu plus. Sur la situation présente, il signale un orage très viloent dans la Crau.

Côté prévision, guère de changement :

"Sur la Drôme, le Vaucluse, l'est du Gard, le Vaucluse, les Bouches du Rhône le risque d'orages violents se maintient jusqu'en fin d'après et soirée.
Sur le Var et les Alpes-Maritimes ce risque perdurera jusqu'en milieu de nuit.
Cet épisode pluvieux donnera de l'ordre de 50 à 80mm de précipitation ; ponctuellement, on attend 100 à 150 mm.
Les orages parfois forts, donneront lieu à des précipitations par moments intenses, à de fortes rafales de vent, voire à de la grêle."


18h, la vigilance orange est levée sur le Gard.

MF_vigi_20151003-18h

Hormis une petite révision à la baisse des quantités de pluie à venir, le bulletin national ne varie guère.

"Sur le Var et les Alpes-Maritimes ce risque perdurera jusqu'en milieu de nuit.
Cet épisode pluvieux donnera de l'ordre de 50 à 80mm de précipitation ; ponctuellement, on attend 100 à 120 mm.
Les orages parfois forts, donneront lieu à des précipitations par moments intenses, à de fortes rafales de vent, voire à de la grêle."

LE bulletin local revoit aussi un peu à la baisse les intensités horaires : "De fortes intensités précipitantes sont à craindre, au moins passagèrement au plus fort de l'événement : jusque 20/50 mm/h."


 

Vers 21h, nouvelle carte pour ne laisser que le Var et les Alpes maritimes sous le coup de la vigilance orange orages et pluies.

MF_vigi_20151003-21h

Le bulletin national précise : "Sur le Var et les Alpes-Maritimes le risque d'orages violents perdure jusqu'en milieu de nuit. Ces pluies orageuses s'évacuant sur l'Italie en deuxième partie de nuit. Ces fortes averses orageuses peuvent donner par place des quantité de pluie l'ordre de 50 à 80mm en 1h."

Le bulletin régional indique : "Var, Alpes Maritimes : encore localement 40 à 80 mm très localement 100mm sur la zone littorale".

 

PLUIES HISTORIQUES

A l'aéroport de Nice, le tableau ci-dessous indique les 5 plus forts cumuls de pluie pour différentes durées allant de 1h à 24h (de 1966 à 2008).

P 24h 12h 6h 3h 2h 1h
1 191 13/10/1973 185 13/10/1973 127 13/10/1973 107 30/09/1998 93 30/09/1998 63 30/09/1998
2 121 05/10/1987 121 30/09/1998 118 30/09/1998 94 13/10/1973 75 13/10/1973 58 07/07/1969
3 121 30/09/1998 108 05/10/1987 87 09/10/1998 80 09/10/1998 69 09/10/1998 57 13/06/2004
4 114 24/12/2000 102 05/11/2000 84 05/10/1987 68 20/06/1966 65 13/06/2004 56 09/10/1998
5 111 10/10/1987 94 15/09/1968 80 20/06/1966 66 13/06/2004 62 05/10/1993 52 05/10/1993

Deux épisodes pluvieux sont particulièrement remarquables car ils font partie des 5 plus forts cumuls à toutes les durées :

  • le 13 octobre 1973 (absent juste pour la pluie d'une heure) en position 1 ou 2
  • le 30 septembre 1998, en position 1, 2 ou 3.

A l'aérodrôme de Cannes, le tableau ci-dessous indique les 5 plus forts cumuls de pluie pour différentes durées allant de 1h à 24h (de 1972 à 2012).

24h 12h 6h 3h 2h 1h
167 24/12/2000         110 13/10/1973 95 13/10/1973 69 15/09/2009
160 13/10/1973         82 18/09/2009 78 18/09/2009 63 08/09/2005
132 18/09/2009         79 26/10/2012 74 15/09/2009 63 05/09/1998
132 02/12/2006         75 15/09/2009 72 04/09/1998 59 05/10/1993
132 05/11/1997         72 04/09/1998 65 26/10/2012 55 02/09/1972

Deux épisodes pluvieux sont particulièrement remarquables car ils font partie des 5 plus forts cumuls à toutes les durées :

  • le .

 

PLUIES OBSERVEES le 3/10/2015

A l'échelle du département des Alpes Maritimes placé en vigilance orange pour les fortes précipitations, l'image ci-dessous (cumul Antilope de Météo France sur l'épisode pluvieux), montre que les pluies intenses ont touché seulement le littoral entre la limite avec le département du Var et le fleuve Var. Sur le reste du département, il est tombé moins de 30 mm, des quantités faibles qui ne nécessitent pas une vigilance orange.

Cannes_Antilope_standard

Aux pluviomètres de Météo France, on a relevé :

  • 74 mm en 1 heure, 81 mm en 3 heures et 112 mm en 24h à l'aéroport de Nice.
  • 107 mm en 1 heure, 174 mm en 2 heures à l'aérodrome de Cannes.

Le cumul des pluies en 1h est un nouveau record aux deux stations de mesure : le record est un peu dépassé à Nice (11 mm de plus) mais il est atomisé à Cannes (+38 mm, soit 55% en plus).

A Nice, les cumuls sur des durées plus longues ne sont pas des records mais rentrent dans le top5 : le cumul en  3h arrive en 3è position et les 112 mm en 24h en 5è position.

A Cannes, les cumuls de 1h à 24h sont tous battus par cet épisode pluvieux. Le cumul en 2 heures notamment est supérieur de 83% au précédent record (+ 80 mm).

 

LES CRUES

Si on enlève la Siagne, le Paillon et le fleuve Var, les Alpes maritimes ne voient déboucher en mer que de petits cours d'eau qui drainent des superficies modestes (quelques kilomètres carrés à quelques dizaines de km2) et qui se jettent très vite dans la mer. Habituellement très sages voire à sec, ces petits fleuves côtiers peuvent réagir brutalement aux précipitations, et ce d'autant plus qu'elles sont intenses (une grande quantité dans un temps très court). Or, quel phénomène atmosphérique peut donner de fortes intensités pluvieuses ? les orages !

Tiens, le département était en vigilance orages depuis 11h le matin même du 3 octobre. On notera aussi que l'heure de mise en vigilance est inhabituelle et ne correspond pas aux créneaux classiques (6h et 16h). Peut-être qu'il faut être très au fait de ces horaires habituels de diffusion de la vigilance mais il n'est jamais très bon de voir des diffusions entre ces créneaux : cela témoigne le plus souvent d'une incertitude ou d'un déplacement plus rapide que prévu des phénomènes, ou d'une aggravation.

Au delà de cette remarque, il s'est quand même passer 8 à 9h entre la mise en vigilance orange et le début des pluies intenses sur le littoral des Alpes maritimes.

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30 novembre 2014

Inondations Agly novembre 2014

L'Argens, le Gapeau, de (tous) petits fleuves côtiers varois - la Giscle voire le Maravenne -, les affluents du Tarn - le Rance à Saint-Sernin sur Rance et la Sorgues à Saint-Afrique-, l'Orb à Bédarieux et à Béziers, l'Aude et son affluent l'Orbieu, la Berre à Sigean, l'Agly.

Des rivières et des fleuves qui font leur grosse crise en cette fin novembre 2014. Pour certains - l'Orbieu, la Berre et l'Agly - ces crises font suite à d'autres relativement récentes (mars 2013 pour l'Agly, janvier 2014 dans le Var) ou un peu moins récentes (1999 dans l'Aude et les PO ; 1996 pour l'Orb), ou des bien moins récentes.

Et à chaque fois c'est la même triple rengaine :

- les commentaires du style "ça fait x années que j'habite là et je n'ai jamais vu ça" - x étant assez souvent un nombre ne dépassant guère la dizaine d'années, voire moins dans certains cas - ou "c'est une crue centennale", adjectif employé à très mauvais escient : d'une part, la fréquence est dans la réalité bien moindre ; d'autre part, la notion de centennale renvoie à la fréquence d'apparition d'un événement chaque année (centennale = 1 "chance" sur 100) et non la période avant de voir ou revoir un tel évènement (on ne reverra pas ça avant 100 ans). La presse écrite et numérique est assez friande de tels titres pour ses articles. Pourtant, quelques petites recherches suffisent pour retrouver trace dans un passé pas si lointain, quelques dizaines d'année au plus, d'événements similaires : un automne très pluvieux sur l'arc méditerranéen par exemple (en 1958 ou en 2003).

- ces événements sont-ils la conséquence du réchauffement (ou changement) climatique ? la grande question à laquelle MétéoFrance est souvent appelé à répondre, sans pouvoir apporter avec certitudes des réponses. Et se contentant à raison de rester dans des généralités. La véritable réponse étant que la vulnérabilité avec l'urbanisation croissante s'est énormément développée en zones inondables.

- la comparaison avec les pluies mensuelles : il est tombé en 2 jours ce qui tombe en un (ou2) mois. En oubliant que c'est la particularité des régions méditerranéennes : les jours de pluies sont peu nombreux mais les quantités d'eau sont importantes les jours où il pleut.

Notre société soit-disant civilisée et avancée comprendra-t-elle un jour quelques évidences ?

1) la nature est plus forte que l'Homme

2) rien n'arrête l'eau

3) l'urbanisme réalisé au mépris du bon sens depuis des dizaines d'année et encore aujourd'hui (mais si mais si !) dans les zones inondables est la raison principale, non pas des inondations, mais de leurs conséquences : lotissements et zones d'activité ne sont sous l'eau que parce qu'on les a construits là en oubliant plus ou moins volontairement le caractère inondable des terrains. Une construction en zone inondable : que nenni ! "on n'a jamais vu d'eau ici" vous dira un élu ou un habitant. Montrez-lui des photos anciennes du lieu sous les eaux. Stupeur (sans tremblement) ! Il sera capable de vous dire que ça ne peut pas se reproduire, que depuis, on a fait tel et tel aménagement : le village de Luz-Saint-Sauveur en pays Toy (via le site web de la commune) se croyait à l'abri de crues similaires à celles de la fin du XIXè siècle. Juin 2013 a montré que ces croyances n'étaient que foutaises.

4) on a beau faire des protections, des digues, il y aura toujours un événement plus fort qui rendra ces protections sans effets, voire plus dangereuses : il n'y a qu'à voir les effets de la rupture d'une digue.

Prenons le cas des Pyrénées Orientales en ces 2 derniers jours de novembre 2014. Sans chercher l'exhaustivité, on peut retrouver trace de 7 événements pluvieux intenses en 50 ans :

  • octobre 1962
  • octobre 1965
  • octobre 1970
  • septembre 1992
  • novembre 1999
  • mars 2013
  • novembre 2014

 

Pluviométrie du 3 au 5 novembre 1962 (source Météo France - édition 11/8/2011)


 

 


Pluviométrie des 9 et 10 octobre 1970 (source Météo France - édition 8/8/2011)


 

Pluviométrie du 26 septembre 1992 (source Météo France - édition 2/8/2011)


 

 

Pluviométrie des 12 et 13 novembre 1999 (source Météo France - édition 30/5/2012)


 

Pluviométrie des 5 et 6 mars 2013 (source Météo France - édition 12/3/2014)


 

Extrait du PPRi de Rivesaltes : "La Salanque, exutoire naturel de l’Agly et de la Têt est un quadrilatère de 12 km de côté dans la plaine de Roussillon entre la Têt au sud, l’étang de Salses au nord et la mer Méditerranée à l’est. C’est une basse plaine alluviale finissant par un cordon dunaire à l’est et dont l’hydraulique est fortement influencé par la variation des niveaux des plans d’eau environnants.
Au cours des siècles, les débordements répétés de l’Agly inondant la plaine ont conduit les décideurs à construire des digues destinées à protéger des crues d’intensité modérée les cultures et depuis quelques décennies les habitations qui les ont en partie remplacées."

De tous temps, l’Agly a débordé et inondé la plaine de la Salanque. Autrefois, ces inondations assuraient la fertilisation des sols et à la longue, le limonage a permis de dessaler et de transformer en terres cultivables toute une zone lagunaire initialement insalubre.

Si l'on remonte jusqu'à la fin du XIXè siècle, on recense les inondations suivantes :

  • de 1879 à 1892 (sauf 1886), une inondation au moins par an avec les plus fortes en septembre 1888 et octobre 1891 et novembre 1892
  • 1898
  • novembre 1920 avec la crue la plus forte du Verdouble
  • décembre 1932
  • octobre 1940
  • février 1959
  • 1961 à 1963
  • octobre 1965 : la Salanque est inondée à 5 reprises dans le mois qui verra plus de 600 mm d'eau tomber sur le bassin de l'Agly. Ce sont ces inondations successives qui feront prendre conscience de la nécessité d'aménager le lit et les berges pour réduire la fréquence des inondations de la plaine.
  • novembre 1968
  • mars et avril 1969
  • octobre 1970 : la crue la plus forte depuis 1940, alors que les travaux de recalibrage du lit ont démarré.

Le recalibrage et l'endiguement du lit entre la route nationale 9 et l'embouchure, soit 13 km, sont réalisés de 1969 à 1974. Les digues d'une hauteur de 2 ou 3 m sont construites avec les matériaux du lit et des abords. La capacité du lit est porté à 1500 m3/s. Mais cette capacité est très théorique puisqu'on considère que les digues, loin d'être construites selon les règles de l'art, tiennent encore lorsque l'eau affleure les crêtes des digues. Rappelons que ces digues ont été construites pour réduire les débordements dans la plaine de la Salanque afin de préserver la plaine agricole, pas pour augmenter l'urbanisation. Les décennies suivantes, les débordements dans la plaine de la Salanque vont se faire plus rares malgré de belles crues :

  • octobre 1987
  • septembre 1992
  • décembre 1995
  • décembre 1996
  • novembre 1999

Et très récemment mars 2013 et novembre 2014.

URBANISATION GALOPANTE

L'IGN met à disposition de tout un chacun les archives de prises de vue aériennes (avec quelques campagnes juste après des crues). Prenons pour exemple la plaine de la Salanque entre Toreilles au sud et St-Laurent-de-la-Salanque au nord, deux villages séparés par l'Agly à proximité de son embouchure.

Un repère bien visible sur les photos (sauf la 1ère) est le cimetière de St-Laurent, de forme rectangulaire et construit à l'origine, à la sortie sud du village en bordure de la RD11. A ce jour, le cimetière n'est plus la limite sud de l'urbanisation du village : tout est construit autour. Aux champs de vigne et aux vergers, vont succéder en 70 ans des cultures puis des lotissements. Et la crue de 1999 ne verra pas l'arrêt de l'urbanisation, bien au contraire.

2014_scan25 extrait scan25 IGN aujourd'hui : urbanisation continue d'un village à l'autre.

Etat_majorcarte Etat major milieu XIXè siècle

1939 1939

1965 1965

1972 1972 : l'endiguement est réalisé

1982 1982

1999 1999 : urbanisation quasiment continue d'un village à l'autre avec des constructions juste derrière les digues.

2014 2014

 

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28 novembre 2014

Inondations de Saint-Affrique 2014

I. Présentation du bassin versant du Dourdou (et de la Sorgue)

I.1 Le Dourdou

Le Dourdou prend sa source à 1 100 m sur les pentes du versant nord des Monts de l'Espinousse, tout près du sommet éponyme, battu par les vents qu'exploitent de nombreuses éoliennes (cf. extrait du Géoportail® ci-dessous).

Source_Dourdou

P1070545    P1070546

La source au pied d'un chemin forestier -               alignement d'éoliennes au lieu dit "les Essartasses"

L'amont du bassin versant du Dourdou est entouré des bassins de la Mare à l'Est, de l'Agoût au Sud et de la Vèbre à l'ouest.

Sur sa partie amont, le cours d'eau fait la frontière entre les départements du Tarn et de l'Hérault. Puis le Dourdou coule quelques km dans le département du Tarn avant d'entrer à Arnac-sur-Dourdou dans le département de l'Aveyron qu'il ne quittera plus. Il sort des gorges entre Brusque et Fayet où la taille de son bassin passe de 90 à 205 km² avec l'apport de son affluent la Nuéjouls, elle-même grossie du Cabot qui passe au pied de l'abbaye de Sylvanès. A Brusque le pont routier possède deux marques à la peinture des crues de 1930 et 1982 (en novembre 2014, le niveau atteint fut inférieur à 1930 dixit le patron du café en rive droite du pont).rande

P1070556

Il arrose ensuite Camarès, célèbre pour son rougier qui colore la rivière lors de ses crues.

P1070427

pont vieux de Camarès (vu de l'amont)

P1070430

pont de la RD10 à Camarès (vu de l'amont)

P1060888    P1070433

seuil sur le Dourdou en amont du village de Camarès (4 jours après la crue du 28/11/2014 à gauche ; au printemps 2015 à droite)

A partir de Camarès, le Dourdou entre dans une plaine qui se rétrécit entre Montlaur et Vabres-l'Abbaye. A l'aval de cette dernière commune, le Dourdou reçoit les eaux de la Sorgues et double une seconde fois la surface de son bassin versant (375 à 685 km²). Une bonne vingtaine de km plus loin, le Dourdou se jette dans le Tarn après un parcours de 87 km. Il ajoute 800 km² (791 exactement) au bassin versant du Tarn qui passe alors de 2800 à 3600 km² après la confluence.

I.2 La Sorgue

La Sorgues naît d'une exsurgence au pied du plateau de Guilhaumard dans le Larzac, près du village de Cornus.

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Elle s'écoule vers l'ouest dans une vallée plus ou moins encaissée. Elle passe au pied de plusieurs villages : Fondamente où elle est franchie par la voie ferrée Millau-Béziers, St-Maurice de Sorgues, Latour, St-Félix-de-Sorgues et Versols. Puis elle traverse Saint-Affrique avec plusieurs ouvrages de franchissement par des infrastrutures de transport : d'amont en aval, le pont du chemin de fer (1932 ; voie ferrée reliant Saint-Juery dans la vallée du Tarn mais jamais ouverte, à l'inverse de la voie vers Tournemire permettant de rejoindre Millau qui fut fermée aux voyageurs en 1938 et aux marchandises en 1991), le pont du centenaire (datant de 1889, cent ans après la révolution), le pont-vieux (fin XIIIè s.), le pont neuf (fin XVIIIè s.) et le pont de la Résistance (RD54) en périphérie.

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pont du Centenaire (vue de l'amont)

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pont Vieux (vue de l'amont)

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pont neuf (vue de l'amont)

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pont de la Résistance (vu de l'aval)

La Sorgues rejoint enfin le Dourdou sur la commune de Vabres à l'aval de Saint-Affrique après un parcours de 46 km, pour une surface topographique de bassin de 310 km² (le bassin karstique en amont laisse présager que le bassin est plus grand avec des écoulements souterrains sous le Causse).

BV_Dourdou

carte du bassin versant du Dourdou sur fond google plan (en magenta les limites des bassins versants ; en noir les limites départementales)

Les deux bassins versants (Dourdou et Sorgue) avant leur confluence n'ont pas la même orientation : Sud-Nord pour le premier, Est-Ouest pour le second. Aussi, et même si les têtes amont du bassin (les crêtes) ne sont distantes que de 30 km, c'est suffisant pour que les phénomènes météorologiques à l'origine des crues ne touchent pas forcément les deux bassins en même temps ou plus exactement avec la même intensité.

Les deux bassins ayant leur crête communes avec le bassin de l'Orb et de son affluent la Mare, il est fréquent que ces 4 cours d'eau se trouvent en crue lors du même épisode pluvieux.

 

II. Histoire des crues

II.1 Sources des données

Les données qui suivent sont issues de recherche dans :

  • la presse quotidienne régionale (La Dépêche du Midi ; Midi Libre),
  • le site pluies extremes de Météo France,
  • les données de la Banque Hydro,
  • la note accompagnant le PPRi local (sur le site de la préfecture de l'Aveyron)
  • quelques documents anciens signés Maurice Pardé (notamment Les crues languedociennes en décembre 1953 In: Annales de Géographie. 1956, t. 65, n°348).

 

II.2 Climatologie du bassin du Dourdou

Le bassin du Dourdou est situé au Sud-Est du département de l'Aveyron, imbriqué entre le Nord-Ouest de l'Hérault (Haut-Languedoc) et le Nord-Est du Tarn. Il est un peu à la frontière des grands Causses situés à peine plus à l'Est et du Haut-Languedoc.

Le climat est plutôt soumis à une influence méditerranéenne. En effet l'influence océanique venant de l'ouest est très atténuée par les contrées du Ségala et du Lévézou, vastes plateaux situées au Nord-Ouest du Dourdou et assez haut en altitude (800 à 1200 m). Les perturbations atlantiques arrivent atténuées sur le Saint-Affricain. A l'inverse, les remontées méditerranéennes débordent régulièrement le bassin du Dourdou, principalement sur les 4 derniers mois de l'année quand la mer est bien chaude. Il arrive que ces phénomènes pluvieux venant de Méditerranée, communément et parfois appelés à tort épisodes cevennols, se produisent en hiver (mars 1930 en est le plus bel exemple), voire au début du printemps. Les abats d'eau peuvent alors être importants - plusieurs centaines de mm ou de litres au m² - et ils se produisent le plus souvent en un ou deux jours. Plus l'intensité horaire des précipitations est forte et plus les cours d'eau réagissent rapidement.

Aussi, les moyennes annuelles et mensuelles de précipitations n'ont-elles pas grand sens car il peut très bien pleuvoir en 1 jour la pluie mensuelle ou le double.

 

II.3 Historique des pluies et des crues

Météo France fournit des informations assez détaillées sur les pluies depuis 1958, avec la possibilité de recherche des épisodes pluvieux significatifs sur une commune et ses alentours (jusqu'à 25 km autour). Le centre de gravité du bassin du Dourdou se trouve sur la commune de Saint-Félix-de-Sorgues. La recherche est donc faite dans un disque de 25 km de rayon centré sur cette commune, en se limitant pluies de plus de 200 mm relevés en un jour (de 6h TU le jour J à 6h TU le jour J+1). Ce cercle couvre l'intégralité du bassin du Dourdou mais aussi celui du Cernon (affluent du Tarn) et l'amont des bassins du Rance (idem), de la Vèbre (affluent de l'Agout), de l'Orb (fleuve méditerranéen) et son affluent la Mare.

La liste (à tabuler) ci-dessous donne les dates suivantes :

- 7/11/1962
- 31/10/1963
- 24/02/1964 : 208 mm à Castanet-le-Haut
- 1/10/1964
- 24/09/1965 : 213 mm à Roqueronde
- 25/09/1965 : 200 mm à Roqueronde
- 27/9/1966 : 280 mm à Castanet-le-Haut
- 18/10/1969 : 280 mm à Castanet-le-Haut ; 213 mm à Roqueronde
- 23/07/1971 : 211 mm à Castanet-le-Haut
- 16/01/1972 : 209 mm à Roqueronde
- 25/10/1979
- 20/09/1980 : 304 mm à Ceilhes et Rocozels ; 215 mm à Fondamente ; 246 mm à Avène ; 202 mm à La Cavallerie ;
- 7/11/1982 : 238 mm à Fondamente ; 285 mm à Fayet ; 263 mm à Castanet-le-Haut ; 392 mm à Roqueronde
- 4/12/1987 : 201 mm à Castanet-le-Haut
- 23/10/1990 : 229 mm à Roqueronde
- 21/091992 : 221 mm à Fondamente
- 26/09/1992 : 230 mm à Fondamente
- 22/09/1994
- 4/11/1994 : 205 mm à Fondamente
- 08/12/1995 : 218 mm à Castanet-le-Haut
- 16/12/1995 : 305 mm à Castanet-le-Haut ; 205 mm à Roqueronde
- 22/01/1996 : 222 mm à Castanet-le-Haut
- 14/10/1996 : 201 mm à Murat-sur-Vèbre
- 4/11/1997 : 336 mm à Castanet-le-Haut ; 210 mm à Roqueronde
- 16 et 17/12/1997 : 436 mm à Castanet-le-Haut (212 + 224)
- 3/05/1999
- 17/10/1999 : 270 mm à Murat-sur-Vèbre ; 200 mm à Roqueronde
- 12 et 13/11/1999 : 300 mm à Murat-sur-Vèbre le 12/11
- 9/10/2002
- 26/02/2003
- 29/4/2004 :
- 28/1/2006
- 3/1/2008
- 27/10/2011 : 248 mm à Castanet-le-Haut
- 03/11/2011
- 16/09/2014 : 230 mm à Roqueronde ; 220 mm à Castanet-le-Haut
- 28/11/2014 : 188 mm à Peux-et-Couffouleux ; 159 mm à Roqueronde

 [à remplacer par tableau par évènement + ajouter carte des stations pluviométriques]

Cette grosse double douzaines d'épisodes pluvieux significatifs n'a pas engendré à chaque fois une crue remarquable du Dourdou et/ou de la Sorgue (en gras les dates des crues remarquables). En effet, la quantité globale de pluie n'est pas le seul paramètre à l'origine d'une crue, loin s'en faut. Citons parmi les principaux paramètres :

  • l'intensité de la pluie : 100 mm d'eau tombés en 10 heures de pluie continue ne font pas réagir les cours d'eau de la même manière que si la même quantité tombe en 3 heures.
  • La répartition spatiale des pluies et leur évolution spatio-temporelle joue aussi un rôle : un épisode pluvieux qui avance dans l'axe d'une vallée (et encore plus s'il la suit d'amont en aval) sera plus pénalisant qu'un épisode pluvieux similaire en quantité qui avance transversalement à la vallée. Les remontées méditerranéennes avançant vers le Nord, le Nord-Ouest ou l'Ouest selon les flux d'altitude (eux-mêmes contraints par le positionnement du centre dépressionnaire), sont donc pénalisantes pour les 2 cours d'eau concernés mais peu fréquemment pour les deux en même temps étant donné l'orientation différente de leur vallée.
  • L'humidité des sols : plus les sols sont humides, plus leur faculté de ruisseler et de provoquer des crues sera forte. Il est récurrent que le premier épisode pluvieux remarquable de la saison (en septembre ou octobre) ne génère qu'une crue modérée, même s'il existe quelques exceptions (cf. catastrophe de Lamalou-les-Bains le 15/9/2014). Et que le second (en novembre ou décembre), parfois moindre en quantité, ait lieu sur des sols plus humides et une végétation qui a perdu ses feuilles.
  • L'occupation des sols : dans les zones rurales, les champs cultivés facilitent ou non le ruissellement en fonction de l'état des cultures : sols nus travaillés ou non (après les récoltes) ou à l'inverse, culture encore en place.
  • L'état de la végétation : sur des terrains et versants boisés, la présence ou non de feuilles aux arbres réduit ou non le ruissellement en surface.
  • la présence de karst, valable pour la Sorgue : les écoulements souterrains, qui dépendent de l'état de remplissage des réserves du sous-sol calcaire, peuvent être prépondérants. Et ils sont parfois seuillés, c'est-à-dire avec un fonctionnement en tout ou rien : jusqu'à une certaine quantité de pluie, les stocks souterrains se remplissent sans écoulements superficiels à travers des exsurgences ou résurgences. Et au delà d'une certaine quantité d'eau précipitée, le karst de vidange.

 

MARS 1930

Date bien connue dans le Sud-Ouest, notamment sur le bassin de l'Agoût et du Tarn moyen et aval.

La carte ci-dessous (Source : http://pluiesextremes.meteo.fr ; extrait de la carte des précipitations en 4 jours du 28/02 au 03/03/1930 - édition du 11/08/2011) montre que le bassin du Dourdou (avec plus de 300 mm) a été plus touché que celui de la Sorgue (entre 100 et 250 mm).

Dourdou_pluie-1930

Du reste, on retrouve une marque de cette crue gravée dans la pierre d'une pile du pont vieux de Camarès (photo ci-dessous).

P1060883

AVRIL 1931

Rien de trouvé dans les archives (très courtes recherches) mais au regard de l'épisode météo de début avril 1931 à l'origine d'une crue de l'Orb, il est probable que l'amont du Dourdou ait également été concerné par cet épisode pluvieux.

 

DECEMBRE 1953

La carte ci-dessous (Source : http://pluiesextremes.meteo.fr ; extrait de la carte des précipitations en 3 jours du 6 au 9/12/1953 - édition du 17/07/2013) montre que le bassin de la Sorgue a reçu de 200 à 250 mm en moyenne; le Dourdou ne recevant ces quantités que sur l'extrême amont de son bassin.

Dourdou_pluie-1953

Saint-Affrique a été copieusement arrosé et la Sorgue a débordé, comme en témoigne cet extrait de la Dépêche du Midi du 8/12/1953 : "Après une dizaine de jours de vent du midi et de temps doux, des averses orageuses se sont abattues sur le saint-affricain et le sud du département : dans la journée de dimanche, elle ont pris un tel caractère de gravité que les services de sécurité ont dû être alertés en prévision d'inondations De dimanche 9 heures à lundi matin 5 heures, des averses orageuses se sont succédées sur la région. 117 mm ont été recueillis au pluviomètre et d'heure en heure, on a vu la Sorgue grossir, s'étendre, déborder et faire des ravages aux propriétés riveraines. [...] C'est vers 18h que les progrès de l'eau devinrent inquiétants. Les gens prudents avaient déménagé ce qui risquait d'être recouvert ou emporté par l'eau. [...] L'eau augmentait un peu moins peut-être qu'aux dernières inondations d'il y a une vingtaine d'années [Ndla : 1930 ou 1931 ?] mais elle a inondé les rives et provoqué des dommages importants. [...] L'eau avait encahi les bas quartiers au Traupont, à l'abattoir. [...] Les pompiers ont dû intervenir à la Miséricorde dont les sous-sols contenant des machines de chauffage central étaient inondées."

Dans son édition du 9/12/1953, le quotidien local indique : "Au Traupont et rue du Pont Neuf, l'équipe municipale a enlevé la vase qui atteignait l'épaisseur d'un mètre par endroit et empêchaient la circulation et l'ouverture des portes des garages, remises et caves."

Le Traupont est le quartier en rive gauche au niveau du pont vieux. Quant à la rue du Pont Neuf, elle n'existe plus aujourd'hui ! Sont-ce les boulevards de Verdun et de Gaulle ? Sont-ce les quais où s'étend aujourd'hui une aire de stationnement ?

A noter qu'une nouvelle crue s'est produite 2 jours plus tard dans la nuit du mardi 8 au mercredi 9/12/1953 avec une hauteur d'eau évaluée à un mètre de moins que la précédente dans l'ex sous-préfecture de l'Aveyron. L'édition de la Dépêche du 10/12/1953 nous rapporte "[qu'] à 22 heures, il a fallu procéder à l'évacuation du quartier des Cazes". La circulation est coupée sur les routes allant de Saint-Affrique à Bournac, à Millau, à Fondemente et à Vendeloves par Couat.

Pardé indique que le Dourdou a atteint 7,10 m le 6/12 et 6,65 m le 8/12 à Vabres-l'Abbaye contre 6,00 m en mars 1930 et 5,95 m en octobre 1933. Reste à bien positionner ce relevé : en amont de la confluence avec la Sorgue au niveau du pont de la RD999 (ex nationale), au niveau du pont de chemin de fer (aujourd'hui bretelle routière) ou en aval de la confluence avec la Sorgue ?

SEPTEMBRE 1980

Dourdou_pluie-1980_2j

(Source : http://pluiesextremes.meteo.fr ; extrait de la carte des précipitations en 2 jours du 20 au 22/09/1980 - édition du 08/08/2011)

Il s'agit d'un des plus forts épisodes pluvieux sur l'amont de la Sorgues. Au pont du hameau de Vendeloves (en amont de Saint-Affrique), on relève 4,14 m le 21/9 à 8h. à la station de mesure sur la Sorgues.

NOVEMBRE 1982

Dourdou_pluie-1982_2j

(Source : http://pluiesextremes.meteo.fr ; extrait de la carte des précipitations en 2 jours du 6 au 08/11/1982 - édition du 12/09/2012)

Là encore, nous avons affaire à un épisode pluvieux remarquable qui a également touché le Tarn amont qui a connu une crue remarquable, proche de celle de 1930. A la station hydrométrique de Vendeloves sur la Sorgues, on relève 4,21 m le 8/11 à 3h30 du matin. D'après la Dépêche du Midi (édition du 9 novembre), c'est le Dourdou qui a très fortement réagi, comme en attestent quelques repères de crue dans la vallée. A Vabres-l'Abbaye, "l'eau a envahi le rez-de-chaussée de dizaines de maisons au centre même du village (mairie, école, évéché, épicerie, café, boulangerie). La place de la mairie et les rues basses étaient entièrement inondées. C'est le quartier du pont vieux qui a le plus souffert. Le nouveau lotissement près du stade avait été envahi par les eaux dès le début d'après-midi de dimanche et la hauteur a atteint près de 1,20 m. [...] La route de Rial a été entièrement détruite sur une centaine de mètres et le pont de Rayssac totalement emportépar les eaux. Un autre pont à Montlaur a lui aussi été ébranlé et reste interdit à la circulation."

Face à ce descriptif, il ressort que la crue du Dourdou à Vabres a été plus forte qu'en novembre 2014 où les eaux ont bien débordé dans le lotissement près du stade mais n'ont que très peu inondé le centre ville.

 

SEPTEMBRE 1992

En septembre 1992, deux épisodes pluvieux se succèdent en quelques jours. Le premier a lieu le 21 au soir arrosant copieusement l'amont du bassin de la Sorgue avec 221 mm à Fondamente et 182 mm à St-Beaulize. L'amont du Dourdou reçoit moins de 100 mm. Cette première pluie à l'orée de l'automne va faire réagir faiblement la Sorgues mais surtout, elle va bien humidifier les sols, favorisant le ruissellement pour la pluie suivante 5 jours plus tard.

Dourdou_pluie-1992_0922-1j

(Source : http://pluiesextremes.meteo.fr ; extrait de la carte des précipitations en 1 jour du 21 au 22/09/1992 - édition du 02/08/2011)

 

Dourdou_pluie-1992_0927-1j

(Source : http://pluiesextremes.meteo.fr ; extrait de la carte des précipitations en 2 jours du 26 au 28/09/1992 - édition du 02/08/2011)

Trois jours plus tard, un autre épisode pluvieux intense est annoncé par Météo France (MF) à travers un bulletin spécial le vendredi 25 matin, relayé dans la presse quotidienne régionale le samedi 26 au matin : "les pluie s'intensifieront sur les régions méridionnales à l'ouest du Rhône en cours d'après-midi ou en soirée de samedi. [...] Les quantités de pluies par cumul jusqu'à dimanche matin seront généralement comprises entre 50 et 100 mm, mais pourront atteindre localement, voire dépasser 150 à 200 mm sur les versants méditerranéens des Pyrénées et des Cévennes [NdlA : le Dourdou et la Sorgues sont sur la bassin atlantique des Cévennes...]. Il faut noter que cette alerte de la part de MF intervient dans un contexte particulier : 3 jours avant, l'Ouvèze a fait plusieurs dizaines de victimes notamment à Vaison-la-Romaine.

Ce n'est pas le Sud de l'Aveyron qui sera le plus touché par les pluies mais la haute vallée de l'Aude (Rennes-les-Bains). Cependant, le bassin de la Sorgues et celui du Dourdou en amont de la Sorgues reçoivent plus de 100mm, dont plus de 150 mm sur leur moitié amont et même au delà de 200 mm à proximité de Fondamente (qui reçoit donc deux fois la même quantité de pluie à 5 jours d'intervalle). C'est au coeur de la nuit du samedi 26 au dimanche 27 que la Sorgues déborde franchement dans Saint-Affrique, provoquant d'énormes dégâts : quartier du Trépont, cité Valentin, caves et garages notamment sur les quais (6 véhicules détruits), supermarché Champion, abattoirs et zone industrielle des Cazes.

A la station hydrométrique de Vendeloves, on relève 5,02 m sur la Sorgues à 5h35 (TU ou TL), soit 80 cm de plus que 10 ans plus tôt.

Sur le Dourdou en aval de la confluence, 2 stations de mesure des hauteurs d'eau cohabitent lors de cette crue :

- au lieu dit "Le Poujol", on mesure 5,60 m à 7h00 (TL ou TU ?)

- au lieu dit "Bedos", quelques centaines de mètres en aval, on mesure 7,74 m à 9h23 (TL ou TU ?)

Les plus surprenant n'est pas forcément la différence de hauteur mais la différence temporelle entre les deux maxima. La différence de hauteur s'explique par une largeur de débordement différente (plus c'est large, moins ça monte) et peut-être aussi par un calage différent du zéro des échelles de mesure en basses eaux (le zéro est assez souvent la hauteur d'eau dans le lit mineur à l'étiage).

Du 26 au 28/9, on relève :

Dépt.CommuneLieu-ditAltitude
(en m)
Pluie
(en mm)
12 MONTLAUR MAS DE PRIVAT 345 125
12 LA CAVALERIE GENDARMERIE 790 174.3
12 SAINT-BEAULIZE BOURG 525 181.1
12 FONDAMENTE ANTIGNES 510 234
34 FRAISSE-SUR-AGOUT LE CAPSAN COL DU TRIBY 850 143.7
34 CAMBON-ET-SALVERGUES MAS BELBONNE 906 157.5
34 LA SALVETAT-SUR-AGOUT BARRI CAMPEMARE 693 158.3
34 JONCELS BOURG 390 163
34 LUNAS LA CHAPELLE 294 174
34 ROQUEREDONDE RTE DE LODEVE 685 183.8
34 CASTANET-LE-HAUT LE PERAS 629 195.5
34 HEREPIAN AV DE L'ESPINOUSE 192 216
34 LE BOUSQUET-D'ORB CAZILHAC 278 219.4
34 BEDARIEUX AERODROME 373 220
34 SAINT-GERVAIS-SUR-MARE GEND. 320 222
81 LACAUNE ANCIENNE GARE 802 128.6
81 MURAT-SUR-VEBRE CAMPARNAU 975 188

 

DECEMBRE 1996

à suivre

OCTOBRE et NOVEMBRE 1999

à suivre

DECEMBRE 2003

à suivre

 

III. La crue de septembre 2014

En cette fin d'été, un épisode cévenol, premier d'une longue série en ce dernier quadrimestre 2014, va toucher l'Hérault et le Sud de l'Aveyron. Cet épisode restera tristement célèbre pour les décès de plusieurs personnes à Lamalou-les-Bains, suite à la rupture d'un embacle provoquant une vague sur le camping.

Sur le bassin du Dourdou, c'est la Sorgue (?) qui est la plus touchée. On relève (source Météo France) les quantités suivantes du 16/9 6h au 18/9 6h :

Dépt.CommuneLieu-ditAltitude
(en m)
Pluie
(en mm)
12 SAINT-AFFRIQUE COLLEGE AGRICOLE 365 86
12 PEUX-ET-COUFFOULEUX LA BORIE SAINT MEEN 830 127.8
12 SAINT-BEAULIZE BOURG 525 131
12 CORNUS PREVINQUIERES 718 140
12 LA CAVALERIE GENDARMERIE 790 141
12 LA CAVALERIE AERODROME 795 153.8
12 BRUSQUE LA TABAREDE 858 179
34 LES AIRES LA GARENE 190 171
34 CAMBON-ET-SALVERGUES MAS BELBONNE 906 219
34 CASTANET-LE-HAUT LE PERAS 629 248
34 PEZENES-LES-MINES MAS BOUSQUET 389 265
34 CASTANET-LE-HAUT   424 283.2
34 BEDARIEUX AERODROME 373 295.6
34 LUNAS LA CHAPELLE 294 316
34 ROQUEREDONDE RTE DE LODEVE 685 316
34 LES PLANS LA QUILLE 844 360
34 LE BOUSQUET-D'ORB CAZILHAC 278 383.9
34 SAINT-GERVAIS-SUR-MARE GEND. 320 503.7
81 MURAT-SUR-VEBRE LA SERRE 1022 149.4

 

Dourdou_pluie-2014-09_4j

 (Source : http://pluiesextremes.meteo.fr ; extrait de la carte des précipitations en 4 jours du 16 au 20/09/2014 - édition du 16/02/2015)

Dourdou-Vabres_2014-09

Ci-dessus, le Dourdou à l'aval du pont de Vabres

 

IV. La crue de novembre 2014

Sur 2 jours consécutifs (du 27 6h au 29/11/2014 6h), on relève :

12 MONTLAUR LADRECH 374 95.3
12 LA CAVALERIE AERODROME 795 112.6
12 LA CAVALERIE GENDARMERIE 790 113
12 BELMONT-SUR-RANCE LIMOU 410 119
12 MONTLAUR MAS DE PRIVAT 345 120
12 SAINT-AFFRIQUE COLLEGE AGRICOLE 365 146
12 BELMONT-SUR-RANCE LE CLAPAYROL GEND. 500 147
12 CORNUS PREVINQUIERES 718 148.2
12 BRUSQUE LA TABAREDE 858 198.9
12 PEUX-ET-COUFFOULEUX LA BORIE SAINT MEEN 830 237.7
34 CAMBON-ET-SALVERGUES MAS BELBONNE 906 170
34 LES PLANS LA QUILLE 844 178.9
34 CASTANET-LE-HAUT LE PERAS 629 181
34 CASTANET-LE-HAUT   424 194.1
34 SAINT-GERVAIS-SUR-MARE GEND. 320 195.5
34 PEZENES-LES-MINES MAS BOUSQUET 389 199
34 LES AIRES LA GARENE 190 210
34 BEDARIEUX AERODROME 373 212.4
34 LA SALVETAT-SUR-AGOUT BARRI CAMPEMARE 693 215.5
34 ROQUEREDONDE RTE DE LODEVE 685 259
34 LE BOUSQUET-D'ORB CAZILHAC 278 265
34 LUNAS LA CHAPELLE 294 270.2
81 LACAUNE ANCIENNE GARE 802 156.5
81 MURAT-SUR-VEBRE LA SERRE 1022 157.5

 

Dourdou_pluie-2014_4j

(Source : http://pluiesextremes.meteo.fr ; extrait de la carte des précipitations en 4 jours du 27/11 au 01/12/2014 - édition du 16/02/2015)

 

V. Évolution de l'urbanisation

L'évolution de l'urbanisation dans une plaine inondable est toujours riche d'enseignements en matière d'inondation. Le cas de Saint-Affrique et de l'aval immédiat de son centre ancien est un exemple typique d'une augmentation déraisonnée de la vulnérabilité dans le champ majeur d'une rivière, c'est-à-dire où ont lieu les débordements. Pour faire simple, la zone inondable est délimitée au nord par la RD54 et au sud par la RD999.

L'IGN via le Géoportail® met à disposition du public ses clichés aériens historiques, facilitant ainsi l'analyse diachronique de l'occupation des sols.

Commençons par la vue de 1948, soit juste après la fin de la seconde guerre mondiale.

St-Affrique1948c

On distingue le centre historique (ellipse noire) en rive droite de la Sorgue et son principal faubourg en rive gauche, devenu au fil des temps un quartier à part entière (rectangle marron).

Toute la rive droite en aval du centre ancien (dans le rectangle rouge au nord de la Sorgue) est cultivée : cette zone est en surplomb de la rivière et rarement inondable.

Le secteur entre la gare et la Sorgue (ellipse verte) est encore à l'état naturel. Il en va de même pour la quasi-intégralité de la rive gauche à l'aval de l'urbanisation (rectangle bleu). A l'inverse du rectangle rouge, ces zones sont totalement ou partiellement en zones inondables.

L'évolution de l'urbanisation de Saint-Affrique en 60 ans avec une image tous les 10 ans environ va témoigner du choix d'urbanisation suivant :

- les zones à usage d'habitation avec notamment des pavillons vont se développer quasi exclusivement en rive droite, essentiellement hors zones inondables

- les zones d'équipements publics (hôpital, établissements scolaires, gendarmerie), artisanaux et commerciaux vont se développer en zones inondables parfois à proximité immédiate du cours d'eau.

Ce choix d'aménagement ne sera jamais remis en cause malgré quatre crues débordantes (la dernière en novembre 2014) dont deux se sont produites avec une urbanisation marginale (décembre 1953) ou très inaboutie (novembre 1982). On ne pouvait donc ignorer le risque encouru à construire dans ces zones.

St-Affrique_1956

En 1956 (ci-dessus), les premiers lotissements voient le jour en rive droite au nord du méandre de la Sorgue.

St-Affrique_1965

En 1965 (ci-dessus), l'hôpital de Saint-Affrique (en bleu) s'étend au pire emplacement : à quelques mètres de la rivière en rive gauche au niveau d'un coude vers la droite de la rivière. Si la rivière sort de son lit, elle tirera tout droit et viendra taper dans les bâtiments. A la sortie de Saint-Affrique vers Albi, on a construit un groupe scolaire (cerclé en orange). L'urbanisation se poursuit au nord-ouest (en rouge).

 St-Affrique_1978

En 1978 (ci-dessus), on a construit à côté de l'hôpital un nouveau pont sur la Sorgue (orienté sud-nord) pour faciliter les déplacements entre les deux rives. La zone pavillonaire (rectangle rouge) continue de s'urbaniser. Le quartier près de l'école (en orange) s'est bien construit, notamment en bordure de rivière.

 St-Affrique_1985

En 1985 (ci-dessus), l'hôpital s'est doté de nouveaux bâtiments et plus à l'ouest l'intérieur du méandre (rectangle bleu) est maintenant bien urbanisé. Pourtant, il ne fait aucun doute que la crue de 1982 a inondé ce secteur. La zone du rectangle rouge est de plus en plus urbanisée. Il reste encore quelques champs vers l'aval. On remarquera que la rive droite en aval (extémité gauche de la photo) a également fait l'objet de constructions. Au sud de la ville (cercle vert), c'est également bien construit.

St-Affrique_1992

En 1992 (ci-dessus), on a ajouté un supermarché (carré bleu) à la place des champs qui ont sûrement été inondés en septembre 1992. La zone du rectangle rouge est quasiment toute urbanisée, comme la orange et la verte.

St-Affrique_2003

En 2003 (ci-dessus) et en 2014 (ci-dessous), la zone est intégralement ou presque urbanisée. c'est vers l'aval que la ville va poursuivre son extension sur les 20 dernières années.

St-Affrique_2015

Le zonage du Plan de Prévention des Risques d'inondation datant du début des années 2000 est présenté en dernière image (source MiPygeo) pour finir avec :

- les zones rouges inconstructibles

- les zones bleues constructibles sous conditions avec en théorie moins de 50 cm d'eau

St-Affrique_PPri

Ce zonage devait être revu et les inondations de novembre 2014, très proches de celles de 1953, seront une bonne source pour y parvenir. Il sera notamment intéressant de voir comment sera classée la zone du supermarché Carrefour Market. Si le bas du parking proche de la Sorgue est légitimement en zone rouge, on peut s'étonner que le magasin soit en zone bleue alors qu'il y a eu 1,6 m d'eau en novembre 2014 avec une destruction totale. La reconstruction a pris 3,5 mois avec une réouverture le 10 mars 2015.

Certes, ce supermarché semble important en matière de chalandise et d'activité (un peu plus de 60 emplois directs). Mais peut-on accepter qu'un établissement de ce type soit en zone inondable ? Peut-on accepter au nom de la solidarité assurantielle de remettre à neuf intégralement ce commerce sans avoir repensé son emplacement ? En dehors des bureaux surélevés, quelles précautions ont été prises pour limiter les conséquences de l'inévitable prochaine inondation ?

 

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23 janvier 2014

Inondations Sud-Ouest janvier 2014

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Un mois de janvier très arrosé, des pluies sans discontinuité pendant près de 48h sur le Sud-Ouest et ce sont des crues généralisées à la plupart des cours d'eau du bassin de la Garonne et de l'Adour qui sont observées. On observe une accalmie des précipitations depuis samedi soir mais de nouvelles pluies sont attendues dès dimanche soir sur la région.


La vigilance météo

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Les sols sont gorgés d'eau après des précipitations fréquentes depuis maintenant plus d'un mois.

La situation est à suivre de très près car elle est assez similaire avec celles de décembre 1981 et février 1952 : à savoir des sols bien humides et des précipitations marquées sur plusieurs jours. Ces deux dates correspondent aux dernières très grosses crues sur le bassin de l'Adour : Adour moyen du Gers aux Landes, Midouze, gaves moyen et aval. A défaut d'atteindre ces niveaux exceptionnels, il faut s'attendre dans les prochaines heures et jours à des crues fortes à très fortes sur le bassin de l'Adour mis en vigilance orange par vigicrues. Verra-t-on une vigilance rouge comme en Bretagne fin 2013 ?

Le bassin de la Garonne à Toulouse est pour l'instant moins touché car la neige est tombée à assez basse altitude (~ 1500 m) et son affluent l'Ariège a été moins arrosé. La hauteur au pont-neuf de Toulouse a atteint 3,80 m, soit moins que fin mai 2013 et plus de 50 cm de moins que la crue marquante de juin 2000. A l'aval de Toulouse, les apports successifs des affluents gascons aggraveront la situation. Aggravation qui sera modérée car le Tarn ne roule pas des volumes énormes, gonflé seulement par l'Aveyron en crue de saison.


La vigilance crue.

vigilance orange vendredi 24 janvier à 10h sur les cours d'eau gascons affluents de rive gauche de la Garonne, l'amont du bassin de l'Adour, les gaves pyrénéens et 2 affluents de la Garonne. La vigilance orange sera étendue à 16h à la quasi-intégralité des cours d'eau d'un petit quart sud-ouest.

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Quelques photos de la Save à la limite du Gers et de la Haute-Garonne, sur la RN524, les RD 

Segoufielle-RN524

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La RN542, route de l'itinéraire à grand gabarit (IGG) empruntée par les convois  amenant les morceaux de l'A380 à l'usine de montage de Colomiers. Un convoi doit passer dans la nuit de mercredi 29 à jeudi 30 janvier.

 Pont_Save-RN524-amont

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Sur la même route près de l'ancien moulin de Ségoufielle, la Save en amont (ci-dessus) et en aval (ci-dessous) du pont construit spécialement pour l'IGG. On voit l'ancien pont avec une station de mesure (le tube à droite). La hauteur d'eau à l'échelle était de 3,60 m lors de mon passage à 13h30.

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A l'entrée de L'Isle-Jourdain, sur la RD654 qui longe le lac, on trouve des installations sportives à gauche de la route.

 

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En empruntant la RD924 en direction du centre de la cité gersoise, on trouve sur la droite la cabane du paintball estival. Elle baigne dans l'eau en cet hiver 2014.

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Sous le pont de Garigliano, il ne reste plus beaucoup de place sous les arches que la Save a presque entièrement rempli. La hauteur à l'échelle est de 6,10m à 14h. En aval du pont, la différence est frappante entre une situation d'étiage estival et la situation de ce 25 janvier 2014.

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Pour s'échapper de la cité gersoise, on emprunterait bien la RD634 pour rejoindre la RN124. Mais la Save en a décidé autrement

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La crue des cours d'eau gascons

Save, Gimone, Arrats, Gers et Baïse sont les affluents gascons de la Garonne. Ils prennent tous leur source sur le plateau du Lannemezan à quelques km de distance. Les terrains sont plutôt imperméables favorisant le ruissellement lors des pluies. Si la pente des cours d'eau est faible, celle des versants est bien plus forte, dépassant allégrement plusieurs dizaines de %. Qui plus est, ces versants sont majoritairement cultivés et dans le sens de la pente, ce qui favorise le ruissellement, encore plus quand les terrains sont nus (attente des cultures estivales que sont le tournesol et le maïs) ou avec une végétation rase (céréales de printemps). Leur cours est orienté sud-nord et ils rejoignent la Garonne entre Grenade-sur-Garonne (pour la Save) et Buzet-sur-Baïse (pour la Baïse). A eux cinq, les affluents gascons draînent près de 6 000 km², soit 15% du bassin de la Garonne avant sa confluence avec le Lot.

En janvier 2013, les cours d'eau étaient en crue après un épisode pluvio-neigeux.

Fin mai et début juin 2013, un bel épisode pluvieux faisant suite à un printemps très pluvieux provoquait une nouvelle crue : sur le bassin de la Baïse, elle était généralement moins forte qu'en janvier. Sur les autres bassins, on observait des hauteurs d'eau aux stations de mesures en rivières plus fortes jusqu'à 30 cm.

En janvier 2014, on observe des hauteurs d'eau (bien) supérieures à janvier 2013.

  • Baïse : Trie (+ 90 cm), Mirande (+ 1 m), St-Jean-Poutge (+ 65 cm), Condom (+ 50 cm), Nérac (+ 80 cm), Lavardac (+ 2 m)
  • Auloue : Castera-Verduzan (- 60 cm)
  • Osse : Montesquiou (~), Vic-Fezansac (+ 10 cm)
  • Gers : Masseube (+ 25 cm), Orbessan (+ 50 cm), Auch (+ 40 cm), Lectoure (+ 10 cm)
  • Arrats : Aubiet (~), Mauvezin (+ 15 cm)
  • Gimone : Tirent (~), Gimont (+ 15 cm), Beaumont (+ 40 cm)
  • Save et Gesse : Boulogne (+ 65 cm), L'Isle-en-Dodon (+ 1m), Lombez (+ 55 cm) et l'Isle-Jourdain (+ 30 cm)

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19 janvier 2014

Inondations Var janvier 2014

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Des inondations dans le Var, des coulées de boue dans les Alpes-Maritimes : encore une catastrophe "naturelle". Un lotissement d'Hyères inondé par le Gapeau : inepsie que d'avoir construit dans cette zone éminemment inondable. Les villas à flanc de collines gréseuses dans les Alpes Maritimes, construites à l'encontre du bon sens, sont envahies par la boue ou voient leurs terrasses et des piscines détruites dans des glissements de terrain. La nature reprend ses droits et nous rappelle qu'elle est bien plus forte que l'Homme.

Et oui, il a plu en 3 jours l'équivalent de 2 mois de pluie. Phrase typique de journaliste (et d'élus ?) pour justifier les dégâts, concernant une région où la pluviométrie mensuelle moyenne a peu de sens : soit elle est proche du néant, soit très importante au rythme des pluies intenses venant de la mer Méditerranée.

Ne remettons surtout pas en cause un urbanisme à côté de la plaque dans les zones à risques (d'inondation, de mouvement de terrain).

Malgré tout, nous avons quand même vécu un événement pluvieux remarquable autant par sa durée que par son emprise géographique : 3 épisodes pluvieux marqués sur la région PACA et les Cévennes et à chaque fois, la moitié sud du département du Var qui est bien touchée. Rappelons également qu'à Noël dernier, ces régions avaient déjà été bien arrosées.

 

I. Présentation du bassin versant du Gapeau et de l'Argens

I.1 Le Gapeau

Le Gapeau est un fleuve côtier varois qui prend sa source sur le versant sud-est du massif de la Sainte-Baume. Karstique sur sa partie amont, il reçoit à l'est de La Crau, les eaux de son principal affluent, le Réal Martin, lui-même grossi du Réal Collobrier qui descendent tous deux du versant ouest du massif des Maures. Il se jette dans la Méditerranée à l'est d'Hyères-les-Palmiers après un parcours de xx km. Il draine un bassin versant de 550 km².

à compléter.

I.2 L'Argens

Si l'on excepte le Rhône, l'Argens est le fleuve de Provence au plus grand bassin versant avec près de 2800 km² à son embouchure à Fréjus et qui englobe la moitié du département du Var. Il prend sa source dans l'arrière pays varois et coule d'ouest vers l'est. Ses principaux affluents sont :

- le Cauron,
- le Caramy, grossi de l'Issole
- la Bresque,
- l'Aille,
- la Nartuby,
- l'Endre
- le Reyran au niveau de son embouchure

à compléter.

II. La crue de janvier 2014

II.1 La vigilance météo

 

MF_2014-0118-06h       MF_2014-0118-10h

MF_2014-0118-16h   MF_2014-0119-06h

MF_2014-0119-10h  MF_2014-0119-16h

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MF_2014-0120-16h

 


II.2 La vigilance crue

La vigilance orange "crues" est passée le samedi 18 janvier à 10h sur le bassin du Gapeau et l'aval de l'Argens. A 16h, la Nartuby passe aussi en orange. Le 19 janvier à 10h, c'est l'Argens moyen qui passe en orange et en soirée, c'est l'aval du Rhône. Le 20 janvier à 10h, ne reste en orange que l'Argens aval et à 16h, il ne reste que de la vigilance jaune sur les cours d'eau provençaux.

VGC_2014-0118-10h VGC_2014-0118-16h

VGC_2014-0119-16h VGC_2014-0119-19h

VGC_2014-0120-10h VGC_2014-0120-16h

 

Et vigicrues zoomé sur le territoire provençal

VGC_2014-0118-10h_ME  VGC_2014-0118-18h_ME

VGC_2014-0119-16h_ME  VGC_2014-0120-10h_ME

VGC_2014-0120-16h_ME


II.3 L'épisode pluvieux

Un premier arrosage du massif des Maures le jeudi 16 janvier 2014 et la nuit suivante avec les quantités de précipitations les plus fortes sur la Côte d'Azur et dans l'arrière-pays niçois (173 mm à Peille et 146 mm à La Trinité).  110 mm à Bormes-les-Mimosas.

Et en deux vagues les 18 et 19 janvier, des seaux d'eau s'abattent sur les Maures et l'arrière pays varois (entre 150 et 200 mm en moins de 48h).

 

cartes des pluies à ajouter

La plupart des fleuves côtiers varois ont fortement réagi des plus petits (Giscle, Maravenne, Batailler) aux plus gros (Argens, Gapeau). C'est à la Londe-des-Maures, petite commune du littoral près de Hyères, que les dégât sont les plus importants : le Pansard et le Maravenne ont frappé ! D'habitude à sec ou presque, ils confluent à l'aval de la commune avec un aménagement pour mener au petit port de plaisance de Miramar. Le Pansard traverse La Londe entre le centre ancien et un lotissement, puis longe les vignes.

 

 


II.4 La crue du Gapeau

C'est le Réal Martin qui a le plus contribué à la crue : d'après les données brutes, on aurait atteint 4,24 m le dimanche 19 janvier à 16h à la station hydrométrique de La Crau au pied de Pierrefeu. Cette hauteur, si elle est confirmée, dépasse de 10 cm la hauteur de la crue mémorable de janvier 1978, qui avait un scénario météorologique assez proche avec plusieurs vagues pluvieuses en quelques jours sur la Provence.

Le Gapeau à Solliès-Pont sous l'autoroute A57 n'est monté au plus haut qu'à 1,8 m le 19/1, soit moitié moins que son présumé record de janvier 1999 à 3,5 m. La veille, il était monté à 2,5 m. C'est la preuve que le 3è épisode pluvieux, celui de dimanche, a bien plus touché le bassin du Réal Martin que celui du Gapeau.

Sur la commune d'Hyères le long de la RD12, le Gapeau est monté jusqu'à 3 m le 20/1 à 19h. C'est la même hauteur qui avait été observée fin décembre 1972. Tous les limnigrammes montrent de fort belle manière les réactions successives des deux cours d'eau aux trois épisodes de pluie, avec à chaque fois un pic plus haut que le précédent (sauf à Solliès). Ci-dessous les débits (à prendre avec précaution), montrant que c'est le Réal Martin qui a le plus contribué à la crue.

hydro_Gapeau_bv hydro_Hyeres

hydro_LaCrau hydro_Solies

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II.4 La crue de l'Argens

 

 


 

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24 décembre 2013

Inondations Morlaix décembre 2013

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Une tempête hivernale, des pluies importantes, le centre ville de Morlaix inondé en deuxième partie de nuit du lundi 23 au mardi 24 décembre 2013 alors que le service rennais en charge de la vigilance crues sur ce cours d'eau n'avait rien signalé (présentation de ce service dans Ouest-France du 7/01/2014). Il n'en faut pas plus pour que la colère gronde, alimentée par l'article du journal local Le Télégramme dans son édition du 26/12/2013.

polemique_vigicrues

L'hebomadaire L'Express a également lancé le débat, avec de premières réponses apportées par Météo France mais où un semblant de gêne semble poindre de l'établissement public.

Puis les quotidiens nationaux Le Figaro et Le Monde y sont allés de leur article. Dans le journal de droite, c'est un condensé d'éléments vus par ailleurs et on ne trouve que les faits. Dans le journal "apolitique", l'article est assez creux au final car ne posant aucune véritable question qui fâche, portant le débat sur l'origine des crues plus que sur le raté du service qui est censé les prévoir.

 

PRÉSENTATION DE LA RIVIÈRE DE MORLAIX

La rivière de Morlaix porte plutôt mal son nom puisque d'une part, c'est un fleuve (côtier) et non une rivière, et d'autre part, elle traverse la ville en souterrain avant d'arriver dans le bassin à flot (ci-dessous ouvrage souterrain débouchant dans le bassin).

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Le bassin artificiel d'environ 800 mètres de long (photo ci-dessous) est maintenu à flot toute l'année à un niveau constant ou presque grâce à une écluse.

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Ci-dessous l'échelle de mesure du niveau d'eau du bassin à flot.

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A l'aval de l'écluse (photo ci-dessous avec le viaduc de la RN12 au 2nd plan), la rivière de Morlaix retrouve son lit naturel envasé et s'étire tel un aber finistérien entre les collines voisines avant de s'élargir au niveau de Locquénolé (rive gauche) et du Dourduff (rive droite).

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En amont et en aval de l'écluse, le niveau d'eau est mesuré en valeur relative par une échelle. Le zéro des deux échelles n'est pas calé à la même altitude et on peut estimer un différentiel d'environ 3,4 m entre les hauteurs affichés à l'aval et à l'amont de l'écluse pour un même niveau d'eau (équivalence de 9,2 m à l'échelle aval et lecture proche de 5,8 à l'échelle amont).

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En amont du bassin, la rivière de Morlaix circule en souterrain, probablement dans une structure dite "cadre" en béton, sous la place Charles-de-Gaulle (du bassin au viaduc SNCF).

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En amont du viaduc, la rivière passe en souterrain sous la place des Otages.

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C'est sous cette place, à proximité du kiosque, que le Jarlot et le Queuffleuth se rencontrent et donnent naissance à la rivière de Morlaix :

  • le Jarlot (bassin versant de 86 km² de superficie, 17 km de longueur, 1.6% de pente moyenne) débouche en parallèle de la rue de Paris.
  • le Queffleuth (bassin de 97 km² de superficie, 22 km de long, 1.6% de pente moyenne), débouche en parallèle de la rue de Brest.

Le Jarlot est à l'air libre jusqu'à l'allée de Poan Ben qu'il longe, fortement contraint entre les murs des maisons et le mur de soutennement de la voirie.

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C'est par un large ouvrage qu'il passe sous les maisons et au niveau du carrefour de la rue de Paris / rue de l'Aiguillon et place du Dossen (vue amont/Aval ci-dessous).

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Il fait une dernière apparition à l'air libre sur 40 m linéaire le long des anciennes halles (aujourd'hui une librairie) avant de disparaître définitivement sous la Venelle des Halles.

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On peut néamoins supposer qu'à une époque lointaine (XIXè siècle ?), il s'écoulait à l'air libre le long de la rue des lavoirs.

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Quant au Queuffleuth, il est à l'air libre jusqu'au parking situé en arrière de la rue de Paris et en contrebas de la rue de l'Hospice, après un ouvrage d'une quarantaine de mètres devant le parking de l'Intermarché.

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C'est au début de la rue de l'Hospice que le cours d'eau disparaît sous les maisons.

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En amont de Morlaix, les deux cours d'eau empruntent deux vallées relativement parallèles et assez similaires.

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Les deux bassins versants (cf. plan ci-dessus sur fond IGN scan250) sont étirés dans le sens sud-nord pour le Quefflueth et SE-NO pour le Jarlot. Ils sont peu urbanisés et présentent des pentes de versant assez fortes, favorables aux ruissellements. Chacun possède une station hydrométrique (mesurant la hauteur d'eau) à l'amont immédiat de la partie urbanisée de l'agglomération de Morlaix, quelques centaines de mètres avant l'entrée dans la partie couverte. Ci-dessous la station des "3 chênes" sur le Queffleuth près du lotissement éponyme à Plourin-lès-Morlaix (photo d'octobre 2011).

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Dans la traversée urbaine de la ville basse, la rivière de Morlaix et les deux cours d'eau (Jarlot et Queufleuth) ont été couverts petit à petit au fil du temps.

Les plus vieilles images aériennes existantes de l'IGN datents des années 1920. A cette époque et jusqu'au début des années 1960, le bassin à flot remontait bien plus en amont, au niveau du bâtiment de feu la Banque de France. La place entre le bout du bassin et la viaduc se nommait place Cornic.

 

La couverture de la rivière de Morlaix entre la Banque de France et son extrémité actuelle (avenue de la République) se fit entre 1961 et 1964 (ci-dessous, photo ©Ouest France)

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Avant les années 1870, le bassin arrivait au pied du viaduc (© Conseil Général du Finistère).

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Et à une époque encore plus reculée, le bassin arrivait quasiment au pied de l'acuelle mairie (© site de Jean-Marie Pouliquen)

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NIVAUX d'EAU AUX ECLUSES du PORT : quelques explications 

On peut voir sur le graphique ci-dessous la différence entre la hauteur d'eau dans le port à flot (la hauteur à l'écluse amont) qui varie peu et la hauteur dans la rivière à l'aval de l'écluse sous l'influence du cycle de la marée (hauteur à l'écluse aval), graphique repris du site vigicrues dans les 15 jours autour de la crue.

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Il s'agit bien de hauteurs par rapport à un niveau zéro de référence identique et qui sont comparables, comme on peut le constater lors des grandes marées où la hauteur dans le bassin à flot est la même que celle à l'aval de l'écluse. La hauteur est celle lue sur l'échelle à l'aval de l'écluse (maxi à 10 m). Pour avoir le niveau d'eau par rapport au niveau de la mer (l'altitude en NGF ou nivellement général de la France), il faut enlever 4,8 m (graphique ci-dessous).

Hauteurs_ecluses-Morlaix

Il devient alors aisé de comparer ce niveau (ou altitude du plan d'eau) avec le niveau des voiries et places inondables de Morlaix. D'après le réglement d'information sur les crues (RIC) disponible sur le site internet du service déconcentré de l'Etat en Bretagne, l'altitude du point bas de la place des Otages est à 5,02 m NGF. Une marée de coefficient un peu supérieur à 100 dans des conditions atmosphériques normales induit les premiers débordements sur cette place. Pour une marée d'équinoxe de coefficient 118, la cote de l'eau à l'écluse atteint la hauteur théorique de 5,49 m NGF, ce qui représente près de 50 cm au point bas de la place des Otages.

On a modifié complètement le fonctionnement hydraulique du cours d'eau, en l'enterrant et en le faisant déboucher dans un bassin à niveau constant : on a perdu notablement de la capacité d'écoulement (canalisation, perte de pente et forte contrainte aval), donc aggravé l'aléa inondation. Dans ces conditions, et même si la crue (le fait que le niveau monte dans les cours d'eau) est évidemment due à des précipitations d'origine naturelle, l'inondation (le fait que l'eau s'étale dans le centre urbain) fait la part belle à l'action (ou l'inaction) de l'homme. La seule parade consiste à ce jour à distribuer des sacs de sable et à mettre des batardeaux pour empêcher l'eau de rentrer dans les commerces et les habitations. Elle est concevable lors des marées hautes de forts coefficients puisque l'eau ne peut plus s'évacuer mais elle l'est moins lorsque les rivières débordent.

 

CRUES HISTORIQUES : quand et comment ?

Les crues de la rivière de Morlaix sont dues à des pluies "intenses" sur le nord du Finistère pouvant prendre un caractère orageux. Les inondations dans Morlaix sont dues soit aux crues des deux rivières qui débordent avant la partie couverte (rue de Brest et de Paris notamment), soit à une remontée de la marée lors de forts coefficients avec surcote marine dans la partie couverte, l'eau remontant dans la partie enterrée de la rivière et sortant sur les places à proximité du viaduc ferroviaire par les bouches du réseau pluvial. Les deux phénomènes (crue des rivières et contrainte de la marée) pouvant évidemment se cumuler.

Extrait de la note de présentation du Plan de Prévention des Risques Inondation (PPRi) de Morlaix : "Les communes de Morlaix, Saint-Martin-des-Champs et Plourin-les-Morlaix sont soumises à des débordements de cours d’eau entraînant l’inondation de lieux habités. Ces phénomènes d’occurrence sensiblement décennale résultent de conditions pluviométriques hivernales importantes sur sols saturés. Sur Saint-Martin-des-Champs et Morlaix, ces conditions hydrologiques sont aggravées par l’effet de la marée."

Toujours dans le PPRi, on trouve quelques éléments d'hydrologie :

  • Pour les forts débits, les débits de pointe du Jarlot et du Queffleuth sont en concomitance. [...] fonctionnement hydrologique assez semblable des deux bassins versants.
  • Le temps de montée (du début au pic de crue) pour des événements de forte intensité de courte durée sont de 20 à 24 heures.
  • Le début des dommages sur le secteur de Morlaix correspond à un débit d’environ 30 m3/s sur chacune des deux rivières.
  • Les deux épisodes de crue les plus importants de ces 20 dernières années (1995 et 2000) sont marqués par de fortes précipitations dans la période automnale précédent l’événement et une durée de l’épisode intense dépassant 24 heures.
  • La hauteur de marée influe également sur le niveau atteint par les eaux dans le centre-ville de Morlaix et au-delà du lieu de confluence du Queffleuth et du Jarlot. [Ndla : cette assertion est en partie vraie. C'est surtout le niveau du bassin à flot dans le quel se jette la rivière de Morlaix qui a une importance. La marée ne joue que pour les forts coefficients et en cas de concomittance entre la marée haute et la pointe de crue.]
  • Les crues marquantes sont caractérisées par les conditions pluviométriques suivantes :
    • une intensité de pluie importante (30 mm sur une journée),
    • une répartition spatiale des pluies relativement homogène,
    • une durée de précipitations d’au moins 2 jours avec une lame d’eau cumulée de plus de 50 mm.

Les crues à Morlaix sont loin d'être rares. Le PPRi a même été revu suite aux crues de fin 2000. Les crues les plus dommageables ont eu lieu en février 1974 (ci-dessous coupure de presse de Ouest-France reprise du site de Météo France sur les crues extrêmes), décembre 1979, janvier 1995 et décembre 2000.

Ouest-France_Morlaix1974

En regardant plus loin dans le passé et en élargissant aux crues moins débordantes, on arrive à la liste suivante (source PPRi de Morlaix ; annexe 1 du Réglement d'Information sur les Crues du Service de Prévision des Crues Vilaine Côtiers Bretons ; article du Télégramme) :

  • 1824 avec au moins 1 mètre d'eau dans la basse ville
  • le 31 décembre 1865 associée à une tempête : la basse-ville se retrouve sous un mètre d’eau : "la place de Viarmes, la rue Notre-Dame, la rue de l’Aiguillon, la Grand Place ne forment plus qu’une vaste étendue d’eau, sillonnés par des courants rapides. Près de la mairie, les pavés enlevés sur une longueur de plus de trente mètres, ont été charriés à une distance prodigieuse. Depuis 1824, notre ville n’avait été aussi maltraitée par la crue des eaux ; maisons et commerces sont ennoyés sous plus d’1 mètre d’eau",
  • le 3 octobre 1880 : la hauteur d’eau a atteint par endroit la hauteur de 2 mètres,
  • 3 et 4 janvier 1925
  • 1972
  • 11 février 1974 (coef. de marée de 93) avec des hauteurs d'eau de 1,65 m, place des Otages et 1 m rue de Brest. Au maximum de la crue, on relève 1,2 m à la station des 3 chênes et 1,66 m à celle de Lannidy. A l'issue de cette crue, de lourds travaux seront entrepris (élargissement de la galerie souterraine, suppression des conduites d'eaux usées posées sur plots dans le lit des rivières, pose de grilles destinées à retenir embâcles et détritus divers), modifiant notablement le fonctionnement des cours d'eau et ne permettant plus une comparaison directe des niveaux atteints dans la ville avec les crues suivantes. Ci-dessous, la carte des pluies en Bretagne en 48h du 10 au 12/02/1974 7h (source Pluies extrêmes de Météo France ; édition du 11/08/2011).

 

MF_PEx_1974-0212-2J

 

  • 28 décembre 1979 avec 0,8 m place des Otages malgré un petit coefficient de marée (60).
  • 14 février 1990 avec 0,2 m place des Otages et 0,4 m rue de Brest (coefficient de marée 76). Au maximum de la crue, on mesure 1,71 m à la station des 3 chênes et 1,11 m à celle de Lannidy.
  • 29 décembre 1994 avec xx m place des Otages et xx m rue de Brest (coefficient de marée 63). Au maximum de la crue, on mesure 1,67 m à la station des 3 chênes et 1,49 m à celle de Lannidy
  • 22 janvier 1995 avec avec 0,5 m place des Otages et 0,4 m rue de Brest (coefficient de marée 74). Au maximum de la crue, on mesure 1,76 m à la station des 3 chênes et 1,73 m à celle de Lannidy.
  • 26 janvier 1995 avec avec 0,75 m place des Otages et 1,0 m rue de Brest (coefficient de marée 74). Au maximum de la crue, on mesure 1,81 m à la station des 3 chênes et 1,85 m à celle de Lannidy. Ci-dessous, les cartes des pluies en Bretagne en 48h du 19 au 23/01/1995 7h et du 23 au 26/01/1995 7h (source Pluies extrêmes de Météo France ; édition du 11/08/2011).

MF_PEx_1995-0123-4JMF_PEx_1995-0126-3J

  • 12 et 13 décembre 2000 : le Jarlot était monté à 1,92 m à Lannidy et le Queffleuth à 2,10 m aux 3 chênes. Dans Morlaix, on mesurait 0,75 m d'eau place des Otages et 1,4 m rue de Brest. Ci-dessous, la carte des pluies en Bretagne en 48h du 11 au 13/12/2000 7h (source Pluies extrêmes de Météo France ; édition du 11/08/2011).

MF_PEx_2000-1213-2J

 

  • janvier 2001
  • 15 janvier 2008
  • janvier 2009 (tempête Klaus)
  • 28 février 2010 (tempête Xynthia) : d'après le Télégramme (édiiton du 1er mars 2010), les débordements ont commencé le 28/02 dès 4h30 du matin. L'eau des cours d'eau refoulée par la marée est sortie par les bouches d'égoûts au niveau de la mairie. Entre la mairie et le viaduc, on a relevé au maximum 50 à 60 cm d'eau vers 6h30. L'alerte vigicrues avait été déclenchée le 27/2 en fin d'après-midi, permettant à la commune de s'organiser en distribuant sacs de sable et batardeaux. La maire Agnès Le Brun avait alors loué l'alerte vigicrues et demandé l'état de catastrophe naturelle.

Morlaix2010

Morlaix2010b

  • décembre 2011

 La vulnérabilité de Morlaix

Le PPRi est bien détaillé sur ce point. Les secteurs les plus vulnérables sont les suivants d'aval en amont :

  • la rive gauche de la rivière de Morlaix sur la commune de Saint-Martin des Champs, zone directement soumise à la marée,
  • les différentes places (Charles de Gaulle, Cornic, Otages) sur la partie couverte des 2 rivières et jusqu'au bassin à flot avec la présence de bâtiments de 3 à 4 étages où les rez-de-chaussée sont occupés par une petite centaine de commerces
  • la rue de Brest à partir de 300 mètres en amont de la partie canalisée du Queffleuth : les rez-dechaussée des bâtiments occupés par des commerces et le supermarché (aujourd'hui Intermarché contact)
  • les bords du Jarlot à Morlaix : les travaux hydrauliques réalisés en 1974 ont amélioré la situation dans cette zone. La rue des Lavoirs reste inondable. La chaussée est coupée allée de Poan Ben et les caves rue de Paris sont affectées par les crues,
  • le Jarlot de l’extrémité de la route du moulin de la Chèvre à la piscine de Lannidy : l’extensionde la zone inondée est grande et affecte entrepôts et bâti peu dense.

Carte_alea_PPRi

 Dans le RIC, les couleurs de la vigilance crues sont associés aux hauteurs d'eau suivantes :

  1. vigilance verte : situation normale
  2. vigilance jaune : premiers débordements place des Otages et parking recouvert
  3. vigilance orange : commerces impactés et 0,2 à 0,5 m d'eau place des Otages
  4. vigilance rouge : équivalent des crues de 1995 et 2000 avec plus de 0,5 m d'eau place des Otages.

 

La CRUE DE NOËL 2013

Bien au delà de la polémique classique visant à trouver un bouc-émissaire pour se dédouaner côté commune, est-il normal (une fois de plus) de déclarer cette inondation en catastrophe naturelle ? Sans aucune autre réflexion ? Peut-être était-ce pour calmer les esprits des commerçants en ce jour béni pour eux qu'est la veille de Noël ? Est-ce pour tuer dans l'oeuf la polémique, pour faire passer la pillule du raté de vigicrues ?

Ceci étant dit, voyons le contexte de la crue et la chaîne d'alerte.

Contexte climatologique et météorologique

Un été radieux sur la Bretagne (120 mm de pluie à Brest en 3 mois contre  220 mm en moyenne), un mois d'octobre marqué par des précipitations et du froid (146 mm contre 129 en moyenne toujours à Brest), un début novembre très arrosé (127 mm en 10 jours) et une quasi-absence de pluie jusqu'au 12 décembre (environ 25 mm sur les deux dernières décades de novembre, rien début décembre).

Mais à compter du 13 décembre, le temps se gâte, surtout sur les côtes de la Manche et la péninsule bretonne. Quasiment chaque jour voit son lot de perturbations avec des cumuls journaliers notables à Brest : 23 mm le 15/12, 49 mm le 16, 29 mm le 18, et 19 mm le 21 décembre. En 8 jours, ce sont 150 mm qui se sont abattus à l'aéroport de Guipavas (source Météo France).

Le graphique ci-dessous (source vigicrues) montre les réactions modérées des deux cours d'eau formant la rivière de Morlaix à chacun des épisodes pluvieux marqués de décembre et aussi, la crue à l'origine de l'inondation.

Hauteurs_Jarlot_Queffleuth

Les conditions étaient donc particulièrement propices à une montée des eaux à la veille d'une tempête censée apportant de fortes précipitations sur la Bretagne.

 

Prévisions et vigilance météorologiques de Météo France

Comme pour chaque tempête c'est le vent qui a eu la primeur de l'actualité, dans les jours précédents comme pendant les heures de son passage. Une tempête à Noël, quel événement ! Si la semaine précédente, l'alarmiste était de rigueur avec des allusions aux tempêtes de Noël en 1999, le souflet est rapidement retombé et on attendait qu'un coup de vent comparable à celui de fin octobre 2013.

Voyons maintenant la vigilance de Météo France (MF pour les intimes) en ne gardant que l'essentiel (merci à l'établissement public de jouer la transparence en permettant l'accès à ses bulletins antérieurs). Rappelons que ces cartes de vigilance météo sont produites par MF et agrègent les informations sur les risques naturels (vent, orages, pluie-inondation, grand froid, neige-verglas, avalanches, inondation, vagues-submersion). Le phénomène inondation seul est relayée sur la carte de vigilance de MF mais l'information est fournie par le site vigicrues. L'information est donnée à l'échelle du département, bien que pour certains phénomènes, seule une partie du département soit concernée.

Passons en revue les cartes et les bulletins de Météo-France, car au delà de la carte, il ne faut pas oublier les bulletins (le national en cliquant au dessus de l'encart synthétisant la situation en cours et le "régional" en cliquant sur le département concerné) quand le niveau de vigilance est orange (ou rouge). Les bulletins permettent de décrire et quantifier les phénomènes à venir et en cours. Surtout, ils permettent d'avertir lorsque deux (ou trois) phénomènes d'intensité similaire sont prévus alors que le département sur la carte de vigilance ne peut indiquer qu'un seul pictogramme. Cette difficulté d'afficher 2 pictogrammes sur un même département (sauf la vigilance vague-submersion qui est indiqué sur le littoral et non sur le département) a déjà été vu lors de la tempête Xynthia où le phénomène vent en rouge a caché le phénomène inondation en orange.

Tout commence le dimanche 22 à 16h avec la vigilance orange pour vent fort et vague-submersion.

MF_20131222-16h

Perturbation tempétueuse assez courante en période hivernale et comparable au violent coup de vent du 28 octobre dernier.
En conséquence une perturbation active va venir circuler sur l'ouest de la Bretagne dès demain après-midi avant de concerner une partie nord-ouest de la France la nuit suivante. A son passage le vent de sud à sud-ouest se renforce nettement et s'accompagne de rafales à 90/110 km/h dans les terres et 100 à 120 km/h sur le littoral (jusqu'à 140 km/h sur les caps exposés). Les vents les plus forts sont prévus vers le milieu de nuit de lundi à mardi.
Phénomènes aggravants:
- A noter que les cumuls de pluies deviendront conséquents sur l'ouest de la Bretagne ( 20 à 40 millimètres en 24 heures, plus localement 50 millimètres).


MF_20131223-06h

Le message le lundi 23 à 6h est identique, la vigilance ayant simplement été étendue aux départements 22 et 35.


 A 14h, la carte est inchangée mais le bulletin est actualisé. La perturbation pluvio-venteuse active a abordé la Bretagne. Les vents tempétueux de secteur sud-ouest commencent à toucher la Bretagne et le Cotentin: on a déjà observé au maximum des rafales de 116 km/h à Landivisiau et Ouessant, 100 km/h à Brest-Guipavas et Kerpert dans les Côtes d'Armor. 85 km/h à Rennes et Cherbourg.


 MF_20131223-16h

A 16h, cartes et bulletins sont actualisés. A noter surtout le passage en vigilance forte précipitation pour les départements du Finistère et du Morbihan (qui n'apparait pas sur la carte).

La perturbation pluvio-venteuse active touche la Bretagne. Les vents tempétueux de secteur sud-ouest commencent à toucher la Bretagne et le Cotentin : on a déjà observé au maximum des rafales de 116 km/h à Landivisiau 122 km/h à Ouessant, et de 80 à 100 km/h dans l'intérieur de la Bretagne et sur le Cotentin. Pour l'axe Rhône/Saône et l'ouest des Pyrénées le temps est calme.

A noter le bulletin du centre météo de Rennes vers 16h :

Paramètre précipitations : sous cette perturbation très active, les cumuls de pluies deviendront conséquents sur l'ouest de la Bretagne: 30 à 50 millimètres en 24 heures en moyenne , fréquemment 40 à 60 millimètres sur les hauteurs du Finistère et du Morbihan justifiant la vigilance orange sur ces départements.


A 22h30, actualisation du bulletin national

Perturbation tempétueuse assez courante en période hivernale, comparable au violent coup de vent du 28 octobre dernier et vent violent dans les vallées du Rhône et de la Saône ainsi que sur l'ouest des Pyrénées. Cette tempête s'accompagne de plus de très fortes pluies sur la Bretagne. Les vents tempétueux de secteur sud-ouest affectent la Bretagne, le Cotentin et les côtes de la Manche: on a observé des rafales de 130/140 km/h à la pointe du Raz et à Ouessant, 100 à110 km/h à Landivisiau, Brest, Quimper, La Hague, Boulogne, Calais et de 80 à 100 km/h dans l'intérieur de la Bretagne et de la Normandie. Le vent de sud est déjà sensible dans l'axe Rhône/Saône avec des rafales de 50 à 70 km/h et sur l'ouest des Pyrénées avec des rafales de 100/120 km/h en altitude (Irraty) et 60/70 km/h sur la côte basque. La perturbation pluvieuse a déjà donné des cumuls de 30 à 40 mm en 12 heures sur l'ouest de la Bretagne.

Phénomène aggravant:
- Les sols sont détrempés par les fortes pluies associées à la perturbation notamment sur la Bretagne.
Fortes précipitations sur le Finistère et le Morbihan  : Cette nuit, on attend encore fréquemment 20 à 40 mm avant la fin du passage pluvieux mardi matin ce qui portera les cumuls sur l'ensemble de l'épisode à 50 à 80 mm.


Le 24 décembre à 0h30, nouveau bulletin national.

Perturbation tempétueuse assez courante en période hivernale, comparable au violent coup de vent du 28 octobre dernier et vent violent dans les vallées du Rhône et de la Saône ainsi que sur l'ouest des Pyrénées. Cette tempête s'accompagne de plus de très fortes pluies sur la Bretagne.

Le renforcement du vent est en cours. On a observé des rafales de 145 km/h à la pointe du Raz et à Ouessant, 124 km/h à Landivisiau, 118 km/h à l'Ile de Groix , 116 km/h au cap Gris Nez, 110 km/h à Brest, Quimper, La Hague, Boulogne, Calais et de 80 à 100 km/h dans l'intérieur de la Bretagne et de la Normandie et du Nord. Le vent de sud est déjà sensible dans l'axe Rhône/Saône avec des rafales de 50 à 70 km/h et sur l'ouest des Pyrénées avec des rafales de 100/120 km/h en altitude (Irraty) et 60/70 km/h sur la côte basque.
La perturbation pluvieuse a déjà donné des cumuls de 30 à 40 mm en 12 heures sur l'ouest de la Bretagne.

Fortes précipitations sur le Finistère et le Morbihan
Cette nuit, on attend encore fréquemment 20 à 40 mm avant la fin du passage pluvieux mardi matin ce qui portera les cumuls sur l'ensemble de l'épisode à 50 à 80 mm.


Nouveau bulletin à 4h30

La dépression très creuse (931hpa) centrée au nord-ouest de l'Irlande dirige des vents tempétueux de secteur sud-ouest sur le nord-ouest de la France.  On a observé entre 2 heures et 3 heures : 133 km/h à l'Ile de Groix (56), 130 km/h à la Hève (76), 124 km/h à Belle-Ile (56), 123 km/h au cap Gris Nez (62), 120 km/h à Port en Bessin (14), 115 km/h à Argentan (61) et au Horps (53),
111 km/h à la Noe Blanche (35).
Le vent de sud est déjà fort dans l'axe Rhône/Saône avec des rafales observées de 95 km/h à Monistrol sur Loire et de 103 km/h à Lyon Saint Exupéry ainsi que sur l'ouest des Pyrénées avec des rafales jusqu'à 150 km/h en altitude (Irraty à1400m d'altitude) et 98 km/h à Oloron Sainte-Marie ((Pyrénées-atlantiques, 295m) , 86 km/h à Bustince ( Pyrénées-atlantiques, 212m), 85 km/h à Socoa sur la côte Basque.

Evolution prévue : sous cette perturbation très active, les cumuls de pluies sont conséquents sur l'ouest de la Bretagne: 30 à 60 millimètres en 24 heures en moyenne , fréquemment 60 à 80 millimètres sur les hauteurs du Finistère et du Morbihan justifiant la vigilance orange sur ces départements.


 MF_20131224-06h

A 6h le 24 décembre, la vigilance orange est levée pour le phénomène vague-submersion.

Les fortes pluies persistent encore quelques heures sur la Bretagne avec des montées des cours d'eau sur le Finistère.

On a observé entre 5 heures et 6 heures : 123 km/h au cap Gris Nez, et plus généralement entre 90 et 110 km/h dans l'intérieur des terres (110 km/h à Saint-Hilaire (Orne), 102 km/h à Caen (Manche), 104 km/h à Rouvroy, 107 km/h à Steenvoorde, 105 km/h à Cayeux). Le vent de sud est déjà fort dans l'axe Rhône/Saône avec des rafales observées de 95 km/h à Monistrol sur Loire et de 103 km/h à Lyon Saint Exupéry, 102 à 107 km/h en différents points de Saint Etienne et de 97 km/h à Brindas (69). Sur l'ouest des Pyrénées, on observe des rafales jusqu'à 150 km/h en altitude (Irraty à1400m d'altitude) et 98 km/h à Oloron Sainte-Marie ((Pyrénées-atlantiques, 295m) , 86 km/h à Bustince ( Pyrénées-atlantiques, 212m), 94 km/h à Socoa, 72 km/h à Biarritz sur la côte Basque.

Sous cette perturbation très active, les cumuls de pluies sont conséquents sur l'ouest de la Bretagne: 30 à 60 millimètres en 24 heures en moyenne , fréquemment 60 à 80 millimètres sur les hauteurs du Finistère et du Morbihan justifiant la vigilance orange sur ces départements.


  MF_20131224-10h

A 10h, l'accent est mis sur les crues importantes sur les cours d'eau bretons. La tempête s'éloigne lentement vers le nord-est. Fin de vigilance orange pour le vent en Basse et Haute-Normandie. Fin de vigilance orange pour les fortes précipitations sur Finistère et Morbihan mais ces 2 départements ainsi que l'Ile-et-Vilaine sont en vigilance orange pour les crues. Les fortes précipitations sont terminées en Bretagne mais un risque de crues importantes persiste.


MF_20131224-12h

A 12h, Fin de vigilance orange pour le Nord-Pas-de-Calais et la Somme.

Les fortes précipitations sont terminées en Bretagne mais un risque de crues importantes persiste.
Sur l'ouest des Pyrénées ainsi que dans l'axe Rhône-Saône, les rafales de vent du sud commencent à dépasser les 100 km/h.
Sur l'est de PACA, les fortes précipitations n'ont pas encore débuté.


 

MF_20131224-16h

A 16h, l'attention se porte sur l'épisode pluvieux prévu en région PACA et sur le vent dans la vallée du Rhône et de la Saône.

Crues importantes sur les cours d'eau bretons.
Épisode de fortes pluies sur des zones étendues de la région PACA pouvant engendrer des crues sur les cours d'eau côtiers et leurs affluents.
Phénomène vagues-submersion en méditerranée à l'est du Rhône, remarquable et suffisamment sévère pour justifier une vigilance particulière. 


 MF_20131224-23h

A 23h, la vigilance orange pour vent fort est levée sur les Pyrénées.

Perturbation tempétueuse hivernale, un peu plus forte par son intensité que l'épisode du 28 octobre dernier, occasionnant notamment des vents violents dans les vallées du Rhône et de la Saône ainsi que sur l'ouest des Pyrénées.
Crues importantes sur les cours d'eau bretons.
Épisode de fortes pluies sur des zones étendues de la région PACA pouvant engendrer des crues sur les cours d'eau côtiers et leurs affluents.
Phénomène vagues-submersion en méditerranée à l'est du Rhône, remarquable et suffisamment sévère pour justifier une vigilance particulière.


Les cartes de vigilance météo des heures suivantes.

MF_20131225-05h

MF_20131225-06h

MF_20131225-10h

MF_20131225-16h

MF_20131225-23h


S'il faut faire un bilan des cartes et des bulletins de Météo France :

  • pour les bulletins, difficile de trouver à redire : les messages ont parlé dès le 22 décembre en fin d'après-midi des pluies à venir. La vigilance orange pour le phénomène pluie-inondation a été mise le 23/12 à 16h sur le Finistère (et le Morbihan)
  • pour les cartes, c'est malheureusement toujours le même reproche. Dès qu'une vigilance orange pour plusieurs phénomènes météo concomitants sur un même département est en cours, un seul pictogramme est le plus souvent affiché. Si on ne lit pas les bulletins, on se fige sur le pictogramme. Cette façon de procéder est à revoir. La vigilance météo est un avertissement sur un ou plusieurs phénomènes météo, donc une information apportée sur l'aléa (son intensité et sa fréquence d'apparition). Mêmes si des conséquences type et des conseils de comportement formatés sont indiqués, les conséquences précises de cet aléa ne font pas partie du boulot de MF : par exemple, pour l'inondation, quels secteurs seront sous l'eau ; pour le vent, quels arbres vont tomber en caricaturant ! Ce n'est donc pas à MF (en lien avec ses partenaires fournisseurs de l'information) de choisir quel est le phénomène météorologique prépondérant, soit en intensité, soit en emprise géographique impactée (tout ou partie d'un département). Ce problème a déjà été vu pour Xynthia en 2010 (le vent en rouge cachait l'inondation en orange) et pour les gaves pyrénéens en juin 2013 (l'orange "orages" cachait "l'inondation" en orange dans les Hautes-Pyrénées et les Pyrénées atlantiques en début d'événement). 

 

Prévisions et vigilance hydrologiques du Ministère de l'Écologie

Petit rappel pour celles et ceux qui l'ignorent : depuis la mi-2006, le Ministère de l'Écologie publie sur un site dédié une carte et un bulletin de vigilance crues sur plus de 200 cours d'eau. La vigilance est traduite en 4 niveaux comme pour les autres phénomènes météo : vert, jaune, orange, rouge. Un petit logo récapitule le niveau maximal de vigilance à l'échelle nationale.

logo_vert logo_jaune logo_orange logo_rouge

Voyons alors ces fameux bulletins et cartes publiés sur vigicrues avec la donnée nationale et la donnée locale du Service de Prévision des Crues "bretons" sis à Rennes au sein de la DREAL de Bretagne, le service régional du Ministère de l'Écologie. A noter que la référence de la carte (jour et heure au format JJMMAAAA_HH) est indiquée en bas à gauche. A l'aide d'un petit montage personnel, on retrouve le zoom sur la rivière de Morlaix en haut à droite de la carte de la région Bretagne, à la place du Cotentin.


Le dimanche 22/12 à la carte de 16h, la vigilance verte est de mise sur tous les cours d'eau.

VGC_2013122216h


A 10h le lundi 23, quelques cours d'eau bretons passent en vigilance jaune : l'Aulne, l'Odet et la Laïta, l'Oust et le Meu. La rivière de Morlaix reste en vert.

VGC_2013122310h BRE_23-10h


A 16h, le Blavet se pare aussi de jaune mais la rivière de Morlaix reste toujours en vert.

VGC_2013122316h BRE_23-16h


Le mardi 24/12 à 5h du matin, l'Odet et la Laïta sont placées en vigilance orange mais la rivière de Morlaix reste désespérément en vert. Pourtant, ça déborde !

VGC_20131224-05h BRE_24-05h


A 10h le 24/12, la rivière de Morlaix n'est plus verte mais jaune : un minimum bien tardif cependant. Le Blavet, l'Oust et le Meu passe en orange. Le tronçon médian de la Vilaine passe en jaune.

VGC_2013122410h BRE_24-10h


 A 16h le 24/12, la rivière de Morlaix reste en vigilance jaune. La Seiche et la Vilaine aval passe du vert au jaune.

VGC_20131224-16h BRE_24-16h

 


Bilan : sur la rivière de Morlaix en particulier, c'est un loupé avec une vigilance verte et il est difficile de trouver un autre qualificatif que "loupé". Si les précipitations ont été plus fortes que les prévisions initiales (jusqu'en début d'après-midi du 23/12), elles sont en revanche conformes aux derniers éléments fournis par MF en soirée du 23/12 (cf. la carte des pluies présentée en tête d'article). Au vu du contexte hydrologique, l'absence de vigilance sur la rivière de Morlaix n'est guère compréhensible. Les sols étaient gorgés d'eau et on annonçait plusieurs dizaines de millimètres de pluie pour la journée du 23 et nuit du 23 au 24/12. L'absence de vigilance crue  (d)étonne. Les principaux enjeux sont dans le centre urbain de Morlaix (rue de Paris, rue de Brest, allée de Poan Ben et places à proximité du viaduc ferroviaire) et hormis pour les places, ce sont bien les "débordements" des rivières qui touchent ces enjeux, et non le phénomène de marée. La marée ne joue vraiment qu'en cas de fort coefficient avec l'impossibilité de baisser le niveau du plan d'eau à marée haute. En ce Noël 2013, nous avions affaire à un petit coefficient (54 avec une marée haute vers 11h le 24 au matin) qui n'était donc pas aggravant pour l'écoulement d'une crue.

Le loupé est d'autant plus regrettable que la simple lecture du PPRi nous apprend que les crues se produisent avec des précipitations d'au moins 30 mm sur un jour et/ou de 50 mm sur 2 jours. Ce sont bien ces quantités là qui étaient prévues (le préfet de région peut toujours parlé qu'il a plu plus que prévu, il était prévu suffisamment pour que ça déborde), qui plus est dans un contexte de sols saturés d'eau. La seule prévision de 50 mm de pluie aurait dû mettre en alerte tout le monde.

Ensuite comment expliquer, alors que les niveaux sur les deux cours d'eau montaient inexorablement depuis le début d'après-midi du 23/12, que personne ne se soit inquiété, autant du coté de Rennes où est implanté le service de prévision que du côté de la commune ? Au delà de la couleur de vigilance, les données sur les hauteurs d'eau étaient disponibles en continu. Si la maire de Morlaix ou qqun à la mairie a regardé le site vigcrues à 2h du matin le 24/12 (lu qq part), il suffisait de 2 clics de plus pour voir les niveaux d'eau et s'inquiéter sérieusement. La commune qui présente une belle page sur le PPRi, qui a réalisé un DICRIM, lui aussi consultable en ligne, qui possède un PCS, était capable de se rendre compte par elle-même que ça allait déborder. A 2h du matin, la hauteur d'eau sur le Queffleuth à la station des 3 chênes était de 1.67 m, soit 4 cm de moins que la hauteur de février 1990 qui avait vu débordé la rivière (avec un coefficient de marée de 80).

De plus, le système d'alerte crue mis en place par la commune consiste à envoyer un SMS aux personnes qui se sont abonnées au service. Or, la tempête a partiellement bloqué les communications et les sms d'au moins deux opérateurs de téléphonie. Le système qui a le mérite d'exister, n'est cependant pas infaillible, loin de là, surtout si on considère qu'inondation de Morlaix et tempête vont assez souvent de pair.

De plus, le PPRi impose certaines mesures préventives dans les zones les plus exposées, la première d'ordre réglementaire, étant une information biennale de la part de la commune envers ses concitoyens sur le risque inondation. Ce travail a-t-il été fait ?

Hydrologie de la crue

Voci quelques valeurs relevées aux postes pluviométriques du bassin entre le 23/12 7h du main et le lendemain même heure :
- 40 mm à l'aérodrome de Morlaix
- 46 mm à Pleyber-Christ
- 46 mm à Plougonven
- 67 mm à Plounéour Ménez

à venir hyétogrammes et hydrogrammes

Le loupé "vigicrues" en version officielle

L'explication de l'Etat a été fourni le 24 décembre sous la forme d'un communiqué de presse assez laconique de la préfecture de région Bretagne : "La tempête Dirk a traversé la Bretagne dans la nuit de lundi à mardi en entraînant des précipitations records dont les quantités ont été rarement enregistrées. Cet événement atypique a conduit à des pluies intenses supérieures aux prévisions initiales sur certains secteurs. C'est ainsi que sur le bassin versant de Morlaix il est tombé de 65 à 70 mm de pluie au lieu des 45 mm initialement attendues. La propagation des crues sur le bassin versant de Morlaix est très rapide et, de ce fait, le modèle de prévision de crues utilisé est fondé sur les prévisions de pluie et non sur les quantités réellement tombées. Cette combinaison de facteurs a conduit à un décalage dans la prévision de la crue sur la ville de Morlaix. La décrue est annoncée pour ce début d'après-midi."

Des précipitations record le 23 décembre 2013 ? On a déjà vu des quantités supérieures sur le bassin de la rivière de Morlaix, le plus souvent dans un contexte orageux, comme par exemple le 7 juillet 2004 : 50 mm à Lanneanou, 54 mm à Loc-Eguiner, 63 mm à Morlaix (Ploujean), 53 mm à Plougonvern, 50 mm à Pleyber-Christ.

Se cacher derrière des prévisions de pluie trop basses par rapport à l'observation ressemble au mieux à une réponse de façade, au pire à de la mauvaise foi et ce pour deux raisons :

  • comme indiqué plus haut, hormis le pluviomètre de Plounéour-Menez sur l'amont du Queffleuth (et sans pour autant observer une montée extraordinaire du niveau du Queffleuth au Plessis), les autres pluviomètres ont enregistré entre le 23/12 7h et le 24/12 7h moins de 50 mm, soit les quantités prévues par Météo France,
  • en ce début d'hiver et au vu de l'antécédent pluviométrique (150 mm en 8 jours à Brest, à rechercher précisément sur le bassin de la rivière de Morlaix), il fallait certainement moins de 50 mm pour produire une crue débordante dans Morlaix. On en voudra pour preuve deux éléments :
    * le début des débordements a été constaté à 3h du matin le 24/12, soit avant la fin des précipitations observée à 7h
    * les pluies à l'origine des crues marquantes des 20 dernières années (Météo France pour la source des données) ont toujours été de l'ordre de 30 à 40 mm :

- février 1974 : on avait relevé 67 mm à Pleyber-Christ et 48 mm à Morlaix (Ploujean),
- février 1990 : 49 mm au cloître-de-Saint-Thégonnec, 42 mm à Lannéanou, 30 mm à Loc-Eguiner, 29 mm à Pleyber-Christ et Plougonvern, 28 mm à Morlaix (Ploujean), 27 mm à Pounéour-Ménez
- janvier 1995 : 41 mm au cloître-de-Saint-Thégonnec, 47 mm à Lannéanou, 37 mm à Loc-Eguiner, 39 mm à Pleyber-Christ.
- décembre 2000 : 43 mm à Lannéanou, 37 mm à Loc-Eguiner, 26 mm à Morlaix (Ploujean), 34 mm à Pleyber-Christ
- février 2001 : entre 25 et 30 mm aux différents postes pluviométriques
- 15 janvier 2008 et 22-26 janvier 2009, février 2010, décembre 2011 : à récupérer du site du SPC !
- autres crues entre 2001 et 2008 à chercher

Le refuge (subterfuge ?) derrière des prévisions erronées de Météo France est trop facilement démontable et prouve que c'est une raison de façade faite dans l'urgence. Les véritables raisons ne seront peut-être jamais connues. On peut au mieux avancer quelques hypothèses :

  • un modèle de prévision des crues inadapté ? les données ci-dessus montrent que les pluies attendues avaient une forte probabilité de produire une crue des cours d'eau au vu des événements débordants passés.
  • méconnaissance du territoire autant pour le fonctionnement hydrologique qu'hydraulique ? Croyance que seule la marée provoque des crues ?
  • manque de vigilance sur ce petit territoire ?
  • absence de veille à minima ? Le bulletin du SPC Bretagne a été produit le 23/12 à 13h (et publié à 16h) et n'a pas été actualisé avant le lendemain 5h, dans l'urgence face aux débordements constatés dans le sud Finistère. Le 15 janvier 2008 avec une vigilance jaune sur les côtiers bretons dont la rivière de Morlaix, le SPC avait actualisé son bulletin de 14h30 (diffusé à 16h) à 21h30 (source : retour d'expérience des crues de janvier 2008). De plus, le 23/12 à 22h, les hauteurs d'eau des deux rivières à l'amont de Morlaix étaient proches de 1,5 m, valeur voisine des premiers débordements. Faut-il en conclure que le SPC ne dispose pas d'alarme quand les rivières dépassent des niveaux à priori dommageables ?
  • effectif ultra-réduit à l'époque des fêtes de fin d'année ?

Même s'il est (très) facile de refaire l'histoire, en se basant sur la chronologie des prévisions de pluie de MF, on aurait dû avoir pour la vigilance crue de la rivière de Morlaix (et plus précisément le Queffleuth et le Jarlot car il s'agissait bien d'une crue des rivières) :
- 23/12 à 10h : prévision de pluies de 20 à 40 mm => c'est la fourchette basse des pluies à l'origine des dernières crues avec un contexte de sols saturés en eau => vigilance jaune crue
- 23/12 16h : aggravation des prévisions de pluie avec 30 à 50 mm attendus => les pluies ont commencé à tomber, les deux cours d'eau commencent à monter, on est dans une fouchette de pluie des crues débordantes passées => vigilance orange crue.

L'absence de vigilance a certainement pertubé la commune.

Les dégâts

On reprendra ici les éléments du journal local le Telégramme. Une cinquantaine de commerces touchés avec environ 60 cm d'eau pour les plus exposés, près de 130 véhicules hors d'usage, des caves de commerçants et de particuliers remplies d'eau.

Les dégâts les plus importants concernent les magasins de vêtements. D'après un assureur local inondé place Cornic, le préjudice est de l'ordre de 40 k€ pour un mètre d'eau dans un bâtiment. Ledit assureur qui évoque une certaine « lassitude » après cette troisième inondation en cinq ans (2008, 2010, 2013). Cette dernière affirmation prouve bien qu'à moins d'un micro-climat, l'écoulement des eaux est un problème propre à la sous-préfecture du Finistère.

La grande majorité des véhicules était stationnée rue de Brest et sur le parking à côté de l'Intermarché, à l'entrée ouest de la ville. Le Queffleuth longe ces parkings et les débordements s'enfilent dans la rue de Brest pour rejoindre le centre ville. D'après un témoignage local, la rivière est sortie de son lit peu avant 3h du matin le 24/12. Puis le niveau des eaux n'a cessé de monter jusqu'au petit matin. Pour atteindre jusqu'à 1,40 m dans les rues, à quelques pas du théâtre à l'italienne. L'inondation a ensuite gagné l'hyper-centre, et notamment la place des Otages. Des plaques d'égouts se sont soulevées.

Visite(s) politique(s)

C'est Manuel Valls qui s'y est collé le jeudi 26 décembre. On notera l'absence du sieur Martin, ministre de l'Environnement (un illustre inconnu pour le grand public), alors que Valls est peut-être le seul ministre de ce gouvernement qui a encore la cote. C'est mieux d'envoyer au front le seul ministre populaire quand on a fait une "cagade".

13 heures, passage à Quimperlé où un pan d'une maison donnant sur l'Issole s'est effondré. Le Ministre reconnait qu'il y avait eu "une erreur d'appréciation" quant au niveau d'alerte qui a été sous-estimé. "Nous devons agir en toute transparence pour comprendre ce qui s'est passé." Voeu pieu à mon humble avis sachant qu'on aborde rarement de front un problème dans la Fonction Publique. Au contraire, on fait tout pour étouffer dans l'oeuf un tel loupé et il ne faut surtout pas chercher ou pointer du doigt un responsable, encore moins un coupable. A moins d'une inspection parlementaire pour donner du travail à quelques inspecteurs genéraux (malgré l'ironie du propos, ce serait une bonne chose car eux ne transigent pas et appuient où ça fait mal), on ne saura jamais ce qui a merdé.

"Je vais demander aux préfets concernés, notamment au préfet de région, de tirer un certain nombre d'enseignements, faire un certain nombre d'évaluations (...) pour comprendre pourquoi le niveau d'alerte (...) un cran au-dessus n'a pas été donné". Pour le coup, c'est deux crans au dessus qu'il aurait fallu le niveau d'alerte !

Il a indiqué que les procédures de placement en zone de catastrophe naturelle étaient enclenchées et seraient rapidement mises en oeuvre.

15h30 et c'est une visite à Chateaulain sur l'Aulne. Puis un petit tour au barrage de Guily-Glaz, mis en service en 2006, d'un coût de 6 M€, qui a permis de protéger les habitations de Port-Launay des crues.

18h pour finir à Morlaix, l'endroit le plus polémique. Il y a passé une heure, notamment avec la maire de la ville, Agnès Le Brun. Même discours de solidarité "On sera vigilant pour voir comment on peut aider les commerçants. Il faut qu'il y ait un signe rapide" et de mea-culpa "il y a eu un dysfonctionnement au niveau du système de vigilance des crues".

Valls et Martin sont également venus à Morlaix le 9 janvier 2014, le premier arrivant après le second. Des premiers retours presse, le Ministre de l'Ecologie est venu blagué dans un café avec les opposants à la maire UMP actuelle. Le Ministre de l'Intérieur a visité le centre de secours et la sous-préfecture du nord-Finistère, bref une vraie visite politique et de soutien aux services de l'Etat et de secours. Dans un premier temps, c'est l'actualité brulante sur l'annulation de spectable Dieudonné qui a eu la primeur. Puis des informations ont filtré :

- « L'état de catastrophe naturelle sera reconnu pour Morlaix et Quimperlé dès la fin de la semaine prochaine ». Dans le Finistère, 53 communes ont monté un dossier pour demander que l'état de catastrophe naturelle soit appliqué.

- Bienveillance fiscale : les commerçants touchés devraient pouvoir demander « un report de leurs échéances fiscales ».

- Le plan d'actions de prévention des inondations (Papi) sera labellisé pour le bassin-versant de Morlaix

- le dispositif Vigicrues sera étendu aux cours d'eau des Côtes-d'Armor. A ce propos, il était frappant de constater que le département des Côtes d'Armor était en vigilance verte quand tout ces voisins étaient en vigilance orange inondation.

- D'où vient le bug "vigicrues" ? Bonne question toujours sans réponse officielle sur la défaillance de l'alerte des inondations. « Une commission étudie les niveaux de responsabilité. On sera transparent, sans être indulgent ni excessif », a assuré le Ministre de l'Écologie.

Coût des inondations

A Quimperlé, la facture serait comprise entre 150 000 et 200 000 € d'après la municipalité. Il s'agit du coût pour la commune et non, du coût des dégâts (souce Le Télégramme du 11 janvier 2014).

Au delà de la polémique, pourrait-on faire mieux en terme de maîtrise des écoulements ?

La chaîne d'alerte et son défaut sur cette crue est une chose. Mais peut-on se contenter de distribuer des sacs de sable pour éviter que l'eau entre dans les commerces quand les rivières débordent dans les rues et sur les places ?

Je lance ici quelques idées qui ont peut-être déjà été étudiées et jugées irréalistes, sachant qu'à certains endroits, au propre comme au figuré, les tuyaux sont trop petits et ça ne peut que déborder (cf. la grande arche du souterrain allée de Poan Ben et la petite entrée du souterrain après la venelle des Halles). Et comme le veulent les lois de l'hydraulique, il faut travailler de l'aval vers l'amont :

- tout d'abord, l'abaissement du plan d'eau. Sur cette crue, on pouvait abaisser préventivement le plan d'eau du bassin à flot d'environ 1 mètre sans risquer la gêne de la marée à l'aval de l'écluse (qui avait atteint 8 m la veille au soir), même à marée haute. Le coefficient de marée était faible et la pointe de crue a eu lieu plusieurs heures avant la marée haute. Evidemment, ça représente un sacré volume d'eau à vider : à la louche, 1 m de profondeur sur 50 m de large et 800 m de long, ça fait 40 000 m3. A évacuer par les chasses implantées dans les portes de l'écluse et non en ouvrant les portes (sinon c'est le raz-de-marée en aval). En première approche (qq m3/s pour le débit de chasse), une telle vidange durerait quelques heures, donc avec une bonne chronologie de l'évènement à venir et la connaissance des heures et niveaux de pleine mer, c'est jouable. Il faut regarder ensuite l'impact sur les bateaux de plaisance : seraient-ils endommagés par une telle baisse de niveau du bassin ? ou dit autrement, jusqu'à quelle baisse de niveau dans le bassin ne seraient-ils pas impactés ? On peut aussi faire une comparaison de coûts des dommages : quels dommages en moins en centre-ville contre quels dommages en plus sur les bateaux pour différents cas d'abaissement du plan d'eau ? Ensuite, il faut remettre à niveau le plan d'eau, ce qui peut se faire également en quelques heures pendant la décrue en retenant les eaux de la rivière dans le bassin.

- ensuite, on ne peut pas affirmer au vu des inondations relativement fréquentes de Morlaix, que les travaux de 1974 sont suffisants : un élargissement des sections enterrés et/ou une remise à ciel ouvert du cours d'eau serait à étudier dans la traversée des places des otages et C. de Gaulle jusqu'au bassin. La remise à ciel ouvert a un gros avantage : il permet à toute la population locale de savoir qu'un cours d'eau passe. Quand il pleut à verse, on se gare moins naturellement près d'un cours d'eau que sur une place avec un gros tuyau dessous dont on a oublié l'existence ! Et on peut voir en temps réel la rivière monter.

- faire sauter le bouchon à l'entrée des parties couvertes, si les solutions précédentes se révèlent insuffisantes. Il est clair que ce serait un énorme chantier car les rivières passent sous et entre les habitations.

En corollaire, il est bon de rappeler que tout aménagement est une question d'argent : le coût des travaux pour réduire la fréquence des inondations est à comparer au coût de la réduction des dommages.

 

Les grandes marées de fin janvier / début février 2014

Dans un contexte de marées de vives-eaux (coefficient supérieur à 110 du vendredi 31/01 au dimanche 2/2), des débordements sont attendus dans la basse ville de Morlaix. En plus de la marée, il faut compter avec le vent d'ouest, une surcote maritime liée au passage de la dépression et à une forte houle au large. Il faut remonter au passage de la tempête Xynthia dans la nuit du 27 au 28 février 2010 pour retrouver des conditions aussi défavorables. Après le loupé de Noël, cette fois vigicrues ne prend pas de risque (ouvre le parapluie ?) : en ce dernier jour de janvier 2014, sur la carte de vigilance crues, la rivière de Morlaix est placée en vigilance rouge à 10h alors qu'elle était en jaune la veille au soir.

Au petit matin du 1er février, Morlaix a bien eu les pieds dans l'eau mais si peu !

 

La CRUE du 6 février 2014

Nouvelle vigilance rouge en ce vendredi 6 février à 10h sur le département du Finistère pour un risque d'inondation sur la rivière de Morlaix et la Laïta. La vigilance est-elle justifiée cette fois-ci ? l'inquiétude paraît vraiment justifiée à Morlaix. Avec les pluies de la nuit de mardi à mercredi, les rivières ont bien réagi : 1,53 m sur le Queffleuth ; 1,67 m sur le Jarlot. Les sols sont plus qu'humides, comme en témoignent les précipitations à Brest (source météoFrance) :

  • 256 mm pour décembre 2013 (331 mm en décembre 1965) : pas de pluie jusqu'au 12/12, puis 17 jours de pluie sur les 19 finissant le mois
  • 231 mm en janvier 2014 avec 24 jours de pluie (le record de 1995 avec 285 mm n'est pas battu pour autant)
  • 51 mm pour les 5 premiers jours de février, tous arrosés

Au bilan, 540 mm en moins de 2 mois, soit 45% de la moyenne annuelle (1 210 mm) et 46 jours de pluie sur 55.

Le service de Rennes prévoyait dans on bulletin du matin une hauteur maximum sur le Queffleuth à la station des 3 Chênes de 2,10 m +/- 15 cm en fin d'après-midi, échéance reportée en soirée dans le bulletin de 16h. En ce jeudi soir 21h, cette prévision semble un peu surestimée : on observe 1,83 m à la station des 3 chênes et la hauteur est stabilisée depuis 1h (1,90 m le 24/12/2003). Il ne pleut plus depuis 20h d'après le radar météorologique.

A la station du quartier de Lannidy, la hauteur fleurte avec les 2 m.

D'après le quotidien "Le Télégramme", à 18h ce jeudi, la place Emile-Souvestre, derrière la mairie est déjà envahie d'eau. Même scénario près du supermarché de la rue de Brest et du côte de l'école du Poan-Ben.

Prévisions et vigilance météorologiques de Météo France

48 mm à Landivisiau, 51 mm à Lanvéoc, 26 mm à Morlaix, 34 mm à Pleyber-Christ, 42 mm à Plounéour Ménez, 41 mm à Plougonven dans le Finistère.

 

 

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19 juin 2013

Inondations Garonne et gave de Pau juin 2013

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Une crue exceptionnelle sur la Garonne supérieure et le gave de Pau en amont d'Argelès-Gazost, crue probablement similaire à celles de la fin du XIXè siècle (juillet 1897 notamment).

A partir de Lourdes, des crues du XXè siècle ont fait mieux (ou pire), notamment en 1937 (jusqu'à Lourdes) et 1952 (à partir de Pau).

Pour celles et ceux qui préfèrent le sensationnel à l'analyse, rendez-vous en bas de page pour quelques copies des unes des journaux locaux et quelques photos-choc. Pour les autres, bonne lecture.

A venir (un jour...), graphique des pluies, cartographies des bassins versants, analyse de la presse locale mais tout ça prend du temps !

Dernière nouveauté (17 décembre 2013) : Quelques photos de Saint-Béat en fin d'automne.


PRÉSENTATION DE LA GARONNE

Si l'on oublie le Rhin dans son passage transfrontalier, la Garonne est le quatrième fleuve de France autant par sa longueur (520 km) que par la superficie de son bassin versant (56 400 km²).

La Garonne prend sa source en Espagne et elle entre en France au Pont du Roi sur la commune de Fos. Son bassin versant est alors d'environ 450 km². Son cours est très encaissé sur cette partie et de tout temps, ce passage fut une voie de communication majeure des Pyrénées centrales pour passer en Espagne : côté France, c'est la RN125 qui emprunte cette voie naturelle et côté espagnol, la RN230.

  Garonne à Saint-Béat

Une fois passé le verrou de Saint-Béat (ci-dessus la Garonne vue vers l'aval depuis le pont de la RD44), la Garonne entre en Comminges et la vallée s'élargit avec l'apport en rive gauche des eaux de la Pique (360 km², 41 km, 6% de pente moyenne), affluent qui traverse Bagnères-de-Luchon. Après la confluence, la Garonne dépasse les 1 000 km².

A Montréjeau, la Garonne reçoit la Neste (870 km², 80 km, 3,3% de pente moyenne), réunion à Arreau des Nestes du Louron (qui vient de Loudenvielle) et d'Aure (qui vient de Saint-Lary). La vallée s'élargit encore alors que le cours de la Garonne change de direction : cap à l'est !

Après Saint-Gaudens, la Garonne reçoit le Ger (270 km², 27 km, 5% de pente moyenne), puis le Salat (1580 km², 82 km, 2,7% de pente moyenne) au niveau de Saint-Martory et l'Arize (535 km², 15 km, 1,6% de pente moyenne) à Carbone. Juste avant Toulouse, la Garonne est grossie de l'Ariège (4220 km², 170 km, 1,5% de pente moyenne).

Au pont Neuf de Toulouse, la Garonne a déjà parcouru 220 km et son bassin est d'un peu plus de 10 000 km². Ci-dessous la Garonne au Bazacle en août 2013 à l'étiage et fin mai 2013 en crue.

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Entre Grenade-sur-Garonne et Buzet-sur-Baïse, la Garonne reçoit en rive gauche ses cinq affluents gascons (près de 6 000 km² réunis) : la Save, la Gimone, l'Arrats, le Gers et la Baïse). En rive droite, le Tarn (15 750 km², 400 km, 0,32% de pente moyenne) au niveau de Moissac, et le Lot à Aiguillon (11 600 km², 495 km, 0,28% de pente moyenne) gonflent ses eaux. Après la confluence avec le Lot, le bassin versant est proche de 50 000 km² et il n'augmentera plus que de 10% jusqu'à la Dordogne.

 

PRÉSENTATION DU GAVE de PAU

Le Gave de Pau est avec son voisin d'Oloron le principal affluent de rive gauche de l'Adour. Les deux gaves confluent à l'amont immédiat de Peyrehorade et rejoignent l'Adour à l'aval de la cité landaise. A la confluence avec le gave d'Oloron, le gave de Pau a une longueur de 195 km, une superficie de bassin de 2 700 km² et une pente moyenne de 1,4 %. A noter que le bassin du gave d'Oloron présente une superficie similaire (2 650 km²) mais est plus court (140 km), ce qui lui vaut d'avoir une pente moyenne plus forte (1,7%) avec une altitude maximale similaire et au delà des 3 000 m.

Le gave de Pau prend sa source au cirque de Gavarnie. Il est rejoint à Gèdre par le gave de Héas (83 km², 14 km, 15 % de pente moyenne) qui prend sa source au cirque de Troumouse (moins célèbre que celui de Gavarnie mais tout aussi beau). Il traverse Luz-Saint-Sauveur, rejoint à ce niveau par le Bastan (104 km², 20 km, 9,5 %) qui descend du versant ouest du Tourmalet. A Pierrefitte-Nestalas, il est rejoint par le gave de Cauterets (180 km², 30 km, 7,7 %) et débouche dans une vallée glaciaire élargie. Il arrose ensuite Argelès-Gazost (910 km²), Lourdes (1 070 km²), Pau (1 900 km²) et Orthez (2 450 km²) pour ne citer que les cités les plus grandes. Il ne possède pas d'affluent remarquable après Argelès, hormis l'Ouisse (180 km², 30 km, 7,7 %) qui le rejoint avant Pau.

1017_argeles_pont-amont   1038_Lourdes-echelle

Ci-dessus deux des points de mesure sur le gave de Pau : à Argelès (ancienne passerelle routière ou pont du Tilhos) et à Lourdes (avenue du Paradis). L'échelle d'Argelès est graduée jusqu'à 4 m (complètement sous l'eau en octobre 2012 et juin 2013). Celle de Lourdes s'arrête à 3 m.

 

CRUES HISTORIQUES : quand et comment ?

Les crues importantes des cours d'eau des Pyrénées centrales et occidentales ont pour origine :

- soit des pluies océaniques dans un flux de nord-ouest avec un blocage orographique plus ou moins prononcé : la chaîne des Pyrénées orientée est-ouest fait obstacle à la perturbation qui se dirige vers le sud-est ;
- soit des pluies remontant d'Espagne dans un flux de sud amenant de l'air chaud : les pluies débordent sur le versant français et ce sont les crêtes qui sont très arrosées.

Dans les deux cas et de manière plus prononcé dans le second (air chaud), la fonte nivale peut aggraver plus ou moins les crues en fonction de l'épaisseur du manteau neigeux.

 

CRUES HISTORIQUES de la GARONNE

Au delà de Saint-Gaudens, la contribution plus ou moins forte des affluents ariégeois renforce ou non la crue.

Si on se réfère au PPRi de la Garonne supérieure (de la frontière espagnole à Chaum), l'histoire nous rappelle que les débordements  ne datent pas d'hier :
- 1258, 1397, 1413, 1436, 1507, 1750 (des maisons sont détruites, la Garonne crée un nouveau lit), 1772, 1777 pour s'arrêter à la Révolution,
- 29 mai 1835 : 3 m à l'échelle de Saint-Béat
- 1837 : le cimetière de Fos est dévasté,
- 22 et 23 juin 1875 : la route et la chapelle Saint-Sébastien est emportée à Fos, 3,80 m à l'échelle de Saint-Béat
- 3 et 4 juillet 1897 : le village de Fos est totalement inondé et isolé, la RN125 est détruite de même qu'une maison et la chapelle. Le Pont du Roy est emporté. La Garonne atteint 4,25 m à l'échelle de crue de Saint-Béat, village inondé et envasé, la RN125 vers Fos est emporté
- 26 et 27 octobre 1937 : 3,4 m à l'échelle de Saint-Béat
- 19 au 21 mai 1977 : la Garonne monte à 2,48 m à Saint-Béat
- 7 et 8 novembre 1982 : le chemin du Plan d'Arem est emporté, l'allée du camping est sous l'eau à Fos. A Saint-Béat, on relève 2,75 m sur la Garonne
- 5 et 6 octobre 1992 : la RN125 est inondée en amont de Saint-Béat, des maisons sont sous l'eau et le camping est évacué.

Si on récapitule les hauteurs d'eau observées à Saint-Béat (échelle de crue ci-dessous à l'aval du pont de la RN125 en rive gauche), les crues se classent dans l'ordre suivant (de la plus forte à la moins forte) : 1897 (4,25 m), 1875 (3,8 m), 1937 (3,4 m), 1835 (3 m), 1982 (2,75 m). C'est un peu moins de 3,5 m qui a été mesuré en juin 2013.

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A noter que 3 des 4 plus fortes crues se sont produites à la fin du printemps ou au début de l'été, preuve que la présence d'un manteau neigeux est bien le facteur aggravant des crues.

 

CRUES HISTORIQUES du GAVE de PAU

Il est rare de voir des crues ne touchant que la partie aval ou médiane du bassin et c'est le plus souvent en amont que les crues se forment, se propageant vers l'aval en s'atténuant ou en se renforçant suivant les réactions du bassin intermédiaire (de Lourdes à Pau).

Si on se réfère aux différents PPRi de la vallée du Gave de Pau (à noter que Pau ne dispose pas de ce document réglementaire 10 ans après sa precription en 09/2005), on retrouve peu ou proue les mêmes dates de crue que pour la Garonne supérieure, seul l'ordre d'importance de ces crues diffère.

La crue de 1875 resterait inégalée sur les 150 dernières années même s'il est difficile de trouver des données historiques pour cet événement sur le gave. Notamment du côté d'Argelès-Gazost puisqu'à l'époque, le village n'existe pas sous ce nom qu'il ne prendra que dans les années 1880-1890 (cf. site de la commune). Et son extension actuelle (urbanisation à l'est de la RD921) est inexistante au XIXè siècle. Le gave pouvait donc déborder sans trop de dommage. C'est au pont du Tilhos que le niveau historique est relevé, pont situé à proximité du stade de rugby de nos jours.

A Argelès, la crue de juin 2013 arriverait entre la seconde et la quatrième position dans l'histoire avec 5,19 m, soit  1 m au dessus de la crue d'octobre 2012 (4,15 m). 1897 et 1937 s'intercaleraient à priori entre ces deux crues très récentes mais il est très probable que 1937 soit plus forte (le stade était sous 1 m d'eau en 1937 contre 20 à 30 cm en 2013). Février 1952 est en dessous, de même que 1965, 1889 et 1982.

A Lourdes, il est acquis que la célèbre grotte a été inondée en octobre 1937, novembre 1965, juin 1979, novembre 1982, octobre 2012 et en juin 2013. Pour l'ordre d'importance des crues : la plus forte serait 1937 (débit estimé à 765 m3/s), puis viendraient 1885 (520 m3/s), 2013, 1982, 1875 (380 m3/s), 1965, 2012.

A Pau, la crue de 1937 ne semble pas avoir été dépassée en juin dernier. 1875 semble être la crue la plus forte des 150 dernières années (à vérifier) même si c'est la crue de février 1952 qui est pris en référence dans la vallée pour les PPRi.

A Orthez, 1875 et 1889 ont dépassé les 14 m, février 1952 les 13 m (plus de 1 000 m3/s). 2013 aux environs des 12 m à l'échelle historique arriverait au mieux en 4è position.

Enfin à Peyrehorade, où l'apport du gave d'Oloron vient s'ajouter à celui du gave de Pau, la crue de 2013 n'a pas atteint des sommets historiques, à cause justement d'un apport modéré du gave d'Oloron dont la pointe de crue est arrivée plus tôt que celui du gave de Pau. Avec 4,73 m, on est un mètre sous la crue de 1952 et près de 1,5 m sous la crue de 1885 (6,26 m).

 

La CRUE DE JUIN 2013

Commençons par le qualificatif de ces crues et notamment celle du gave de Pau, qualifiée autant par le maire de Lourdes que par la maire de Pau de crue "centennale" (cf. propos des 2 intéressés rapportés dans Sud-Ouest et la Dépêche du Midi). Ce qualificatif de "centennale" très et trop vite appliqué par les élus est une manière pour eux de (se) rassurer ("on peut difficilement avoir pire") et de se dégager de leur responsabilité dans leur choix d'urbanisme (accord de permis en zones inondables). Rappelons qu'une crue centennale n'est pas une crue qui se produit une fois par siècle mais une crue qui a une "chance" sur 100 de se produire chaque année. La nuance est de taille.

Dans le cas présent, la crue du gave de Pau est probablement proche de la cinquantennale (1 chance sur 50 chaque année) à Lourdes et entre la vicennale et la trentennale (entre 1 chance sur 20 et sur 30) à Pau. Dans le PPRi des proches communes de Pau (Pau ne possédant pas de PPRi comme moult communes importantes, cf. supra), la crue de 1937 est qualifiée de trentennale. En juin 2013, les niveaux ont été plus bas qu'en 1937, donc on ne peut pas affirmer à l'emporte pièce comme certains élus se le permettent que la crue de 2013 était centennale. Le procédé est trop facile et totalement à l'opposé de la nécessité de culture du risque et de maîtrise de l'urbanisme dans les zones inondables.

La crue s'est produite dans un contexte très défavorable :

- un hiver avec des chutes de neige exceptionnelles jamais vues depuis 40 ans sur les deux tiers ouest des Pyrénées. Les hauteurs de neige atteignent en moyenne 2 m à 1500 m (4 fois la moyenne), 3 m à 1800 m et plus de 4 m à 2500 m. (sources Météo France)
- un printemps avec des températures plus basses que la normale qui ont retardé la fonte nivale sur les massifs, : le stock neigeux est encore très important à la mi-juin au dessus de 2 000 m.
- un printemps (et un hiver) avec une pluviométrie bien au delà de la normale qui a conduit à saturer les sols. Ces précipitations tombées sous forme de neige à hautes altitudes ont contribué à reconstituer un manteau neigeux important sur les massifs et à le maintenir très longtemps. A Pau, la valeur normale (ou moyenne de 1981 à 2010) des précipitations observées les 5 premiers mois de l'année est de 474 mm. Fin mai 2013, Pau avait déjà reçu 909 mm, soit près du double. Avec les pluies de juin (143 mm), on arrive à 950 mm sur les 6 premiers mois de l'année, ce qui correspond à la moyenne annuelle (1 070 mm) à 10% près. A Tarbes, il est tombé 940 mm de pluie sur les 6 premiers mois de l'année 2013 alors que la moyenne annuelle est de 1 050 mm. A Saint-Girons, il est tombé 745 mm de pluie alors que la moyenne annuelle est de 950 mm (sources Météo France).
- les prémices de l'été à la mi-juin avec des températures positives au delà des plus hauts sommets sur la chaîne pyrénéennes. La semaine précédent la crue a été chaude avec 2 journées à près de 30°C sur le piemont pyrénéen le mercredi 12 et le dimanche 16. La fonte nivale a augmenté de jour en jour, donnant des débits élevés avant même les premières pluies à l'origine de la crue.

Il n'en fallait pas plus pour que les pluies du 17 au 19 juin dans un flux chaud de sud provoquent une crue majeure sur certains cours d'eau Pyrénéens.

Avec un flux de sud et comme ce fut le cas en octobre 2012, l'Adour est souvent en partie protégé par sa situation géographique et la forme du bassin amont : le bassin des Nestes (qui culmine entre 3100 et 3200 m sur les crêtes franco-espagnoles) situé au sud des crêtes du bassin de l'Adour prend le gros des précipitations ; le bassin de l'Adour est bien moins large et grand en taille que ses voisins :
- 15 à 20 km de large (sens est-ouest) contre 30 km pour les Nestes et 40 km pour le gave de Pau ;
- moins de 300 km² de surface à Bagnères-de-Bigorre contre plus de 900 km² à Argelès pour le gave et près de 600 km² pour les Nestes réunies à Arreau.

Prévisions et vigilance météorologiques vues par Météo France

Ce point est (trop ?) souvent polémique et on accuse régulièrement Météo France de n'avoir pas anticipé suffisamment les phénomènes météorologiques : la neige, surtout en plaine, et les inondations sont les deux phénomènes météorologiques les plus accusées car leurs conséquences sont bien visibles et touchent la population et la vie économique. Quand un skieur s'aventure hors-piste et qu'il décède dans une avalanche, "on" ne se pose guère la question de l'anticipation du risque d'avalanche et "on" considère que ledit skieur a commis une imprudence. Quand une vallée subit une inondation et que de nombreuses habitations sont sous les eaux, les habitants sous l'eau cherchent un coupable : Météo France dont l'alerte a été trop tardive, un élu de la commune qui ne les a pas avertis, les secours qui ne sont pas venus assez vite, l'Etat qui n'a pas voulu qu'une digue de protection soit construite, etc. JAMAIS de remise en cause personnelle.

Voyons donc comment le phénomène a été anticipé au moins par Météo France. L'avantage avec cet établissement public, c'est que l'historique des vigilances météo est accessible. Avant de polémiquer, il est donc possible d'analyser.

 

2013-0617-11hLa première mise en vigilance orange pour un phénomène orageux sur les départements 64 et 65 a lieu le lundi 17 juin vers 11h. A travers quelques extraits du bulletin national associé à la carte de vigilance, on se rend compte que l'événement à venir est suffisamment décrit pour ne pas le prendre à la légère [mes remarques entre crochets]  :
"- Fin du phénomène prévue pour la nuit du mardi 18 au mercredi 19 [on est parti pour 36h de pluie orageuse];
- Episode pluvio-orageux actif nécessitant un suivi particulier compte tenu de sa persistance et des cumuls associés [on n'est pas sur de l'orage isolé qui part aussi vite qu'il est venu ; ça va durer]
- En cours de nuit prochaine, le caractère orageux sera moins marqué mais il sera relayé par le caractère durable et parfois soutenu des précipitations. Sur l'épisode, on attend généralement 50 à 100 mm dans le domaine pyrénéen avec des précipitations essentiellement sous forme liquide." [précipitations liquides, ça veut dire qu'on n'attend pas de neige même à haute altitude et que tout le massif sera arrosé ; la fourchette certes large des précipitations attendues devrait inquiéter l'habitant des valléees de montagne ou du proche piémont, d'autant que le stock neigeux est très important à cette époque de l'année].

A travers ce premier message de vigilance, on en apprend déjà beaucoup et ça milite pour suivre l'actualisation régulière des informations.


 

2013-0617-16hA 16h, nouvelle carte (à l'heure "classique" cette fois) et nouveau bulletin. Le contenu est très proche de celui de 11h mais une nouvelle information d'importance apparaît :
" Phénomène aggravant : compte tenu du nette réchauffement en altitude la fonte des neiges contribuera à l'intensification des crues.
Les départements des Pyrénées-Atlantiques, des Hautes-Pyrénées et de la Haute-Garonne sont en vigilance crues: Pour toute information consulter le site internet : www.vigicrues.gouv.fr". Sur la carte, le pictogramme inondation est bien présent sur le département 31 mais MétéoFrance a fait le choix de n'afficher que le pictogramme "orages" pour la vigilance orange sur les départements 64 et 65.

A 19h, sans que la carte change, le bulletin "local" du centre inter régional (CMIR) de MF de Bordeaux précise : "Il pleut régulièrement et parfois fortement avec des orages de l'ouest des Pyrénées à la Vienne. En 3 heures, on relève : [...] 17 mm à Gèdre et 13.3 mm à Barèges dans les Hautes-Pyrénées dont l'essentiel en 1 h."

A 22h, le CMIR de Bordeaux actualise son bulletin dont le contenu aggrave la situation à venir : "Mardi, le caractère durable et parfois soutenu des précipitations [...] permet d'atteindre des cumuls de 80 à 130 mm dans le domaine pyrénéen (avec des précipitations essentiellement sous forme liquide en montagne où la fonte nivale risque d'être un facteur aggravant)."


 

2013-0617-23hUn peu avant 23h, une nouvelle carte nationale est émise pour tenir compte de la fin de l'épisode orageux sur le nord-ouest du pays.  Le bulletin associé précise : "Les départements concernés par la vigilance orange pour les orages vont progressivement passer en vigilance fortes précipitations pour la plupart." Les cumuls sur l'épisode sont revus à la hausse et reprennent le dernier bulletin du CMIR de Bordeaux.

A 3h du matin, le bulletin est actualisé avec encore un coup de marqueur sur les quantités d'eau attendues : "On surveille plus particulièrement les cumuls de précipitations qui, par effet cumulatif, deviennent importants."


 

2013-0618-06hA 6h et en cohérence avec ce qui avait été annoncé la veille, la vigilance orange passe du phénomène orages au phénomène "pluie - inondations". Le bulletin n'apporte guère de nouveautés (à part les 39 mm de pluie observés à Loudervielle dans la vallée de la Neste du Louron) mais confirme l'inquiétude sur les cumuls de pluie attendus et sur la fonte nivale en facteur aggravant.

Le centre de Bordeaux actualise sont bulletin à 9h : le cumul de pluie atteint 70 mm à Loudervielle. Dans le massif pyrénéen, le maximum à attendre passe de 130 à 150 mm.

Nouvelle actualisation à 12h : "60 mm à Luz-St-sauveur, 77 mm à Gavarnie (65), 83 mm à Loudervielle (65), 97 mm à Genos-Tramezaigue, 72 mm à Luchon (31)".


 

2013-0618-14hA 14h, c'est la passage en vigilance rouge du département des Hautes-Pyrénées. La raison est hydrologique : l'amont du Gave de Pau connait une crue exceptionnelle. Dans le processus de production de la carte de vigilance météo, Météo France est ici "contraint" de passer en rouge par le site vigicrues qui a placé le tronçon du gave de Pau en vigilance rouge. Contrairement à Météo France, vigicrues ne donne pas accès à ses archives et à moins d'une copie d'écran au moment opportun ou d'un suivi attentif, il n'est pas possible de connaître l'historique de la production de ce service.


 

2013-0618-16h

La carte de 16h est identique à celle de 14h mais le bulletin est actualisé : "Depuis le début de l'épisode, on a relevé de 40 à 60 mm (ou litres/m²) en plaine et de 80 à 110 mm sur les crêtes de l'ouest des Pyrénées".

Le bulletin de Bordeaux est encore plus précis sur les cumuls observés : 86 mm à Saint-Engrâce (64), 82 mm à Luz-St-sauveur, 118 mm à Gavarnie (65), 93 mm à Loudervielle (65), 122 mm à Genos-Tramezaigue (65), 76 mm à Luchon (31).


 

2013-0618-19hA 19h et toujours sous la férule de vigicrues à cause du Gave de Pau, c'est le département du 64 qui passe en vigilance rouge. Le bulletin de MF insiste une nouvelle fois sur "le caractère durable et parfois soutenu des précipitations [...] [qui] permet d'atteindre sur l'ensemble de l'épisode des cumuls de 100 à 200 mm sur les crêtes des pyrénéen (avec des précipitations essentiellement sous forme de pluie en montagne à toutes altitudes)".

Bilan : à travers cet historique des bulletins, je relève 2 choses :
- un état des lieux bien défini et un événement pluvieux à venir plutôt bien cerné le lundi soir
- une inquiétude qui transparaît avec l'aggravation des bulletins du mardi matin, laissant penser qu'un épisode remarquable est à venir, du point de vue des quantités de pluie et encore plus des inondations avec la fonte nivale.

La vigilance orange pour orages a été déclenchée en fin de matinée du lundi (sur les 3 dep. de la chaîne pyrénéenne impactés par les crues à venir) et s'est transformée le mardi matin en une vigilance orange pour pluie et inondations, passant au rouge à 14h dans les Hautes-Pyrénées. Les bulletins nationaux et régionaux de Météo France ont été actualisés régulièrement avec une information horodatée du prochain bulletin. Le lien vers vigicrues dès le niveau orange est rappelé. Le citoyen lambda qui a accès à internet et qui veut (ou peut) suivre l'événement en direct, sa prévision et son évolution parce qu'il est concerné de près ou de loin a toutes les clefs en main pour le faire.

Le passage "tardif" en vigilance rouge sur le département 65 ne doit pas occulter le fait que dès le niveau orange, le citoyen doit s'inquiéter et agir si besoin. Et ne pas attendre (en priant pour que ça n'arrive pas) que les débordements commencent pour agir et se préoccuper sérieusement de la situation en cours et à venir. Une vigilance orange "pluie / inondations", c'est un débordement possible voire probable. Il est indispensable d'agir avant d'avoir les pieds (voire plus) dans l'eau, quitte à agir pour rien si ça ne déborde pas au final. Combien de riverains des cours d'eau impactés l'ont fait ?

 

Prévisions et vigilance hydrologiques vues par Vigicrues

Vigicrues est un service récent fourni par le Ministère de l'Écologie, mis en place en 2006 lors de la réforme des services d'annonce des crues (SAC), devant service de prévision des crues (SPC). Cette réforme a réduit d'un facteur 3 le nombre de services (environ 60 SAC contre une vingtaine de SPC) en apportant une logique hydrographique et non plus administrative. Ce sont des linéaires de cors d'eau àl'échelle de leur bassin versant qui sont surveillés et non plus des linéaires de cours d'eau à l'échelle départementale. Environ 21 000 km de cours d'eau sont surveillés sous la forme de près de 280 tronçons de vigilance (dernière mise à jour au printemps 2014) sur lesquels une couleur indique le niveau de risque de crue à venir ou en cours. Les couleurs de la vigilance météorologique sont reprises (vert = pas de vigilance ; jaune = premiers débordements ou montée rapide ; orange = crue dommageable ; rouge = crue exceptionnelle).


Le 17 juin à 16h, le site vigicrues indique que les tronçons "Garonne amont - Nestes", "Adour amont", "Gave de Pau" et "Gave d'Oloron" sont placés en vigilance orange. Le bulletin national de 16h indique : "Risque de crues importantes sur les cours d'eau de l'ouest pyrénéen au cours des prochaines 36 heures [...]. Les niveaux initiaux des cours d'eau pyrénéens qui viennent d'être placés en vigilance orange sont actuellement élevés du fait de la fonte des neiges qui reste soutenue depuis le milieu de semaine dernière. Les pluies prévues pour ces prochaines 24 heures vont s'ajouter aux effets de la fonte nivale et, par conséquent, devraient provoquer des hausses importantes des niveaux sur l'amont de ces cours d'eau au cours de la nuit de lundi à mardi et durant la journée de mardi. Sur ces secteurs, les niveaux de débordements dommageables pourront être atteints au cours des prochaines 36 heures."

Le bulletin local du SPC Garonne de 16h indique : "Compte tenu des précipitations annoncées par Météo−France, des montées sur les cours d'eau risquent de se produire sur les bassins amonts Pyrénéens et du Lannemezan en fin d'après midi et dans la nuit [...]. Sur le tronçon "Garonne amont − Nestes", cet épisode pluvieux est susceptible de générer une montée des eaux importante aggravée par la fonte nivale."

Le bulletin local du SPC Adour de 16h indique : "Réaction marquée attendue sur les Gaves et l'Adour amont, avec une conjoncture de fonte de neige et de pluies fortes en montagne au cours des prochaines 24 heures."

Le 18 juin à 6h15, un nouveau bulletin est produit. Si les couleurs de vigilance des cours d'eau ne changent pas (au moins sur ceux en orange), il est précisé une "intensification des pluies sur les Pyrénées ces dernières heures".

A 8h45, nouveau bulletin : "Débits soutenus sur l'ensemble des cours d'eau du piémont, alimentés par la fonte de neige et des pluies importantes qui devraient se poursuivre dans la journée".

 

Un peu avant 14h, c'est le passage en vigilance rouge sur le tronçon du Gave de Pau mais seul le département 65 est concerné par cette vigilance rouge comme l'atteste la carte de vigilance de Météo-France (voir plus haut). "Passage en vigilance rouge du gave de Pau, compte tenu d'une crue très importante sur sa partie amont (Hautes Pyrénées), encore en aggravation". Les prévisions faites par le SPC (4m30 à Argelès et 3m50 à Lourdes à 16h) sont complétées par un message indiquant clairement que les hauteurs prévues ne sont pas des maxima mais que ça ira probablement plus haut.

Un peu avant 19h, le département 64 passe également en vigilance rouge pour les crues. Le bulletin du SPC Adour précise : "Vigilance rouge du Gave de Pau, compte tenu d'une crue très importante sur sa partie amont, encore en aggravation (significativement plus importante que oct 2012). Poursuite des pluies en montagne et sur l'ensemble du bassin, accompagnée de la fonte des neiges sur l'ensemble du massif montagneux [...]. Situation actuelle et évolution prévue : Crue majeure sur l'amont du Gave de Pau (65) avec une propagation en aval provocant dans la nuit une crue importante pour le 64 en vigilance rouge à compter de 18h30."

Pour le seul Gave de Pau, les prévisions (qui tiennent compte des précipitations attendues jusqu'en milieu de nuit) sont pessimistes :
"Argeles :5.20m +/− 15cm à 21h (oct 2012 − H maxi= 4.15m)
Lourdes: 4.40m +/− 15 cm à 21h (oct 2012 − H maxi= 3.50m)
Nay: 3.50m +/− 15cm entre 21h et 22h (oct 2012 − H maxi = 2.78m)
Artiguelouve:2.55 +/−10cm entre 22h et 23h (oct 2012 H maxi= 2.20m)"

en précisant toujours que "selon les précipitations à venir, il est fort possible que cela ne soit pas le maximum".

A noter un risque de perte des données télétransmises (Argelès et Lourdes) par submersion si la situation continue à évoluer significativement à la hausse, et suivant la présence ou non d’embâcles.

Le 19 juin à 6h, le tronçon Adour-Maritime est placé en orange du fait de la propagation de la crue vers l'aval. A 16h, le tronçon du gave de Pau reste en rouge mais la vigilance descend d'un cran (rouge vers orange) sur le département 65.

A 22h, la vigilance passe du rouge à l'orange sur le gave de Pau, et accessoirement, du orange au jaune sur le gave d'Oloron.

Le 20 juin à 10h, la vigilance passe du orange au jaune sur le tronçon "Adour amont" (qui comprend aussi l'Echez) et sur le tronçon "Garonne amont - Nestes".

Et c'est vers 21h le 20 juin que les deux derniers tronçons en orange (Gave de Pau et Adour maritime) passe de la vigilance orange à jaune.

 

Graphiques des hauteurs d'eau

Vigicrues permet d'afficher les hauteurs d'eau à des stations hydrométriques et pour certaines les débits. Sur la Garonne et le Gave de Pau, seules des hauteurs d'eau ont été fournies avec pour certaines stations, des mesures stoppées ou incohérentes pendant la crue, celle-ci ayant abîmé le matériel de mesure (cas de Bossost, Argelès, Lourdes et Nay).

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Ci-dessus, le graphique représente les hauteurs d'eau relevées aux stations sur une période de 15 jours centrée sur la pointe de crue. Hormis Luchon sur la Pique, les hauteurs concernent la Garonne. Dans les jours précédents la crue, on remarque une hausse régulière des niveaux d'eau, du fait de la fonte nivale. Le cycle diurne de fonte est bien visible avec une hausse des niveaux en journée avec un maximum en soirée puis une baisse des niveaux dans la nuit.

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Sur ce graphique qui est un zoom du précédent sur 72h, on remarque la montée rapide de la Pique à Luchon : 10h entre le début et la fin de la montée. A Saint-Béat sur la Garonne, ce délai est ramené à 7h. La station de Chaum voit d'abord passer le pic de crue de la Garonne supérieure (première pointe à 13h TU), puis celui de la Pique (15h TU).

hauteurs max observées sur les Nestes (graphique à venir) : 5,25 m à Arreau (Nest d'Aure), 1,95 m à Arreau (Neste du Louron)

Sur les graphiques ci-dessous, sont présentés les limnigrammes des crues d'octobre 2012 et juin 2013 sur une durée de 72h. Attention, les heures sont en temps légal sur le graphique du haut et en temps universel pour celui du bas (ajoutez 2 heures pour avoir l'heure légale d'été).

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Limni_Gave-Pau

En juin 2013, on remarque des hauteurs d'eau importantes avant la crue, notamment à Argelès-Gazost. Avec les chaleurs (intermittentes) de la deuxième semaine de juin et notamment du dimanche 16, la fonte nivale a engendré des débits soutenus sur le Gave : dans le cycle diurne de fonte, le maximum journalier à Argelès est observé vers minuit car il faut quelques heures pour que la fonte sur les sommets, dont le maximum se produit en milieu d'après-midi, arrive à Argelès. Or, on observe 2 m à minuit le 11/6, 2,18 m le 12/6, 2,26 m le 13/6, 2,66 m le 14/6 et le 15/6, 2,78 m le 16/6. En moins d'une semaine, la fonte nivale a grossi le niveau du gave à Argelès de 80 cm. Par comparaison, lors de la crue d'octobre 2012 (période sèche de début d'automne), la hauteur d'eau au début de la crue était inférieure à 1 m, soit 2 m plus bas. Autre comparaison avec le mois de mai 2009 cette fois-ci dans une version "ça aurait pu être pire" : le dimanche 24 mai 2009 (dernier jour du pont de l'Ascension), par le simple fait de la fonte nivale engendrée par des températures estivales, le niveau du gave de Pau était monté à un peu plus de 3 m à Argelès et 2,2 m à Lourdes, ce qui avait valu une vigilance orange crue.

Le niveau commence à monter à Argelès le 18 juin à 4 h TU (soit 6 h légale) et le maximum sera atteint à 18h TU (20 h légale) avec 5,20 m, soit + 2,45 m en 14h et un gradient de montée moyen de 18 cm/h.

Passés les 4 m, la station de Lourdes n'a plus fourni de données par la faute d'un boitier d'enregistrement noyé, boîtier situé le long de l'avenue du Paradis.

A Nay, la station a fourni des valeurs erronées à partir de 18h TU le 18/6. Le dysfonctionnement est bien visible puisque le maximum enregistrée a lieu à 18h TU en même temps que le maximum à Argelès alors que Nay est situé près de 50 km en aval. A Artiguelouve (pont de la RD 501 ci-dessous), le maximum a dépassé à peine les 3 m.

 

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Comparaison des pluies d'octobre 2012 et juin 2013

Les précipitations observées aux stations pluviométriques attestent de pluies bien plus fortes en octobre 2012 qu'en juin 2013 (valeur octobre 2012 / valeur juin 2013 ; sources Météo France - site www.pluiesextremes.meteo.fr ; édition 12/03/2013 - bulletins de vigilance météo).

Gave de Pau

Gavarnie : 300 mm / 162 mm
Gèdre : 182 mm / 122 mm
Cauterets : 175 mm / 126 mm
Luz Saint-Sauveur : 145 mm / 124 mm
Barrèges : 140 mm / 103 mm

Gave d'Oloron

Laruns : 236 mm /
Urdos : 226 mm /
Lescun : 191 mm / 88 mm
Accous : 177 mm /

Nestes

Genos : 173 mm / 127 mm
Loudenvielle : 102 mm /
Saint-Lary : 91 mm /

Alors pourquoi une crue moins forte en octobre 2012 malgré des pluies 1,5 fois plus importantes qu'en juin 2013 ? Pour l'inverse des raisons évoquées pour expliquer la crue de juin 2013 :

- niveau d'étiage en début d'automne
- sols secs sur les versants
- stock de neige au plus bas.

La crue de juin 2013 dans l'histoire

En amont de Chaum sur la Garonne et d'Argelès-Gazost sur le gave de Pau, il s'agit d'un phénomène similaire en terme de dégâts aux crues d'octobre 1937 (crue ayant surtout touché les Nestes sur le bassin garonnais) et de juillet 1897 (Garonne, Neste et gaves). La stricte comparaison en termes de hauteurs atteintes en des points précis (ponts le plus souvent) est toujours difficile pour ce genre de cours d'eau torrentiels pour différentes raisons :
- ces rivières charrient des tonnes et des tonnes de matériaux solides pendant ces fortes crues. Aussi, les fonds varient en permanence pendant la crue avec un très fort charriage au plus fort de la crue et une phase de dépôt pendant la décrue. Il n'y a donc pas de stabilité des profils des cours d'eau, ni en crue, ni au fil du temps. En ce sens, la demande récurrente des élus et des riverains du besoin de "curer" le lit pour donner une plus grande capacité au cours d'eau est illusoire et montre leur méconnaissance totale de la dynamique de ces torrents.
- on voit qu'aujourd'hui, même avec une mesure instrumentée des hauteurs d'eau dans les rivières, des dysfonctionnements se produisent lors des plus fortes crues. Dans un passé lointain, les hauteurs d'eau étaient notées à l'oeil en suivant au mieux l'événement avec le risque pour des crues rapides, de louper la hauteur maximale atteinte
- des embâcles peuvent s'amonceler en amont des ouvrages et fausser la hauteur mesurée.

CRUE de 1937

Cause du phénomène : Chute de neige les 22 au 23/10/1937 puis vent du sud et pluie, crue à partir du 26, orage le 27. pluies abondantes et vents chauds du sud et du sud-ouest activant la fonte des neiges

Principaux dégâts (source RTM et le Républicain des Hautes Pyrénées):

LUZ ST SAUVEUR: Chemin en amont du pont de l'égalité (sur le torrent de l'Yse) emporté. Plusieurs maisons du village voient leur rdc inondé à cause du Bastan (?) : on relève plus d'un mètre d'eau dans certaines rues malgré les barrages mis en place par les gardes mobiles en garnison à Luz. La route entre Luz et Gèdre est emportée sur plus de 800 m

GEDRE: sur les chemins ruraux, ponts de Moule, Peyregnet, Arraillé, Grustète, Gardette et Puntou détériorés. Ravinements et excavations ;  dégâts à la RD921 coupée en deux endroits ; le Gave de Gavarnie emporte l'angle de la maison et le four de la maison Camarote (lieu-dit : Trimbareilles)

CAUTERETS: Passerelle de l'Esplanade du Casino submergée, nombreuses berges endommagées, un immeuble adossé à l'Hôtel Royal totalement détruit, tous les ponts des hautes vallées emportés ; affouillement mur soutènement mairie, place de la mairie et destruction angle SO lavoir communal place de la mairie et de la digue de protection formant soutènement. Deux maisons du centre ville en bordure du gave se sont écroulées après avoir vu leurs fondations sapées. Digue de défense voie ferrée emportée, voie ferrée endommagée. Un effondrement de terrain de plus de 10 000 m3 a isolé Cauterets le mercredi matin en coupant la voie ferrée et la route au lieu dit calypso.

GAVARNIE (lieu-dit : route du chaos, 1km au nord de Bareille): RN emportée. Destruction du CVO1 entre le pont de Broule et la passerelle Lartigue, sur 100m. Excavation du CVO2 vers Coumély. Pont de Bareilles endommagé. chemin de Saousse: passerelle emportée, chemin du Vignemale: passerelle de St Savin détériorée. Route coupée en 5 endroits entre le pont de Bareille et Gavarnie.Gavarnie isolée.

ARGELES GAZOST: chemin vicinal ordinaire n° 9: ponceau emporté et ravinements aux abords de la pisciculture

GEU: terrains communaux emportés

AGOS VIDALOS: champs et prés ravinés ou engravés. Chemin vicinal ordinaire n° 1 bis emporté. Terrains communaux emportés. Maisons inondées ; RN21 coupée sur 500m par 60cm d'eau entre Agos et téléphérique du Pibeste. Des habitants évacués de leurs maisons par barque par les gendarmes pendant la nuit et la matinée du 28/10.

BOO SILHEN: taillis et pâturages envasés

PRECHAC: champs et prés inondés ou engravés. Chemin vicinal ordinaire n° 2: mur et chemin emportés. Pacages communaux complètement détruits, digues emportées, champs et prés inondés ou engravés.

SOULOM : la digue protégeant l'usine hydroélectrique rompit vers 11h le mardi. Moteurs et machines furent inondés et recouverts par 50 cm de boue.  Un des bâtiments de la cité ouvrière également inondée, trop proche du gave, s'écroula. L'usine des phosphates tunisiens a été touchée un peu plus tard en début d'après-midi : l'eau a envahi un bâtiment dans le quel se trouvaient les pompes, arrêtant de fait le travail des 150 ouvriers. Le pont reliant l'usine à la gare de Pierrefitte s'est écroulé. La reprise du travail n'est pas prévue avant une petite semaine.

Ci-dessous, on peut voir les eaux du Gave en furie sur l'extrait du journal "La petite gironde" du 31/10/1937, trouvé aux archives départementales de Tarbes.

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PIERREFITTE NESTALAS: propriétés riveraines inondées sur 1 km apports de blocs considérables, propriétés et scierie emportées ; Champs et prés engravés ou ravinés. Usine des Phosphates Tunisiens endommagée. Cie des chemins de fer PCL: murs, barrages, canal endommagés.au pont de Villelongue, le Gave coule sur la route et isole une maison, 1 m de hauteur d'eau. 1 maison de la cité ouvrière emportée. Excavation de 5m de diamètre et 5m de profondeur sur la RN21 à 2km au sud de Pierrefitte. L'usine électrique du Midi est inondée: Pierrefitte est privée de lumière. Communications téléphoniques avec Luz coupées.

VILLELONGUE: IC13 et chemins vicinaux aboutissant à la passerelle Fould endommagés. Passerelle Fould endommagée (passerelle en bois reliant Villelongue à Pierrefitte). CVO7 emporté sur 150 m par le Gave qui est sorti de son lit sur 400 m, propriétés riveraines endommagées. Sablière détruite. RN21 submergée vers 12h le 28/10, banquettes emportées et chaussée dégradée. Le pont du tramway fut submergé mais a résisté. Une digue dite de "lalaque' (aujourd'hui Lalanne ?) protégeant la cité Lacoste, s'est rompue vers 3h30 du matin, submergeant sept maisons par plus de 1,5 m d'eau.

BEAUCENS: landes, bois, pacages dévastés; digues affouillées ou submergées et emportées; CD13 emporté sur une centaine de mètres entre Beaucens et Villelongue ; circulation interrompue; le Gave empêche l'accès à la passerelle Fould

LOURDES: le gave déborde après le couvent des Clarisses. Le boulevard de la grotte, l'esplanade y compris le monument au mort, la grotte et le musée Bernadette, les caves de l'imprimerie sont noyés. Le lotissement du Paradis est sous l'eau, comme la rue éponyme sous 1 mètre d'eau de l'usine à gaz jusqu'au nouveau pont Peyramale. La rue Peyramale sur la rive opposée est également inondée. Hôtels de Londres, de Gallia (rue de la Grotte), St Paul, Massabielle (avenue Peyramale) inondés, ainsi qu'un garage de l'avenue du Paradis. La rue du Paradis est inondée  avec de l'eau au rez-de-chaussée

Voie ferrée Lourdes-Pierrefitte détériorée à plusieurs endroits : circulation sur voie ferrée interrompue.

Voie ferrée vers Bayonne sous les eaux au niveau de Peyrouse, commune entre Lourdes et Saint-Pé.

le Gave déborde sur la RN21 de Lourdes à Pierrefitte : au bas de la côte de Viger, en amont du pont neuf de Lugagnan et en amont d'Agos. La route est immergée sur 200m sous 60cm d'eau ;

Terrains communaux emportés. Pont du gave sur l'IC13 endommagé ;

ST PE DE BIGORRE: chemin vicinal ordinaire n° 1 (chemin de St Pé aux grottes de Bétharram) emporté sur 100m. un groupe de maisons en aval de St Pé est inondé (80cm d'eau dans 2 maisons). Usine hydroélectrique endommagée. L'usine Prat est envahie par les eaux et des marchandises sont perdues. L'usine Toustard (filature) voit un hangar rempli de laine brute emporté par les flots ; la scierie a été ravagée par les flots et une partie du stock de produits finis en bois a été emportée. Le village est privé d'électricité. La voie ferrée est emportée sur 130m à 400m en amont de la gare, poteaux télégraphiques arrachés

PEYROUSE: usine hydroélectrique endommagée.

Les communications reprendront le jeudi 30/10 sous diverses formes avec la très-haute vallée : téléphone rétabli avec Cauterets, courrier jusqu'à et depuis Gavarnie. A cette époque, la question du ravitaillement concerne surtout le pain. A Luz, le stock de farine est suffisant pour faire du pain pendant 15 jours. A Gavarnie, c'est 8 jours.

La route entre Pierrefitte et Luz, coupée sur 200 m, voit la construction d'un passage provisoire qui est espéré en service d'ici le dimanche 2/11. Entre Luz et Gèdre, la route reste coupée en 2 points.


CRUE de juin 1885

A l'origine des crues, des pluies pendant 3 jours avec un vent de sud - sud-est favorisant la fonte des neiges se trouvant en quantité anormale à cette époque en montagne. Une seule vicitime aurait été à déplorer avec la noyade d'un homme à Luz.

Informations sur les dégâts : LUZ ST SAUVEUR: scierie détériorée. Les dépendances de l'hôtel de l'Univers (à Luz?) sont emportées ; Bastan pont de Luz = 1,40m

crue de l'Arros 3,85 m à l'échelle de Tournay au plus fort de la crue. Atteint la crue de 1875


CRUE de juin 1875

Cause du phénomène : pluies diluviennes sur toutes les Pyrénées: lame d'eau de 189mm sur le BV du Bastan, soit 13mm/h

PRECHAC: prairies communales emportées; CVO longeant le Gave de Préchac à Argelès (dit chemin de Lourdes) endommagé

VILLELONGUE: IC13 (ndla : aujourd'hui RD13 qui longe le gave en rive droite) eemporté sur 71m, 2 brèches dans le mur qui le protégeait. Champs engravés

ESTERRE : destruction du pont de Soula et de la digue de protection de la RN21 (ndla : aujourd'hui RD918, route de Barèges) et du village sur la rive gauche du Bastan, lavoir communal et quelques maisons au nord du village endommagés

ST PE DE BIGORRE: tous les ponts sur le Gave sont détruits . Rive droite et rive gauche corrosions de berges, terrains emportées d'autres ensablées. Ouvrages défensifs emportés. Peupliers, récoltes emportées

 

CRUE de juillet 1897

Cause du phénomène : printemps neigeux et froid: accumulation d'une couche de neige exceptionnelle en haute montagne, pluies orageuses abondantes les 2 et 3/7, vents tièdes, fonte des neiges (environ 16mm/h le 3/7, 78mm d'eau au Pic du Midi) ; Précipitations: 130mm d'eau en 8h (16mm/h le 3/7)

Nature de l'événement : crue du Bastan. Erosions de berges, talus morainique emporté en plusieurs points entre Barèges et Tournaboup. Chaussée d'accès du côté de la rive gauche emportée partiellment

ESQUIEZE SERE: propriétés endommagées

ESTERRE: Gros dégâts . Butte de terre reliant pont d'Esterre à la RN emportée, route corrodée

LUZ ST SAUVEUR : gros dégâts, pont de Villenave endommagé et pont de Marcats à reconstruire ; hôtel Payotte partiellement détruit, l'hôpital et une scierie sont à moitié emportés par les eaux

BAREGES: 20 maisons détruites, thermes du Barzun, casino et ponts endommagés, prairies emportées; les 8 maisons entre la digue de Louvois et l'hôpital militaire sont complètement éventrées par le Bastan. Buanderie de l'hôpital militaire détruite. Pont de Pontis détruit. Entre Barèges et le Tourmalet : Route emporté en 11 points, destruction du pont de la Glaire ; route thermale détruite entre Luz et Barèges (coupée par les laves des torrents)

VIELLA: RN21 détruite . Prairie et sablière emportées en bordure RN à l'aval de Viella

BETPOUEY: perte de plusieurs maisons, destruction presque complète de la RN21, terrains perdus ou gravement endommagés

SERS (lieu-dit : Piets notamment): route thermale n°2 et RN21 en parties détruites. Destruction de constructions riveraines et de terrains. Pont du haut Barèges détruit (pont du CVO4 sur le Bastan entre le chemin de Calas et la route). Murs protégeant la canalisation d'eau potable emportés. Pont de Duco détruit

VIEY: pont du CVO2 sur le Bastan emporté (entre le village et la RN21), passerelle piétons emportée

ARGELES GAZOST (lieu-dit : pont de Tilhos): Pont endommagé
 

Les dégâts en 2013

Trois décès à déplorer, tous dus à une imprudence :

  • une personne âgée emportée par une vague alors qu'elle observait le torrent de l'Yse en furie depuis un pont à Luz ;
  • une personne noyée car coincée sous une voiture sur l'avenue du Gl Leclerc inondée à Pierrefitte-Nestalas, alors qu'elle retournait de nuit chercher des affaires après avoir été évacuée
  • une personne noyée dans la plaine du gave de Pau après s'être engagée sur une route inondée interdite à la circulation.

Pour le reste, beaucoup de dégâts, principalement le long de la Garonne supérieure (Saint-Béat notamment), de la vallée de la Pique (Bagnères-de-Luchon envahie par les eaux), des gaves de Cauteret, de Gavarnie (qui forment le Gave de Pau) et de son affluent le Bastan qui descend du Tourmalet.

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Témoignage des dégâts aux infrastructures routières (photo ci-dessus), la RD13 qui borde le gave de Pau au pied de Villelongue face à Pierrefitte-Nestalas. En deux endroits, la route a été détruite par le gave. Cette route construite en bordure du gave, en léger remblai, est emportée à chaque crise du gave. Sans exhaustivité, l'histoire nous rappelle qu'en 150 ans, le gave l'a détruite au moins à 4 reprises : en juin 1856, en juillet 1897, en octobre 1937 et en juin 2013. La raison en est simple : ce tronçon de route est situé à la confluence des 2 gaves (celui de Cauteret débouchant perpendiculairement à la route) et à la sortie des gorges où les gaves libèrent leur énergie.

Ci-dessous le camping de Saint-Béat près de 6 mois après la crue.

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Photos avant / après la crue

Quelques comparaisons avant et après la crue grâce à google street view et le géoportail de l'IGN pour les vues anté. Les points de vue sont pour certains des zooms locaux sur des habitations ou des structures privées. Je précise (on ne sait jamais) que le but des photos est bien de montrer l'ampleur des dégâts, pas de faire de la (mauvaise) publicité ou d'atteindre d'une quelconque manière la vie privée des propriétaires. Ces comparaisons sont aussi une manière de montrer la force d'un torrent de montagne et de faire prendre conscience aux habitants, aux élus, aux acteurs de la vie économique d'autres territoires similaires que la nature est plus forte que l'homme, quels que soit les aménagements de protection mis en place : le risque zéro n'existe pas. Reprenons ici un extrait de la présentation optimiste du village de Luz sur le site de la commune : "Le gave de Gavarnie et le gave du Bastan traversent Luz et se rejoignent à l'aval du village pour former le Gave de Pau. Luz s'est bâtie sur le cône de déjections morainiques du torrent de l'Yse, qui rejoint le gave du Bastan au niveau de la ville. De tous temps, l'histoire de la ville (et des villages environnants) a été marquée par des inondations destructrices mais sans perte humaine, qui grâce aux travaux successifs entrepris en amont (digue sur la rive gauche du Bastan décidée en 1905, barrages) sont aujourd'hui heureusement maîtrisées". Que les élus expliquent à leurs administrés ce qui a été maîtrisé dans l'inondation de juin 2013... Et contrairement aux fois précédentes, on déplore un décès.

Cette communication toujours (ou presque) optimiste en matière de gestion du risque inondation se retrouve dans le chipotage et la négociation (dans le mauvais sens du terme) systématiques qui ont lieu lors des réalisations par l'Etat des Plans de Prévention des Risques inondation ("quoi, vous mettez mon terrain en zone rouge, il n'a jamais été inondé" ou "vous ouvrez le parapluie, on ne verra jamais un événement de ce type"). Et quand la catastrophe arrive, hop, on se retourne vers l'Etat pour qu'il paye, qu'il indemnise. Tout ça pour de l'argent, nerf de la guerre mais que la nature ignore superbement : un maison en zones inondables perd de la valeur (dans les mois qui suivent une crue mémorable peut-être, sinon il suffira d'arguer qu'on n'a JAMAIS vu de l'eau, que des protections existent MAINTENANT, bref la litanie habituelle visant à nier le risque), un terrain non construit en zone rouge à proximité d'une zone urbanisée, c'est l'assurance qu'il aura à l'avenir une simple valeur agricole et pas la valeur d'un terrain constructible (rapport de 1 à 100 parfois).

Après cette apréciation personnelle, commençons la série de photos avant/après par le village d'Esterre, dans la vallée du Bastan juste après Luz en montant vers Barèges. Vue satellitaire issue du géoportail de l'IGN. Depuis le pont d'Esterre (flèche rouge), le Bastan (trait bleu semi-transparent) serpente un peu vers l'ouest (à gauche) dans une plaine glacière aux vertes prairies. Juste après le pont en rive gauche, feu le camping "Le Bastan" dévasté par la crue et aujourd'hui fermé (en zone rouge au PPRi, pas sûr qu'on autorise à nouveau le camping). Par deux cercles rouges, sont symbolisées 4 habitations dont 3 sont très récentes.

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Les deux habitations en rive gauche (cercle rouge du bas) après la crue et déblaiement par des engins lourds (on est plus d'un mois après la crue). Elles étaient à 50 m du lit du Bastan.

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A la base, c'était pour prendre le panneau de la montée au Tourmalet. Mais au troisième plan, on voit les deux habitations en rive droite (cercle rouge du haut) après la crue. Si celle au crépi saumon (à gauche) a été épargnée, celle au crépis blanc a vu petits et gros blocs se poser devant la façade". Ces deux maisons étaient à 70 m du lit initial du Bastan. A proximité, une autre maison très récente a été entièrement emportée par la crue.

Terminons à Esterre par des photos très parlantes, prises du pont avec vue vers l'aval (camping "Le Bastan" à gauche) : de haut en bas, le Bastan en hiver avant la crue (source google), le Bastan et une crue déjà bien amorcée (journée du 18 juin ?), et le Bastan après la crue.

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Passons ensuite à la limite communale entre Luz et Esquièze-Sère avec le pont sur le Bastan. Cerclé en rouge derrière le rideau d'arbres au second plan, on devine des voitures sur le parking du Bastan.

Bastan_pont-de-Luz_google

P1040278Après la crue, le rideau d'arbres a disparu... et le parking aussi. La preuve (j'ai raté l'angle du bâtiment à gauche mais c'est le même point de vue)...

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On descend un peu la rive gauche du Bastan à Luz jusqu'au bout de l'avenue du Maoubesi. Par arrêté municipal, la maison ne peut plus être habitée.

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En reprenant la route qui descend vers Saint-Sauveur, on croise le torrent de l'Yse avec une vue vers l'aval tout d'abord pour constater que toute la végétation rivulaire a été emportée.

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Le même torrent vers l'amont cette fois, avec une prise de vue un peu décalée par google (face au chemin sur lequel la pelle hydraulique circule).

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Après les photos, voici un résumé des dégâts réalisés à partir des coupures de la presse locale (La Dépêche du Midi - édition 65 et 31 ; Sud-Ouest - édition Béarn).

Gave de Pau

Moyens de secours : 240 pompiers (170 du seul département 65) dont 10 plongeurs, 125 militaires, 4 hélicoptères.

A Cauterets,le gave a emporté la route qui monte de Pierrefittes. Deux maisons et une grange ont été emportée par le torrent.

Les communes de Barèges, Luz-Saint-Sauveur et Cauterets étaient encore isolées le mardi 19 au soit, sans eau
courante, ni électricité, ni téléphone. Barèges avait été évacué.

A Lourdes, des protections préventives avaient été mises en place dès le lundi 17 juin mais le niveau de la crue, bien supérieur à celui de la crue d'octobre 2012, a mis à mal ces protections qui n'ont eu pour effet que de retarder l'inondation. Les hôtels et commerces bordant la rue du Paradis ont été durement touchés. L'avenue du Paradis borde le gave en rive droite avec un muret de protection d'environ 1 mètre de hauteur. Ce muret n'est pas continu puisqu'il s'arrête un peu avant le pont vieux, laissant tout le loisir au gave d'entrer dans la rue par ce point faible. D'autre part, avant le débordement par dessus ce muret, le niveau de l'eau du gave est au dessus du niveau de la rue (le muret agit comme une digue). Aussi, il est nécessaire que l'eau ne remonte pas par le réseau "d'égoût", ce qui implique de mettre des clapets anti-retour au niveau des sorties dans le gave. Enfin, si le niveau du gave dépasse celui du muret, l'eau entre dans une cuvette dont le point bas se situe au pied des bâtiments qui bordent l'avenue. Il en résulte que c'est au rez-de-chaussée des bâtimens que la hauteur d'eau est la plus forte.

Aux Sanctuaires, l'eau et la boue ont tout envahi. La basilique souterraine épargnée de peu en octobre 2012 a cette fois baigné dans l'eau.

Le trafic ferroviaire a été interrompu entre Lourdes et Pau, le gave ayant emporté le remblai sur 50 mètres au pont d’Igon à Coarraze. Après de lourds travaux, le trafic ferroviaire n'a pu reprendre que le 8 août. Ci-dessous quelques photos en provenance des journaux Sud-Ouest et la République des Pyrénées.

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Entre Argelès et Lourdes, la 2x2 voies de la RD821 a été inondée entre la bretelle d'accès à Agos-Vidalos (le passage inférieure de la bretelle sous la RD821 était noyé) et le tunnel qui passe sous la tour de Vidalos : il est d'ailleurs étonnant que cette 4 voies ait été inondée. Construite dans le lit majeur du gave en ??? et parfois très (trop ?) proche du lit, itinéraire structurant de la vallée des gaves, elle devrait être hors d'eau jusqu'à la crue centennale : erreur de calcul, crue centennale en 2013 ou autre choix de mise hors d'eau, le mystère reste entier.

En amont d'Argelès, une pisciculture a été noyée, à priori par le gave d'Azun. Le centre aquatique du Saillet a également souffert.

En amont de Pierrefitte, la route d'accès à Luz (RD921) a été coupée par le gave de Gavarnie, de même que la RD13 menant à Villelongue au niveau du giratoire commun à ces deux routes.

Evacuations

Pierrefitte-Nestalas : 45 personnes évacuées dans le quartier la Lanne (avenue Leclerc, rue Boileau) qui borde le gave de Cauterêt en rive gauche. le gave  rompu la digue de protection.

Adast : 35 personnes évacuées, notamment le chemin du Comté au lieu dit "Les Rôtures". La voie verte qui emprunte l'ancien tracé de la voie ferrée, pourtant en remblai a été submergée en quelques points,

Garonne amont

450 personnes évacuées à Saint-Béat.

Nestes

A Arreau, la place de l’Arbizon (où trône la halle) a été inondée et les réseaux (eau, électricité, assainissement) sont endommagés;

Sir la RD76, le pont de Saint-Laurent-de-Neste est détruit (cf. photo de la une de la Dépêche), coupant la liaison routière avec les villages d'Aventignan et Mazères.

La presse locale

Commençons pas la Dépêche du Midi avec les éditions de Toulouse et des Hautes-Pyrénées.

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