I. Présentation du bassin versant du Dourdou (et de la Sorgue)

I.1 Le Dourdou

Le Dourdou prend sa source à 1 100 m sur les pentes du versant nord des Monts de l'Espinousse, tout près du sommet éponyme, battu par les vents qu'exploitent de nombreuses éoliennes (cf. extrait du Géoportail® ci-dessous).

Source_Dourdou

P1070545    P1070546

La source au pied d'un chemin forestier -               alignement d'éoliennes au lieu dit "les Essartasses"

L'amont du bassin versant du Dourdou est entouré des bassins de la Mare à l'Est, de l'Agoût au Sud et de la Vèbre à l'ouest.

Sur sa partie amont, le cours d'eau fait la frontière entre les départements du Tarn et de l'Hérault. Puis le Dourdou coule quelques km dans le département du Tarn avant d'entrer à Arnac-sur-Dourdou dans le département de l'Aveyron qu'il ne quittera plus. Il sort des gorges entre Brusque et Fayet où la taille de son bassin passe de 90 à 205 km² avec l'apport de son affluent la Nuéjouls, elle-même grossie du Cabot qui passe au pied de l'abbaye de Sylvanès. A Brusque le pont routier possède deux marques à la peinture des crues de 1930 et 1982 (en novembre 2014, le niveau atteint fut inférieur à 1930 dixit le patron du café en rive droite du pont).rande

P1070556

Il arrose ensuite Camarès, célèbre pour son rougier qui colore la rivière lors de ses crues.

P1070427

pont vieux de Camarès (vu de l'amont)

P1070430

pont de la RD10 à Camarès (vu de l'amont)

P1060888    P1070433

seuil sur le Dourdou en amont du village de Camarès (4 jours après la crue du 28/11/2014 à gauche ; au printemps 2015 à droite)

A partir de Camarès, le Dourdou entre dans une plaine qui se rétrécit entre Montlaur et Vabres-l'Abbaye. A l'aval de cette dernière commune, le Dourdou reçoit les eaux de la Sorgues et double une seconde fois la surface de son bassin versant (375 à 685 km²). Une bonne vingtaine de km plus loin, le Dourdou se jette dans le Tarn après un parcours de 87 km. Il ajoute 800 km² (791 exactement) au bassin versant du Tarn qui passe alors de 2800 à 3600 km² après la confluence.

I.2 La Sorgue

La Sorgues naît d'une exsurgence au pied du plateau de Guilhaumard dans le Larzac, près du village de Cornus.

P1070565

Elle s'écoule vers l'ouest dans une vallée plus ou moins encaissée. Elle passe au pied de plusieurs villages : Fondamente où elle est franchie par la voie ferrée Millau-Béziers, St-Maurice de Sorgues, Latour, St-Félix-de-Sorgues et Versols. Puis elle traverse Saint-Affrique avec plusieurs ouvrages de franchissement par des infrastrutures de transport : d'amont en aval, le pont du chemin de fer (1932 ; voie ferrée reliant Saint-Juery dans la vallée du Tarn mais jamais ouverte, à l'inverse de la voie vers Tournemire permettant de rejoindre Millau qui fut fermée aux voyageurs en 1938 et aux marchandises en 1991), le pont du centenaire (datant de 1889, cent ans après la révolution), le pont-vieux (fin XIIIè s.), le pont neuf (fin XVIIIè s.) et le pont de la Résistance (RD54) en périphérie.

P1070572

pont du Centenaire (vue de l'amont)

P1070575

pont Vieux (vue de l'amont)

P1070463

pont neuf (vue de l'amont)

P1070579

pont de la Résistance (vu de l'aval)

La Sorgues rejoint enfin le Dourdou sur la commune de Vabres à l'aval de Saint-Affrique après un parcours de 46 km, pour une surface topographique de bassin de 310 km² (le bassin karstique en amont laisse présager que le bassin est plus grand avec des écoulements souterrains sous le Causse).

BV_Dourdou

carte du bassin versant du Dourdou sur fond google plan (en magenta les limites des bassins versants ; en noir les limites départementales)

Les deux bassins versants (Dourdou et Sorgue) avant leur confluence n'ont pas la même orientation : Sud-Nord pour le premier, Est-Ouest pour le second. Aussi, et même si les têtes amont du bassin (les crêtes) ne sont distantes que de 30 km, c'est suffisant pour que les phénomènes météorologiques à l'origine des crues ne touchent pas forcément les deux bassins en même temps ou plus exactement avec la même intensité.

Les deux bassins ayant leur crête communes avec le bassin de l'Orb et de son affluent la Mare, il est fréquent que ces 4 cours d'eau se trouvent en crue lors du même épisode pluvieux.

 

II. Histoire des crues

II.1 Sources des données

Les données qui suivent sont issues de recherche dans :

  • la presse quotidienne régionale (La Dépêche du Midi ; Midi Libre),
  • le site pluies extremes de Météo France,
  • les données de la Banque Hydro,
  • la note accompagnant le PPRi local (sur le site de la préfecture de l'Aveyron)
  • quelques documents anciens signés Maurice Pardé (notamment Les crues languedociennes en décembre 1953 In: Annales de Géographie. 1956, t. 65, n°348).

 

II.2 Climatologie du bassin du Dourdou

Le bassin du Dourdou est situé au Sud-Est du département de l'Aveyron, imbriqué entre le Nord-Ouest de l'Hérault (Haut-Languedoc) et le Nord-Est du Tarn. Il est un peu à la frontière des grands Causses situés à peine plus à l'Est et du Haut-Languedoc.

Le climat est plutôt soumis à une influence méditerranéenne. En effet l'influence océanique venant de l'ouest est très atténuée par les contrées du Ségala et du Lévézou, vastes plateaux situées au Nord-Ouest du Dourdou et assez haut en altitude (800 à 1200 m). Les perturbations atlantiques arrivent atténuées sur le Saint-Affricain. A l'inverse, les remontées méditerranéennes débordent régulièrement le bassin du Dourdou, principalement sur les 4 derniers mois de l'année quand la mer est bien chaude. Il arrive que ces phénomènes pluvieux venant de Méditerranée, communément et parfois appelés à tort épisodes cevennols, se produisent en hiver (mars 1930 en est le plus bel exemple), voire au début du printemps. Les abats d'eau peuvent alors être importants - plusieurs centaines de mm ou de litres au m² - et ils se produisent le plus souvent en un ou deux jours. Plus l'intensité horaire des précipitations est forte et plus les cours d'eau réagissent rapidement.

Aussi, les moyennes annuelles et mensuelles de précipitations n'ont-elles pas grand sens car il peut très bien pleuvoir en 1 jour la pluie mensuelle ou le double.

 

II.3 Historique des pluies et des crues

Météo France fournit des informations assez détaillées sur les pluies depuis 1958, avec la possibilité de recherche des épisodes pluvieux significatifs sur une commune et ses alentours (jusqu'à 25 km autour). Le centre de gravité du bassin du Dourdou se trouve sur la commune de Saint-Félix-de-Sorgues. La recherche est donc faite dans un disque de 25 km de rayon centré sur cette commune, en se limitant pluies de plus de 200 mm relevés en un jour (de 6h TU le jour J à 6h TU le jour J+1). Ce cercle couvre l'intégralité du bassin du Dourdou mais aussi celui du Cernon (affluent du Tarn) et l'amont des bassins du Rance (idem), de la Vèbre (affluent de l'Agout), de l'Orb (fleuve méditerranéen) et son affluent la Mare.

La liste (à tabuler) ci-dessous donne les dates suivantes :

- 7/11/1962
- 31/10/1963
- 24/02/1964 : 208 mm à Castanet-le-Haut
- 1/10/1964
- 24/09/1965 : 213 mm à Roqueronde
- 25/09/1965 : 200 mm à Roqueronde
- 27/9/1966 : 280 mm à Castanet-le-Haut
- 18/10/1969 : 280 mm à Castanet-le-Haut ; 213 mm à Roqueronde
- 23/07/1971 : 211 mm à Castanet-le-Haut
- 16/01/1972 : 209 mm à Roqueronde
- 25/10/1979
- 20/09/1980 : 304 mm à Ceilhes et Rocozels ; 215 mm à Fondamente ; 246 mm à Avène ; 202 mm à La Cavallerie ;
- 7/11/1982 : 238 mm à Fondamente ; 285 mm à Fayet ; 263 mm à Castanet-le-Haut ; 392 mm à Roqueronde
- 4/12/1987 : 201 mm à Castanet-le-Haut
- 23/10/1990 : 229 mm à Roqueronde
- 21/091992 : 221 mm à Fondamente
- 26/09/1992 : 230 mm à Fondamente
- 22/09/1994
- 4/11/1994 : 205 mm à Fondamente
- 08/12/1995 : 218 mm à Castanet-le-Haut
- 16/12/1995 : 305 mm à Castanet-le-Haut ; 205 mm à Roqueronde
- 22/01/1996 : 222 mm à Castanet-le-Haut
- 14/10/1996 : 201 mm à Murat-sur-Vèbre
- 4/11/1997 : 336 mm à Castanet-le-Haut ; 210 mm à Roqueronde
- 16 et 17/12/1997 : 436 mm à Castanet-le-Haut (212 + 224)
- 3/05/1999
- 17/10/1999 : 270 mm à Murat-sur-Vèbre ; 200 mm à Roqueronde
- 12 et 13/11/1999 : 300 mm à Murat-sur-Vèbre le 12/11
- 9/10/2002
- 26/02/2003
- 29/4/2004 :
- 28/1/2006
- 3/1/2008
- 27/10/2011 : 248 mm à Castanet-le-Haut
- 03/11/2011
- 16/09/2014 : 230 mm à Roqueronde ; 220 mm à Castanet-le-Haut
- 28/11/2014 : 188 mm à Peux-et-Couffouleux ; 159 mm à Roqueronde

 [à remplacer par tableau par évènement + ajouter carte des stations pluviométriques]

Cette grosse double douzaines d'épisodes pluvieux significatifs n'a pas engendré à chaque fois une crue remarquable du Dourdou et/ou de la Sorgue (en gras les dates des crues remarquables). En effet, la quantité globale de pluie n'est pas le seul paramètre à l'origine d'une crue, loin s'en faut. Citons parmi les principaux paramètres :

  • l'intensité de la pluie : 100 mm d'eau tombés en 10 heures de pluie continue ne font pas réagir les cours d'eau de la même manière que si la même quantité tombe en 3 heures.
  • La répartition spatiale des pluies et leur évolution spatio-temporelle joue aussi un rôle : un épisode pluvieux qui avance dans l'axe d'une vallée (et encore plus s'il la suit d'amont en aval) sera plus pénalisant qu'un épisode pluvieux similaire en quantité qui avance transversalement à la vallée. Les remontées méditerranéennes avançant vers le Nord, le Nord-Ouest ou l'Ouest selon les flux d'altitude (eux-mêmes contraints par le positionnement du centre dépressionnaire), sont donc pénalisantes pour les 2 cours d'eau concernés mais peu fréquemment pour les deux en même temps étant donné l'orientation différente de leur vallée.
  • L'humidité des sols : plus les sols sont humides, plus leur faculté de ruisseler et de provoquer des crues sera forte. Il est récurrent que le premier épisode pluvieux remarquable de la saison (en septembre ou octobre) ne génère qu'une crue modérée, même s'il existe quelques exceptions (cf. catastrophe de Lamalou-les-Bains le 15/9/2014). Et que le second (en novembre ou décembre), parfois moindre en quantité, ait lieu sur des sols plus humides et une végétation qui a perdu ses feuilles.
  • L'occupation des sols : dans les zones rurales, les champs cultivés facilitent ou non le ruissellement en fonction de l'état des cultures : sols nus travaillés ou non (après les récoltes) ou à l'inverse, culture encore en place.
  • L'état de la végétation : sur des terrains et versants boisés, la présence ou non de feuilles aux arbres réduit ou non le ruissellement en surface.
  • la présence de karst, valable pour la Sorgue : les écoulements souterrains, qui dépendent de l'état de remplissage des réserves du sous-sol calcaire, peuvent être prépondérants. Et ils sont parfois seuillés, c'est-à-dire avec un fonctionnement en tout ou rien : jusqu'à une certaine quantité de pluie, les stocks souterrains se remplissent sans écoulements superficiels à travers des exsurgences ou résurgences. Et au delà d'une certaine quantité d'eau précipitée, le karst de vidange.

 

MARS 1930

Date bien connue dans le Sud-Ouest, notamment sur le bassin de l'Agoût et du Tarn moyen et aval.

La carte ci-dessous (Source : http://pluiesextremes.meteo.fr ; extrait de la carte des précipitations en 4 jours du 28/02 au 03/03/1930 - édition du 11/08/2011) montre que le bassin du Dourdou (avec plus de 300 mm) a été plus touché que celui de la Sorgue (entre 100 et 250 mm).

Dourdou_pluie-1930

Du reste, on retrouve une marque de cette crue gravée dans la pierre d'une pile du pont vieux de Camarès (photo ci-dessous).

P1060883

AVRIL 1931

Rien de trouvé dans les archives (très courtes recherches) mais au regard de l'épisode météo de début avril 1931 à l'origine d'une crue de l'Orb, il est probable que l'amont du Dourdou ait également été concerné par cet épisode pluvieux.

 

DECEMBRE 1953

La carte ci-dessous (Source : http://pluiesextremes.meteo.fr ; extrait de la carte des précipitations en 3 jours du 6 au 9/12/1953 - édition du 17/07/2013) montre que le bassin de la Sorgue a reçu de 200 à 250 mm en moyenne; le Dourdou ne recevant ces quantités que sur l'extrême amont de son bassin.

Dourdou_pluie-1953

Saint-Affrique a été copieusement arrosé et la Sorgue a débordé, comme en témoigne cet extrait de la Dépêche du Midi du 8/12/1953 : "Après une dizaine de jours de vent du midi et de temps doux, des averses orageuses se sont abattues sur le saint-affricain et le sud du département : dans la journée de dimanche, elle ont pris un tel caractère de gravité que les services de sécurité ont dû être alertés en prévision d'inondations De dimanche 9 heures à lundi matin 5 heures, des averses orageuses se sont succédées sur la région. 117 mm ont été recueillis au pluviomètre et d'heure en heure, on a vu la Sorgue grossir, s'étendre, déborder et faire des ravages aux propriétés riveraines. [...] C'est vers 18h que les progrès de l'eau devinrent inquiétants. Les gens prudents avaient déménagé ce qui risquait d'être recouvert ou emporté par l'eau. [...] L'eau augmentait un peu moins peut-être qu'aux dernières inondations d'il y a une vingtaine d'années [Ndla : 1930 ou 1931 ?] mais elle a inondé les rives et provoqué des dommages importants. [...] L'eau avait encahi les bas quartiers au Traupont, à l'abattoir. [...] Les pompiers ont dû intervenir à la Miséricorde dont les sous-sols contenant des machines de chauffage central étaient inondées."

Dans son édition du 9/12/1953, le quotidien local indique : "Au Traupont et rue du Pont Neuf, l'équipe municipale a enlevé la vase qui atteignait l'épaisseur d'un mètre par endroit et empêchaient la circulation et l'ouverture des portes des garages, remises et caves."

Le Traupont est le quartier en rive gauche au niveau du pont vieux. Quant à la rue du Pont Neuf, elle n'existe plus aujourd'hui ! Sont-ce les boulevards de Verdun et de Gaulle ? Sont-ce les quais où s'étend aujourd'hui une aire de stationnement ?

A noter qu'une nouvelle crue s'est produite 2 jours plus tard dans la nuit du mardi 8 au mercredi 9/12/1953 avec une hauteur d'eau évaluée à un mètre de moins que la précédente dans l'ex sous-préfecture de l'Aveyron. L'édition de la Dépêche du 10/12/1953 nous rapporte "[qu'] à 22 heures, il a fallu procéder à l'évacuation du quartier des Cazes". La circulation est coupée sur les routes allant de Saint-Affrique à Bournac, à Millau, à Fondemente et à Vendeloves par Couat.

Pardé indique que le Dourdou a atteint 7,10 m le 6/12 et 6,65 m le 8/12 à Vabres-l'Abbaye contre 6,00 m en mars 1930 et 5,95 m en octobre 1933. Reste à bien positionner ce relevé : en amont de la confluence avec la Sorgue au niveau du pont de la RD999 (ex nationale), au niveau du pont de chemin de fer (aujourd'hui bretelle routière) ou en aval de la confluence avec la Sorgue ?

SEPTEMBRE 1980

Dourdou_pluie-1980_2j

(Source : http://pluiesextremes.meteo.fr ; extrait de la carte des précipitations en 2 jours du 20 au 22/09/1980 - édition du 08/08/2011)

Il s'agit d'un des plus forts épisodes pluvieux sur l'amont de la Sorgues. Au pont du hameau de Vendeloves (en amont de Saint-Affrique), on relève 4,14 m le 21/9 à 8h. à la station de mesure sur la Sorgues.

NOVEMBRE 1982

Dourdou_pluie-1982_2j

(Source : http://pluiesextremes.meteo.fr ; extrait de la carte des précipitations en 2 jours du 6 au 08/11/1982 - édition du 12/09/2012)

Là encore, nous avons affaire à un épisode pluvieux remarquable qui a également touché le Tarn amont qui a connu une crue remarquable, proche de celle de 1930. A la station hydrométrique de Vendeloves sur la Sorgues, on relève 4,21 m le 8/11 à 3h30 du matin. D'après la Dépêche du Midi (édition du 9 novembre), c'est le Dourdou qui a très fortement réagi, comme en attestent quelques repères de crue dans la vallée. A Vabres-l'Abbaye, "l'eau a envahi le rez-de-chaussée de dizaines de maisons au centre même du village (mairie, école, évéché, épicerie, café, boulangerie). La place de la mairie et les rues basses étaient entièrement inondées. C'est le quartier du pont vieux qui a le plus souffert. Le nouveau lotissement près du stade avait été envahi par les eaux dès le début d'après-midi de dimanche et la hauteur a atteint près de 1,20 m. [...] La route de Rial a été entièrement détruite sur une centaine de mètres et le pont de Rayssac totalement emportépar les eaux. Un autre pont à Montlaur a lui aussi été ébranlé et reste interdit à la circulation."

Face à ce descriptif, il ressort que la crue du Dourdou à Vabres a été plus forte qu'en novembre 2014 où les eaux ont bien débordé dans le lotissement près du stade mais n'ont que très peu inondé le centre ville.

 

SEPTEMBRE 1992

En septembre 1992, deux épisodes pluvieux se succèdent en quelques jours. Le premier a lieu le 21 au soir arrosant copieusement l'amont du bassin de la Sorgue avec 221 mm à Fondamente et 182 mm à St-Beaulize. L'amont du Dourdou reçoit moins de 100 mm. Cette première pluie à l'orée de l'automne va faire réagir faiblement la Sorgues mais surtout, elle va bien humidifier les sols, favorisant le ruissellement pour la pluie suivante 5 jours plus tard.

Dourdou_pluie-1992_0922-1j

(Source : http://pluiesextremes.meteo.fr ; extrait de la carte des précipitations en 1 jour du 21 au 22/09/1992 - édition du 02/08/2011)

 

Dourdou_pluie-1992_0927-1j

(Source : http://pluiesextremes.meteo.fr ; extrait de la carte des précipitations en 2 jours du 26 au 28/09/1992 - édition du 02/08/2011)

Trois jours plus tard, un autre épisode pluvieux intense est annoncé par Météo France (MF) à travers un bulletin spécial le vendredi 25 matin, relayé dans la presse quotidienne régionale le samedi 26 au matin : "les pluie s'intensifieront sur les régions méridionnales à l'ouest du Rhône en cours d'après-midi ou en soirée de samedi. [...] Les quantités de pluies par cumul jusqu'à dimanche matin seront généralement comprises entre 50 et 100 mm, mais pourront atteindre localement, voire dépasser 150 à 200 mm sur les versants méditerranéens des Pyrénées et des Cévennes [NdlA : le Dourdou et la Sorgues sont sur la bassin atlantique des Cévennes...]. Il faut noter que cette alerte de la part de MF intervient dans un contexte particulier : 3 jours avant, l'Ouvèze a fait plusieurs dizaines de victimes notamment à Vaison-la-Romaine.

Ce n'est pas le Sud de l'Aveyron qui sera le plus touché par les pluies mais la haute vallée de l'Aude (Rennes-les-Bains). Cependant, le bassin de la Sorgues et celui du Dourdou en amont de la Sorgues reçoivent plus de 100mm, dont plus de 150 mm sur leur moitié amont et même au delà de 200 mm à proximité de Fondamente (qui reçoit donc deux fois la même quantité de pluie à 5 jours d'intervalle). C'est au coeur de la nuit du samedi 26 au dimanche 27 que la Sorgues déborde franchement dans Saint-Affrique, provoquant d'énormes dégâts : quartier du Trépont, cité Valentin, caves et garages notamment sur les quais (6 véhicules détruits), supermarché Champion, abattoirs et zone industrielle des Cazes.

A la station hydrométrique de Vendeloves, on relève 5,02 m sur la Sorgues à 5h35 (TU ou TL), soit 80 cm de plus que 10 ans plus tôt.

Sur le Dourdou en aval de la confluence, 2 stations de mesure des hauteurs d'eau cohabitent lors de cette crue :

- au lieu dit "Le Poujol", on mesure 5,60 m à 7h00 (TL ou TU ?)

- au lieu dit "Bedos", quelques centaines de mètres en aval, on mesure 7,74 m à 9h23 (TL ou TU ?)

Les plus surprenant n'est pas forcément la différence de hauteur mais la différence temporelle entre les deux maxima. La différence de hauteur s'explique par une largeur de débordement différente (plus c'est large, moins ça monte) et peut-être aussi par un calage différent du zéro des échelles de mesure en basses eaux (le zéro est assez souvent la hauteur d'eau dans le lit mineur à l'étiage).

Du 26 au 28/9, on relève :

Dépt.CommuneLieu-ditAltitude
(en m)
Pluie
(en mm)
12 MONTLAUR MAS DE PRIVAT 345 125
12 LA CAVALERIE GENDARMERIE 790 174.3
12 SAINT-BEAULIZE BOURG 525 181.1
12 FONDAMENTE ANTIGNES 510 234
34 FRAISSE-SUR-AGOUT LE CAPSAN COL DU TRIBY 850 143.7
34 CAMBON-ET-SALVERGUES MAS BELBONNE 906 157.5
34 LA SALVETAT-SUR-AGOUT BARRI CAMPEMARE 693 158.3
34 JONCELS BOURG 390 163
34 LUNAS LA CHAPELLE 294 174
34 ROQUEREDONDE RTE DE LODEVE 685 183.8
34 CASTANET-LE-HAUT LE PERAS 629 195.5
34 HEREPIAN AV DE L'ESPINOUSE 192 216
34 LE BOUSQUET-D'ORB CAZILHAC 278 219.4
34 BEDARIEUX AERODROME 373 220
34 SAINT-GERVAIS-SUR-MARE GEND. 320 222
81 LACAUNE ANCIENNE GARE 802 128.6
81 MURAT-SUR-VEBRE CAMPARNAU 975 188

 

DECEMBRE 1996

à suivre

OCTOBRE et NOVEMBRE 1999

à suivre

DECEMBRE 2003

à suivre

 

III. La crue de septembre 2014

En cette fin d'été, un épisode cévenol, premier d'une longue série en ce dernier quadrimestre 2014, va toucher l'Hérault et le Sud de l'Aveyron. Cet épisode restera tristement célèbre pour les décès de plusieurs personnes à Lamalou-les-Bains, suite à la rupture d'un embacle provoquant une vague sur le camping.

Sur le bassin du Dourdou, c'est la Sorgue (?) qui est la plus touchée. On relève (source Météo France) les quantités suivantes du 16/9 6h au 18/9 6h :

Dépt.CommuneLieu-ditAltitude
(en m)
Pluie
(en mm)
12 SAINT-AFFRIQUE COLLEGE AGRICOLE 365 86
12 PEUX-ET-COUFFOULEUX LA BORIE SAINT MEEN 830 127.8
12 SAINT-BEAULIZE BOURG 525 131
12 CORNUS PREVINQUIERES 718 140
12 LA CAVALERIE GENDARMERIE 790 141
12 LA CAVALERIE AERODROME 795 153.8
12 BRUSQUE LA TABAREDE 858 179
34 LES AIRES LA GARENE 190 171
34 CAMBON-ET-SALVERGUES MAS BELBONNE 906 219
34 CASTANET-LE-HAUT LE PERAS 629 248
34 PEZENES-LES-MINES MAS BOUSQUET 389 265
34 CASTANET-LE-HAUT   424 283.2
34 BEDARIEUX AERODROME 373 295.6
34 LUNAS LA CHAPELLE 294 316
34 ROQUEREDONDE RTE DE LODEVE 685 316
34 LES PLANS LA QUILLE 844 360
34 LE BOUSQUET-D'ORB CAZILHAC 278 383.9
34 SAINT-GERVAIS-SUR-MARE GEND. 320 503.7
81 MURAT-SUR-VEBRE LA SERRE 1022 149.4

 

Dourdou_pluie-2014-09_4j

 (Source : http://pluiesextremes.meteo.fr ; extrait de la carte des précipitations en 4 jours du 16 au 20/09/2014 - édition du 16/02/2015)

Dourdou-Vabres_2014-09

Ci-dessus, le Dourdou à l'aval du pont de Vabres

 

IV. La crue de novembre 2014

Sur 2 jours consécutifs (du 27 6h au 29/11/2014 6h), on relève :

12 MONTLAUR LADRECH 374 95.3
12 LA CAVALERIE AERODROME 795 112.6
12 LA CAVALERIE GENDARMERIE 790 113
12 BELMONT-SUR-RANCE LIMOU 410 119
12 MONTLAUR MAS DE PRIVAT 345 120
12 SAINT-AFFRIQUE COLLEGE AGRICOLE 365 146
12 BELMONT-SUR-RANCE LE CLAPAYROL GEND. 500 147
12 CORNUS PREVINQUIERES 718 148.2
12 BRUSQUE LA TABAREDE 858 198.9
12 PEUX-ET-COUFFOULEUX LA BORIE SAINT MEEN 830 237.7
34 CAMBON-ET-SALVERGUES MAS BELBONNE 906 170
34 LES PLANS LA QUILLE 844 178.9
34 CASTANET-LE-HAUT LE PERAS 629 181
34 CASTANET-LE-HAUT   424 194.1
34 SAINT-GERVAIS-SUR-MARE GEND. 320 195.5
34 PEZENES-LES-MINES MAS BOUSQUET 389 199
34 LES AIRES LA GARENE 190 210
34 BEDARIEUX AERODROME 373 212.4
34 LA SALVETAT-SUR-AGOUT BARRI CAMPEMARE 693 215.5
34 ROQUEREDONDE RTE DE LODEVE 685 259
34 LE BOUSQUET-D'ORB CAZILHAC 278 265
34 LUNAS LA CHAPELLE 294 270.2
81 LACAUNE ANCIENNE GARE 802 156.5
81 MURAT-SUR-VEBRE LA SERRE 1022 157.5

 

Dourdou_pluie-2014_4j

(Source : http://pluiesextremes.meteo.fr ; extrait de la carte des précipitations en 4 jours du 27/11 au 01/12/2014 - édition du 16/02/2015)

 

V. Évolution de l'urbanisation

L'évolution de l'urbanisation dans une plaine inondable est toujours riche d'enseignements en matière d'inondation. Le cas de Saint-Affrique et de l'aval immédiat de son centre ancien est un exemple typique d'une augmentation déraisonnée de la vulnérabilité dans le champ majeur d'une rivière, c'est-à-dire où ont lieu les débordements. Pour faire simple, la zone inondable est délimitée au nord par la RD54 et au sud par la RD999.

L'IGN via le Géoportail® met à disposition du public ses clichés aériens historiques, facilitant ainsi l'analyse diachronique de l'occupation des sols.

Commençons par la vue de 1948, soit juste après la fin de la seconde guerre mondiale.

St-Affrique1948c

On distingue le centre historique (ellipse noire) en rive droite de la Sorgue et son principal faubourg en rive gauche, devenu au fil des temps un quartier à part entière (rectangle marron).

Toute la rive droite en aval du centre ancien (dans le rectangle rouge au nord de la Sorgue) est cultivée : cette zone est en surplomb de la rivière et rarement inondable.

Le secteur entre la gare et la Sorgue (ellipse verte) est encore à l'état naturel. Il en va de même pour la quasi-intégralité de la rive gauche à l'aval de l'urbanisation (rectangle bleu). A l'inverse du rectangle rouge, ces zones sont totalement ou partiellement en zones inondables.

L'évolution de l'urbanisation de Saint-Affrique en 60 ans avec une image tous les 10 ans environ va témoigner du choix d'urbanisation suivant :

- les zones à usage d'habitation avec notamment des pavillons vont se développer quasi exclusivement en rive droite, essentiellement hors zones inondables

- les zones d'équipements publics (hôpital, établissements scolaires, gendarmerie), artisanaux et commerciaux vont se développer en zones inondables parfois à proximité immédiate du cours d'eau.

Ce choix d'aménagement ne sera jamais remis en cause malgré quatre crues débordantes (la dernière en novembre 2014) dont deux se sont produites avec une urbanisation marginale (décembre 1953) ou très inaboutie (novembre 1982). On ne pouvait donc ignorer le risque encouru à construire dans ces zones.

St-Affrique_1956

En 1956 (ci-dessus), les premiers lotissements voient le jour en rive droite au nord du méandre de la Sorgue.

St-Affrique_1965

En 1965 (ci-dessus), l'hôpital de Saint-Affrique (en bleu) s'étend au pire emplacement : à quelques mètres de la rivière en rive gauche au niveau d'un coude vers la droite de la rivière. Si la rivière sort de son lit, elle tirera tout droit et viendra taper dans les bâtiments. A la sortie de Saint-Affrique vers Albi, on a construit un groupe scolaire (cerclé en orange). L'urbanisation se poursuit au nord-ouest (en rouge).

 St-Affrique_1978

En 1978 (ci-dessus), on a construit à côté de l'hôpital un nouveau pont sur la Sorgue (orienté sud-nord) pour faciliter les déplacements entre les deux rives. La zone pavillonaire (rectangle rouge) continue de s'urbaniser. Le quartier près de l'école (en orange) s'est bien construit, notamment en bordure de rivière.

 St-Affrique_1985

En 1985 (ci-dessus), l'hôpital s'est doté de nouveaux bâtiments et plus à l'ouest l'intérieur du méandre (rectangle bleu) est maintenant bien urbanisé. Pourtant, il ne fait aucun doute que la crue de 1982 a inondé ce secteur. La zone du rectangle rouge est de plus en plus urbanisée. Il reste encore quelques champs vers l'aval. On remarquera que la rive droite en aval (extémité gauche de la photo) a également fait l'objet de constructions. Au sud de la ville (cercle vert), c'est également bien construit.

St-Affrique_1992

En 1992 (ci-dessus), on a ajouté un supermarché (carré bleu) à la place des champs qui ont sûrement été inondés en septembre 1992. La zone du rectangle rouge est quasiment toute urbanisée, comme la orange et la verte.

St-Affrique_2003

En 2003 (ci-dessus) et en 2014 (ci-dessous), la zone est intégralement ou presque urbanisée. c'est vers l'aval que la ville va poursuivre son extension sur les 20 dernières années.

St-Affrique_2015

Le zonage du Plan de Prévention des Risques d'inondation datant du début des années 2000 est présenté en dernière image (source MiPygeo) pour finir avec :

- les zones rouges inconstructibles

- les zones bleues constructibles sous conditions avec en théorie moins de 50 cm d'eau

St-Affrique_PPri

Ce zonage devait être revu et les inondations de novembre 2014, très proches de celles de 1953, seront une bonne source pour y parvenir. Il sera notamment intéressant de voir comment sera classée la zone du supermarché Carrefour Market. Si le bas du parking proche de la Sorgue est légitimement en zone rouge, on peut s'étonner que le magasin soit en zone bleue alors qu'il y a eu 1,6 m d'eau en novembre 2014 avec une destruction totale. La reconstruction a pris 3,5 mois avec une réouverture le 10 mars 2015.

Certes, ce supermarché semble important en matière de chalandise et d'activité (un peu plus de 60 emplois directs). Mais peut-on accepter qu'un établissement de ce type soit en zone inondable ? Peut-on accepter au nom de la solidarité assurantielle de remettre à neuf intégralement ce commerce sans avoir repensé son emplacement ? En dehors des bureaux surélevés, quelles précautions ont été prises pour limiter les conséquences de l'inévitable prochaine inondation ?