Quelques unes de la presse

La République du Centre, l'Yonne républicaine ou le Parisien

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Présentation du bassin versant du Loing

Le Loing

Le Loing (4 220 km²) prend sa source à Sainte-Colombe-sur-Loing sur les collines sablo-argileuses de la Puisaye dans le sud-ouest de l'Yonne (320 m d'altitude).

Il traverse Saint-Farjeau et Rogny-les-sept-écluses où il croise le canal de Briare qui emprunte ensuite sa vallée jusqu'à la Seine. Il entre alors dans le département du Loiret. A Montbouy (célèbre pour ses ruines d'amphithéâtre et de bains romains), il est rejoint par l'Aveyron (108 km²) en rive droite. A Conflans-sur-Loing, un peu avant l'agglomération de Montargis - sous-préfecture du Loiret -, il conflue avec l'Ouanne (890 km²), son plus gros affluent (de rive droite) dont le bassin est d'ailleurs supérieur à celui du Loing (600 km²). Dans Montargis, il conflue avec le Puiseaux (245 km²), affluent de rive gauche. A Châlette-sur-Loing, c'est la Bezonde (510 km²) qui rejoint le Loing par un système complexe de déversoir et d'écluse, le canal d'Orléans empruntant le cours inférieur de la Bezonde. Un peu avant son entrée en Seine-et-Marne, le Loing conflue avec la Cléry (280 km²). Faisant limite départementale entre le 45 et le 77, le Loing est rejoint par le Fusain (460 km²). Après son entrée dans le département de la Seine-et-Marne, il traverse Nemours. Ses deux derniers affluents en rive droite - le Lunain (220 km²) et l'Orvanne (300 km²) - le rencontrent avant qu'il ne se jette dans la Seine (dont le bassin dépasse les 21 000 km² à la confluence) à Saint-Mammès après un parcours de 140 km.

 

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En rouge, les contours du bassin du Loing et de ses deux principaux affluents (Ouanne au sud-est et Bezonde à l'est).

L'Ouanne

L'Ouanne est le principal affluent du Loing en rive droite (890 km²). Elle prend naissance sur la commune éponyme, également sur les collines de la Puisaye et à 15 km au nord-est de la source du Loing. Elle coule dans une vallée très rurale où les seules communes notables traversées sont Toucy, Charny et Château-Renard.

Les documents de prévention

Les deux cours d'eau sont couverts par un plan de prévention des inondations (PPRi).

Débit centennal du Loing à l'amont de Montargis (juste après la confluence avec l'Ouanne) : 270 m3/s

Débit centennal du Loing à l'aval de Montargis (après la confluence avec la Bezonde) : 380 m3/s

 à compléter

 

Les crues historiques

Janvier 1910

Comme sur la majorité des cours d'eau du bassin parisien, c'est la crue de janvier 1910 qui est la crue de référence sur les 150 dernières années au moins. Les hauteurs relevées au droit des stations de mesure sont les suivantes :

Chateau-Renard (Ouanne) : 2,15 m

Montbouy (Loing amont) : 1,85 m

Montargis (Loing aval) : 3,16 m

Châlette (Loing aval) : 2,73 m

Nemours (Loing aval) : 4,25 m

Janvier 1982

Deuxième crue la plus marquante sur le bassin, également dernière grande crue de la Seine, elle fait suite à un automne très pluvieux. On a relevé :

Toucy (Ouanne) : 3,00 m le 9 janvier à 05h

Charny (Ouanne) : 2,33 m le 9 janvier à 16h

Chateau-Renard (Ouanne) : 2,05 m

Montbouy (Loing amont) : 1,48 m le 9 janvier à 13h

Montargis (Loing aval) : 2,68 m (205 m3/s)

Châlette (Loing aval) : pas de donnée hauteur (350 m3/s)

Épisy (Loing aval) : 3,68 le 11 janvier

 

Mai 2005

Sans avoir un caractère historique, c'est la dernière montée des eaux marquante à l'échelle du bassin. On a relevé :

Toucy (Ouanne) : 1,96 m le 1er mai à 19h

Charny (Ouanne) : 1,89 m le 2 mai à 19h

Chateau-Renard (Ouanne) : 1,26 m le 3 mai à 20h

Gy-les-Nonains (Ouanne) : 1,96 m le 4 mai à 1h

Saint-Martin des Champs (Loing amont) : 0,99 m le 3 mai à 22h

Montbouy (Loing amont) : 1,38 m le 3 mai à 15h

Montargis (Loing aval) : 1,77 m le 4 mai à 13h

Châlette (Loing aval) : 2,25 m le 4 mai à 15h

Épisy (Loing aval) : 2,81 m le 5 mai à 23h

 

La crue de mai-juin 2016

La vigilance météo

Tout commence le lundi 30 mai à 16h avec une vigilance orange pour 26 départements des Hauts-de-France au Centre : de fortes précipitations sont prévues.

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A 19h30, si la vigilance orange ne change pas, elle concerne aussi les crues du Loing pour les départements 45 et 77 : le texte en encart à droite de la carte l'indique et il faut passer la souris sur les départements concernés pour le savoir.

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Le mardi 31 mai à 12h, la vigilance rouge est mise sur le Loiret à cause de la crue du Loing. 6 départements restent en vigilance orange pour les pluies et 2 le sont pour le crues.

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A 16h, le Loiret reste en rouge pour les seules inondations avec la fin des fortes précipitations (notez le changement de pictogramme des départements 41 et 45).

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Le 1er juin à 8h, le département 77 est mis en rouge pour les inondations du Loing sur sa partie aval.

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Jeudi 2 juin à 6h, l'Essonne se colore de orange pour les inondations, suite à la mise en vigilance orange du tronçon Seine moyenne côté vigicrues.

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A 10h, Vigicrues lève la vigilance rouge sur le Loing amont : le département 45 passe du rouge à l'orange.

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A 16h, Vigicrues place le tronçon "Seine à Paris" en orange et l'Île de France devient toute orange pour les inondations, seul le 77 restant rouge.

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Vendredi 3 juin à 10h, le 77 n'est plus en rouge et toute la région parisienne est en orange pour les crues, comme les départements du Centre arrosés par le Cher.

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Samedi 4 juin à 10h, la Seine à l'aval de la région parisienne est en orange sur vigicrues et donne du orange inondation sur les départements 27 et 76. Le département du Loiret revient en jaune alors que la décrue est maintenant bien marquée sur l'amont du Loing.

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Samedi 4 juin à 20h, la Seine aval (soumise à l'influence des marées) est en rouge sur vigicrues sur décision coordonnée de la Ministre de l'Environnement (qui a vécu Xynthia, rappelle-t-elle !) et de la préfète de région Haute Normandie => les départements 27 et 76 passent en rouge sur la carte de Météo France.

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Dimanche 5 juin à 8h, après la marée haute du petit matin et sur la base de débordements non catastrophiques, la Seine aval repasse en orange, comme les départements 27 et 76.

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Lundi 6 juin à 16h, très nette amélioration sur le front des crues en région parisienne puisque seul le 91 (pour la rivière Essonne) reste en orange inondation, avec les deux départements haut-normands concernés par la Seine aval en crue dont l'écoulement est contrarié aux hautes mers de coefficents élevés (proche de 100)

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Mercredi 8 juin à 10h : il n'y a plus de orange crue sur la carte, 9 jours après le début.

 

Les précipitations

Un hiver et un printemps assez pluvieux

A l'échelle du bassin du Loing, on relève en lame d'eau de bassin :

  • 61 mm en janvier
  • 72 mm en février
  • 60 mm en mars
  • 64 mm en avril
  • 189 mm en mai dont 98 mm du 28 au 30 mai

Si l'on excepte les 20 et 24 mai, il pleut tous les jours à partir du 18 mai sur le bassin du Loing.

28 au 31 mai : 4 jours de pluie intenses

Le vendredi 27 mai voit quelques lignes orageuses toucher le sud et le sud-est du bassin avec quelques mm.

Le samedi 28 mai, les orages touchent presque tout le bassin avec une lame d'eau moyenne de 20 mm : le nord du bassin est moins touché. Le sud du bassin (Ouanne, Loing amont et Bezonde) récolte plus de 30 mm.

Le dimanche 29 mai, les pluies orageuses touchent tout le bassin de manière homogène avec une lame d'eau moyenne de 25 mm et comprise entre 20 et 35 mm suivant les bassins.

Le lundi 30 mai, des pluies continues affectent le bassin toujours de manière assez homogène avec une lame d'eau moyenne de 45 mm, comprise entre 33 et 52 mm suivant les bassins des affluents. Le sud du bassin est un peu plus touché.

Le mardi 31 mai, ce sont encore 13 mm qui tombent sur le bassin entier de manière très homogène (entre 12 et 16 mm suivant les bassins).

Au total sur 4 jours  (28 au 31 mai), 103 mm de pluie tombent sur le bassin du Loing. En volume, cela représente environ 440 millions de m3 déversés sur le bassin, répartis ainsi :

  • Aveyron : 16 millions de m3
  • Loing amont : 54 Mm3
  • Ouanne : 95 Mm3
  • Puiseaux : 25 Mm3
  • Bezonde : 57 Mm3
  • Cléry : 30 Mm3
  • Fusain : 44 Mm3
  • Lunain : 22 Mm3
  • Orvanne : 26 Mm3
  • autres apports d'affluents plus modestes : 80 Mm3

Quelques valeurs des postes météorologiques

Valeur (mm)

  Commune Lieu-dit Alt. (m)
77 LES CHOUX ROUTE DE LANGESSE 148
63 NOGENT-SUR-VERNISSON LES BARRES 145

La carte ci-dessous représente les pluies tombées sur la majorité des bassins versants des cours d'eau du bassin de la Seine à Paris en 4 jours (du 28 au 31 mai). Dans l'attente d'une légende, plus le bleu est foncé, plus il a plu (>100 mm pour le ton bleu foncé, les zones blanches ont été arrosées).

Pluie bassin de la Seine à Paris du 28 au 31 mai 2016

A venir, zoom sur le bassin du Loing.

GMT v4.5.9 [64-bit] Document from psbasemap - 2016_05_30_1J.pdf

La vigilance crue

30 mai 19h30 : les deux tronçons du Loing passent en vigilance orange.

 

31 mai 12h30 : la partie amont du Loing et son affluent l'Ouanne sont mis en vigilance rouge.

 

31 mai 16h00 : le tronçon "boucles de la Seine", correspondant au linéaire de la Seine de la confluence de l'Oise jusqu'au barrage de Poses, est placé en vigilance jaune, à cause de la propagation de l'onde de crue venant de l'amont.

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1er juin 8h00 : le tronçon du Loing aval passe en vigilance rouge, colorant du même ton le département 77 sur la carte de vigilance de Météo France.

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2 juin 6h : le tronçon de la Seine moyenne passe en vigilance orange, colorant du même ton le département 91 sur la carte de vigilance de Météo France.


2 juin 10h : le tronçon "Loing amont - Ouanne" descend d'un niveau de vigilance, tombant au niveau orange, sans changement sur la carte de vigilance de Météo France (le tronçon Loing aval, encore en rouge, touchant aussi le département 45).

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2 juin 16h : le tronçon de la Seine à Paris passe en vigilance orange, colorant du même ton les départements du 75, de la petite couronne, du 78 et du 95 sur la carte de vigilance de Météo France.

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3 juin 10h : fin de la vigilance rouge du tronçon "Loing aval" : il ne subsiste que la vigilance orange pour les inondations sur la carte de vigilance de Météo France.

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4 juin 10h : Boucles de la Seine (à l'aval de la confluence avec l'Oise) en orange ; Loing amont en jaune

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4 juin 20h : la ministre de l'Environnement décide qu'il faut passer en rouge inondation sur la Seine aval. Ou comment la politique fait fi de l'analyse hydrologique des services du Ministère. France Inter dans sa matinale du 7 juin nous passe des extraits enregistrés en direct par les journalistes, des échanges entre la Ministre et ses directeurs de service. Édifiant !

Des orages en Seine-maritime ? ça ne vaut même pas une vigilance orange d'après le directeur de Météo France.

Des débordements gravissimes sur les rives de Seine à la marée du petit matin du 5 juin ? que nenni d'après le directeur Schapi, les prévisions sont plus d'un mètre sous le niveau qui déclencherait la vigilance rouge à Rouen (à noter que le niveau de la Seine à Rouen fut de 9,33 m lors de Xynthia, à rapprocher des 9,91 l lors de la tempête de Noël 1999 ; cf. annexe 3 du RIC).

Mais madame la ministre pense que le rouge, c'est mieux. Elle a vécu Xynthia, elle, pensez donc ! Ce qui soit dit en passant, n'a rien à voir avec le phénomène en cours. Qui plus, est, c'est une spécialiste des débordements (par forcément dans le sens de la situation en cours).

Par cet excès de zèle ou de pouvoir, digne d'une monarchie anté 1789 dont elle porte fort bien le nom, elle décrédibilise le travail de ses services et banalise la vigilance orange (quel que soit l'aléa météo d'ailleurs), qui dans l'esprit de beaucoup de gens et à tort, ne mérite pas trop d'attention.


 

5 juin 8h : la marée haute est passée dans les derniers méandres de la Seine, les dégâts sont restés limités (comme les experts l'avaient prédits), la vigilance rouge peut repasser à l'orange.


6 juin 16h : l'amélioration est plus franche sur le front des inondations. Le niveau de la Seine a bien baissé. Seuls la Seine aval en Normandie reste en orange. Le tronçon "Seine moyenne" en région parisienne est maintenu en orange également mais de manière "forcée", pour indiquer la crue de l'Essonne en cours.

samedi 12 juin : tout est revenu au vert.

 

De difficiles prévisions de hauteurs d'eau de la Seine à Paris

En mars 2016, Paris et quelques communes voisines avaient mis en place un exercice d'une douzaine de jours, baptisé Sequana, simulant une montée importante (mais lente) des eaux en région parisienne, inférieure d'un bon mètre à la crue de 1910.

La crue de 1910, comme celles de 1982 et de 1955 résultent toutes les trois d'un scénario météorologique similaire : de longues périodes pluvieuses successives entre l'automne et l'hiver, saturant les sols et finissant par provoquer une crue majeure de la Seine et de ses affluents. Ce type de crues présente de multiples avantages pour la préparation et la gestion de crise :

  • elles se forment en amont du bassin sur les 4 branches principales (Yonne, Seine, Aube et Marne), mettant plus d'une semaine à arriver en région parisienne : on a donc le temps de les voir venir
  • en corollaire du point précédent, les ondes de crue avancent relativement lentement vers l'aval et passent en de nombreux points de mesure des hauteurs d'eau et de débit, permettant là encore de vérifier les débits venant de l'amont
  • si on excepte l'Yonne et son petit barrage de Pannecières situé très (trop) en amont du bassin (il capte 5% des écoulements du bassin de l'Yonne), les débits de crue peuvent être en partie dérivés vers les lacs-réservoirs de Champagne, qui sont "vides" en hiver : on peut donc écrêter la crue, voire la retarder et éviter les concomitances des pointes de crue sur les différentes branches, notamment Seine-Aube, Seine-Yonne puis Seine-Marne
  • les débits les plus forts proviennent de l'amont des grands bassins (Seine + Aube + Yonne d'un côté et Marne de l'autre) et le renforcement de la crue par les petits affluents de la région parisienne ou aux portes de celle-ci sont modestes, sans être négligeables pour autant.

Pour la crue atypique que l'on vient de vivre en cette fin de printemps 2016, tout ce beau scénario, que je qualifierais de classique plutôt que de théorique, s'est trouvé totalement remis en cause. Et a pris beaucuop de monde au dépourvu, notamment le service de prévision des crues de la Seine. En effet, ce sont les affluents de la région parisienne et de l'extrême ouest de la Bourgogne et de la Champagne qui ont apporté le gros des débits. Et comme il sont plus près de Paris que les sources des quatres grands cours d'eau du bassin de la Seine à Paris, la crue est arrivée plus rapidement.

Les prévisions du niveau de la Seine à Paris dans le détail.

Dans vigicrues, on trouve les prévisions sous forme de texte dans les bulletins au niveau des tronçons de rivières, ou sous forme de tableaux, ou encore sous forme d'images exportées d'un graphique. Les prévisions ne sont pas actualisées à chaque émission d'un bulletin, ou du moins pas actualisées sur tous les tronçons, ce qui rend assez difficile le suivi des dites prévisions. Et les archives n'existant pas, impossible de retrouver les données d'un bulletin précédent, à moins de les demander via le formulaire qui va bien.

Sans garantie d'exhaustivité, ça donne ceci, en intégrant parfois le commentaire ou un extrait qui accompagne la prévision

  • lundi 30/05/2016 à 14h38 : "Les précipitations de ce début de semaine ont fait réagir l'ensemble du tronçon. Les ondes de crues, observée et à venir, sur l'ensemble des affluents vont converger vers le tronçon Seine à Paris et générer une hausse des niveaux pour les jours à venir. L'importance de l'onde de crue sera tributaire des précipitations réellement observées dans les prochaines 48h."

Une première prévision très qualitative !

  • lundi 30/05/2016 à 18:55 (passage en orange du Loing) : "[...] Le niveau sera à la hausse jusqu'à mercredi."

On reste dans le qualitatif mais avec une échéance trop proche au vu des éléments de connaissance existant (3 à 5 jours pour propager la crue du Loing).


  • mardi 31/05/2016 à 09:51 : "Le tronçon Seine à Paris est en hausse pour les jours à venir. Crue modérée de la Seine. Le niveau sera à la hausse au moins jusqu'à vendredi. Le niveau maximum à Paris Austerlitz pourrait être compris entre 4 m et 4.5 m vendredi."

Une nouvelle échéance du maximum - plus cohérente - est proposée, et un premier chiffrage de la hauteur prévue est annoncé. Connaissant la suite, cette première prévision chiffrée plus de 72h à l'avance est bien en dessous de la réalité.


  • mardi 31/05/2016 à 11:40 : "[...] Crue modérée de la Seine, qui n'aura pas d'autre conséquence que la fermeture des berges. [...] Les pluies en cours sont de nature à modifier ces prévisions qui seront actualisées dans la journée de mardi."

Un engagement (osé) sur les maigres conséquences de la crue mais on précise que le scénario peut évoluer (à la hausse mais ce n'est pas explicite) avec les pluies du jour.


  • mardi 31/05/2016 à 15:51 : "[...] Crue importante de la Seine. Le niveau sera à la hausse au moins jusqu'à vendredi. Les prévisions données ci−dessous sont incertaines en raison des pluies en cours et des incertitudes liées aux phénomènes rares en cours sur le bassin du Loing. Le niveau maximum à Paris Austerlitz pourrait être compris entre 4.7 m et 5.2 m vendredi."

La crue de la Seine passe de modérée à importante et la prévision grimpe de 70 cm en 6h.


  •  mercredi 01/06/2016 à 04:59 : "Le tronçon Seine à Paris est en hausse jusqu'à vendredi. Crue importante de la Seine. Le niveau sera à la hausse au moins jusqu'à vendredi. Les prévisions données ci−dessous sont incertaines en raison des incertitudes liées aux phénomènes rares en cours sur le bassin du Loing et des crues importantes des cours d'eau franciliens.A Paris Austerlitz, le niveau devrait dépasser 4.30 mercredi en début de matinée. Le maximum est attendu vendredi ; il devrait dépasser 5.20 et pourrait atteindre 5.60m. Le niveau de 5m pourrait être atteint d'ici mercredi soir."

Confirmation du maximum pour le vendredi mais la prévision monte encore de 50 cm (40 cm pour la fourchette haute). A noter des prévisions à des échéances plus courtes (mercredi en début de matinée et soirée).


  • mercredi 01/06/2016 à 07:24 : "[...] Le maximum est attendu en fin de semaine. Il pourrait dépasser 5.6 m."

La date du maximum ripe, à moins qu'il faille interprêter "fin de semaine" comme le vendredi. Et les prémices d'un maximum encore plus haut s'amorcent.


  • mercredi 01/06/2016 à 09:46 : " [...] A Paris Austerlitz, le niveau devrait dépasser 5 m jeudi. Le maximum est attendu en fin de semaine."

5h et deux prévisions plus tard, les 5 m sont décalés dans le temps et le maximum aussi.


  • mercredi 01/06/2016 à 15:51 : " [...] A Paris Austerlitz, le niveau maximum devrait être compris entre 4.9 m et 5.4 m et ne devrait pas dépasser 5.6 m. Il est attendu entre vendredi et samedi et devrait se maintenir quelques jours.

Les prévisions se font moins alarmistes même si on reste au conditionnel sur la valeur du maximum. On revient à un maximum le vendredi.


  •  jeudi 02/06/2016 à 08:57 : "Le tronçon Seine à Paris est en forte hausse ce jeudi. Crue importante de la Seine. La cote à Paris pourrait atteindre 5,6 m aujourd'hui. Le maximum à Paris est attendu vendredi, les prévisions chiffrées seront données à la prochaine actualisation du bulletin en milieu de journée."

En lisant entre les lignes, on sent poindre la panique ou le stress. Les 5,6 m prévus la veille comme un maximum dans la nuit de vendredi à samedi sont déjà tout proche ce jeudi. Il faut patienter pour avoir des prévisions.


  • jeudi 02/06/2016 à 14:44 : "[...] Le maximum à Paris est attendu demain entre 5.3 et 5.90 m"

Voilà la prévision, pas si dramatique mais quand même revue à la hausse et très imprécise : demain à quelle heure ?


  • vendredi 03/06/2016 à 06:10 : " [...] Le tronçon Seine à Paris est en forte hausse jusqu'à vendredi. Crue importante de la Seine. Le maximum à Paris est attendu à partir de vendredi après midi entre 5.7 et 6 m"

La prévision augmente encore un peu mais la fourchette d'incertitude se réduit (30 cm). Comme on est vendredi, voir écrit vendredi pour le maximum peut prêter à confusion. Est-ce aujourd'hui ou vendredi prochain ?


  • vendredi 03/06/2016 à 9h55 : "Le tronçon Seine à Paris est en hausse jusqu'à vendredi. Crue importante de la Seine. La hausse est due à la combinaison des apports provenant du Loing, de l'Yonne et également de la Marne qui a particulièrement réagi aux pluies de jeudi. En revanche, les apports des affluents de la Seine moyenne (Orge, Yerres...) sont en légère diminution. Le maximum qui sera atteint à Paris dépend de la concomittance de ces différents phénomènes en cours d'évolution, ce qui le rend difficile à estimer précisément. L'hypothèse la plus pessimiste pourrait générer un maximum de 6.2 m. Par conséquent,le maximum à Paris est attendu à partir de vendredi après midi entre 5.8 et 6.2 m."

Là encore, parler de vendredi (lire "ce vendredi") qui est le jour même déstabilise un poil. Malgré la situation complexe décrite, il reste étonnant qu'à quelques heures du maximum, il soit si difficile d'avoir des prévisions fiables.


  •  vendredi 03/06/2016 à 11h45 puis 12:36 (pour la prévision) : "Le tronçon Seine à Paris est en hausse jusqu'à vendredi. Crue importante de la Seine. ATTENTION : UN PROBLEME TECHNIQUE SUR LA STATION HYDROMETRIQUE DE PARIS AUSTERLITZ CONDUIT LA STATION A SOUS ESTIMER LA HAUTEUR OBSERVEE, PROBABLEMENT DEPUIS LE 02/06 23H. LES NIVEAUX CORRIGES / OBSERVES / PREVUS SERONT MIS A JOUR DANS LES BULLETINS VIGICRUES. LA COTE OBSERVEE A 12H EST DE 6M. La hausse est due à la combinaison des apports provenant du Loing, de l'Yonne et également de la Marne qui a particulièrement réagi aux pluies de jeudi. En revanche, les apports des affluents de la Seine moyenne (Orge, Yerres...) sont en légère diminution. Le maximum qui sera atteint à Paris dépend de la concomittance de ces différents phénomènes en cours d'évolution, ce qui, en plus des problèmes techniques rencontrés, le rend difficile à estimer précisément. A Paris, le maximum est attendu à partir de vendredi après-midi entre 6.1 m et 6.6 m. Cette précision pourra être affinée au cours de la journée."

La cata ! Le capteur qui mesure le débit et la hauteur d'eau au pont d'Austerlitz a merdé (on saura plus tard que les débrits flottants sont à l'origine du dysfonctionnement). La hauteur d'eau mesurée est sous-estimée (de près de 30 cm) et la prévision de même. Il est surprenant de la voir monter en flèche : + 50cm.


 

  • vendredi 03/06/2016 à 13h22 : même contenu de bulletin mais la prévision a disparu.

Et il faudra attendre 16h00 pour avoir une nouvelle prévision !


 

  • vendredi 03/06/2016 à 15h53 : "[...] LA COTE OBSERVEE A 15H EST DE 6,03M. [...] Le pic de crue sur Paris est prévu ce soir vers 6.3 m, voire 6.5 m dans des hypothèses plus défavorables. Il faut signaler qu'il s'agira d'un plateau plus que d'un pic, ce niveau haut devant rester relativement stable pendant tout le week end avant d'amorcer la décrue.
  • vendredi 03/06/2016 à 17h38: " [...] La valeur maximale prévue à Paris sera comprise entre 6,1 m et 6,4 m."

En fin d'après-midi, la prévision est revue à la baisse. A noter que ce sera la dernière et que le bulletin du SPC ne sera plus actualisé avant samedi matin....


 

  • samedi 04/06/2016 à 06h52 : "A Paris, e maximum a été atteint cette nuit à 6.10 m. Une légère baisse sera observée ce week−end."

Le commentaire est pour le moins laconique. Finalement, la Seine s'est arrêtée à 6,10 m, fourchette basse de la dernière prévision.

 

Pouvait-on faire mieux ?

Réponse à la normande : oui et non !

Quand on lit une présentation des services de l'État (service de prévision des crues et Météo France), datant de 2014 ou 2015 a priori, sur la survenue d'une crue exceptionnelle à Paris (qui n'en fut pas une en 2016), on s'aperçoit que le scénario hydrométéorologique que l'on vient de vivre n'est jamais pris en compte : plusieurs diapositives (la 11 notamment) ignorent même la climatologie de la région parisienne ; la crue de 1910 prise en exemple montre bien des précipitations très fortes sur l'amont des bassins sur laquelle l'attention s'est focalisée. Et seuls les graphiques des hauteurs d'eau de la Marne et de la Seine sont représentés sur 3 crues historiques (1910, 1955, 1982). Même les emprises inondées pour différentes hauteurs d'eau à Paris-Austerlitz sont tirées de l'hydrogramme de montée de la crue de 1910 : on a fait des arrêts sur images de l'inondation à différents moments de la crue de 1910 dans la configuration actuelle de l'occupation des sols et des protections.

Une diapo (n°39) informe des temps de propagations des crues à l'échelle du bassin de la Seine : on y voit que le Loing met 3 à 5 jours à rejoindre Paris et qu'il faut 2 jours aux affluents aval de la Marne pour en faire de même. On pouvait donc avoir dès lundi ou mardi, une première fenêtre de la date du maximum, même large.

La diapo n°64 indique qu'un modèle hydraulique (qui simule donc les écoulements dans les rivières) a été conçu à l'échelle du bassin pour la prévision des crues. Nommé Cassandre, on pourrait dire qu'il a mal porté son nom sur le dernier évennement. Bien évidemment, ce type de modèle est calé sur des événements historiques et il intègre d'autres données de fond comme les courbes de tarage aux stations de mesure, reliant hauteurs et débits. Malheureusement, la crue de juin 2016 étant atypique, sa simulation a peut-être été complexe voire mal prise en compte par le modèle. Qui plus est, les hauteurs d'eau sur le bassin du Loing notamment ont dépassé les niveaux historiques de 1910. Déduire les débits du maximum de la crue sur la base de hauteurs jamais observées (et vice versa, prévoir une hauteur d'eau sur la base d'un débit prévu estimé) n'a pas dû être aisé : une grosse incertitude a certainement existé sur les bassins qui ont vécu une crue historique. Mais une fois ces débits arrivés dans la Seine ou la Marne, qui elles, n'ont pas atteint des niveaux exceptionnels, il est plus difficilement compréhensible d'avoir eu ces flottements dans la prévision de la cote de la Seine à Paris. D'autant plus qu'en l'absence de volumes débordés importants en lit majeur de ces deux cours d'eau, la propagation de la crue se réduit à propager une crue dans un lit canalisé, ce que les équations de l'hydraulique font aisément.

http://www.prefecturedepolice.interieur.gouv.fr/Vous-aider/Prevention-des-risques/Quelques-exemples-de-crises/Scenarii-de-crues-de-la-Seine

 

Pourquoi une crue du Loing supérieure à 1910 et une crue de la Seine à Paris (bien) inférieure à 1910 ?

Ben oui pourquoi ?! Et bien pour deux raisons principales liées entre elles :

1) la pluviométrie à l'origine des crues : l'épisode pluvio-orageux qui a bien humidifié les sols puis l'épisode pluvieux qui a provoqué la forte montée des eaux, n'ont concerné que la partie disons médiane du bassin versant de la Seine. Les régions Île de France et Centre, et dans une moindre mesure le sud-ouest de la Bourgogne ont été très arrosées en 4 jours (du 28 au 31 mai), provoquant des crues historiques sur nombre de cours d'eau : grand et petit Morin, Loing et ses affluents, Orge, Yerres. L'Yonne et ses affluents ont réagi dans une moindre mesure. Quant aux bassins amont de la Seine et de la Marne en Bourgogne et Champagne, ils ont réagi très modéremment, du fait de pluies plus faibles.

2) au delà de la pluviométrie, c'est aussi la taille des bassins versants et la fraction de ceux les plus arrosés qui déterminent l'intensité d'une crue. A Paris, la Seine possède un bassin versant proche de 45 000 km². Si on enlève le bassin de la Marne hors IdF (~10 000 km²) et celui de la Seine en amont de l'Yonne (~10 000 km²) qui ont peu réagi, le bassin de l'Yonne (~10 000 km² ) qui a réagi modérement, il ne reste qu'un tiers du bassin de la Seine (~15 0000 km²) qui a réagi fortement aux précipitations.

 

 

à illustrer par carte des précipitations et des BV

Il faut noter que dans ce type de situation météorologique (retour d'est pluvieux), où les bassins amont sont peu touchés par les précipitations, les lacs-réservoirs de Champagne et de Bourgogne (sur fond bleu sur la carte ci-dessous) ne sont d'aucune utilité puisque les crues se forment en aval (bassin du Loing en rouge) et les débits ne transitent pas par les lacs. A noter également qu'à cette époque de l'année, les lacs sont quasiment pleins pour préparer la saison touristique estivale et ses loisirs nautiques. En langage politiquement correct, ils sont pleins fin juin pour assurer le soutien d'étiage en été, c'est-à-dire maintenir des débit un peu plus fort dans les rivières en rejetant de l'eau des lacs.

Remplis à 90%, ils n'auraient pas tenu leur rôle de rétention et d'écrêtement des crues. Pannecières sur l'Yonne a dépassé sa cote maximale de remplissage au cours de la crue, devant ensuite largué plus d'eau qu'il n'en arrivait pour faire baisser le niveau d'eau de la retenue du barrage. Il est donc heureux que le gros des précipitations ne soit pas passé plus à l'est. Sans quoi la crue similaire à 1910 sur la Seine à Paris dont la presse fait écho chaque année au coeur de l'hiver se serait produite à la fin de ce printemps.

BV_Seine_PAris

 

 

Polémiques ou encore comment nos "grands" élus participent à la désinformation

Polémique 1

Je n'ai pas encore épluché toute la presse (ce sera très long) mais je viens de découvrir un article dans la République de Seine-et-Marne, hebdomadaire local. En page ##, le journal fait un article sur l'intervention d'Yves Jégo à l'assemblée nationale.

Rappelons le pedigree d'Yves Jégo : avocat de profession (qu'il exerce à Paris), maire de Montereau à la confluence de la Seine et de l'Yonne, député de Seine-et-Marne. Jusqu'en début d'année 2016, il était aussi président de la communauté de communes des deux fleuves (qui porte très mal son nom, l'Yonne n'étant qu'une rivière). La déclaration de patrimoine du député-maire montre une augmentation des rémunérations liées à son activité d'avocat à Paris (certes démarée en 2010) et la baisse de celle des fonctions électives entre 2008 et 2012 (qui passent de 32 000 à 9 000 € en 4 ans). Sachant que les indemnités liées à ces fonctions ne sont pas prises en compte dans la rémunération (Jégo est député depuis 2002 et maire depuis 1995) mais se montent à 7 700 € pour le seul mandat de député, auxquels s'ajoutent les indemnités de frais de (ce) mandat (5 770 € brut). Malgré la limitation du cumul des mandats, il est resté conseil régional d'Île de France pendant 16 mois alors qu'il aurait dû démissionné d'un de ses trois mandats au plus tard 1 mois après les élections régionales de mars 2010. Toujours dans sa déclaration de patrimoine, on y apprend que ses collaborateurs parlementaires (autorisés par la loi) sont sa femme, un salarié de son parti politique (UDI) également conseiller municipal de Montereau et vice-président d'un organisme HLM local, et deux secrétaires de la mairie de Montereau. Bref, des gens dans le besoin... qui se partagent 9 500 €/mois en plus de leur salaire d'employé.

Cette description du personnage faite, que trouve-t-il à redire à ces crues ? au moins deux choses sur le fondement de la transparence :

  • il veut savoir pourquoi la crue du Loing a dépassé de 50 cm celle de 1910
  • il souhaite savoir pourquoi vigicrues a sous-estimé le niveau de la Seine à Paris (alors qu'il n'est pas concerné) et avance l'information d'un bug informatique.

Sur le premier point, je répondrai que comme à chaque crue importante, ce genre d'élus joue aux vierges effarouchées, recherche des responsables et ignore superbement la puissance de la nature. L'eau qui tombe du ciel doit s'écouler d'une manière ou d'une autre. Se croire protéger par des aménagements non conçus pour absorber de tels débits et volumes montre encore une fois la culture scientifique lamentable de ces élus.

Sur le second point, avancer niaisement l'information d'un bug informatique sur vigicrues, alors qu'il s'agit d'une panne d'appareillage, est tout bonnement indigne d'un édile qui aurait mieux fait de se renseigner un minimum avant de sortir cette information, non seulement fausse mais qui ne peut que faire enfler inutliment des polémiques et désinformer le public sur la manière dont on gère le risque et la prévision des crues.

Polémique 2

à suivre...

Des canaux qui rompent, est-ce bien normal ?

Puisque deux lecteurs au moins (se) posent la question, rappelons que les canaux sont conçus pour de la navigation avec un niveau d'eau constant dans un bief, nom "technique" du plan d'eau entre deux écluses. Le niveau d'eau reste bien inférieur au niveau des berges où se trouve le chemin de halage. Tout canal nécessite d'être alimenté en eau pour maintenir ce niveau constant. Il existe plusieurs manières d'alimenter en eau un canal dont la plus simple consiste à la prendre de la rivière que le canal longe, puisque la majorité des canaux longe des vallées : c'est par exemple le cas du canal de Briare à l'aval de l'écluse du Gazon avant Châtillon-Coligny. Cette alimentation est assez souvent contrôlée par des ouvrages. Lorsque la rivière alimentant le canal est en crue, il faut éviter au maximum que le canal se remplisse plus qu'il ne peut. Dans le cas contraire, les berges du canal - qui sont aussi des digues - seront plus sollicitées par la pression de l'eau (plus le niveau d'eau est haut, plus la pression qui s'exerce sur les berges du canal sont fortes). D'où un risque de rupture. Si le canal déborde, ses berges sont submergées, et comme pour une digue classique, la rupture est proche. Enfin, le canal peut aussi trop se remplir par débordement inverse : le niveau du cours d'eau atteint le haut des berges du canal et déverse dedans, amenant plus d'eau soudainement dans le canal : soit ce phénomène de déversement cause la rupture des berges mais c'est peu probable car le canal ayant déjà de l'eau, la hauteur de chute d'eau (différence entre le niveau d'eau de la rivière et celle du canal) est faible ; soit ces volumes et débits d'eau supplémentaires vont se propager dans le canal et provoquer un déversement plus loin, source de rupture.

Voilà pour la théorie. Pour la pratique, le canal de Briare s'est rompu vers Montcresson. Celui du Loing entre Nemours et Épisy (à vérifier)

Remarquons cependant que cette rupture n'a pas entraîné une vague dans le lit majeur. Comme le montrent (graphiques à venir) les mesures du niveau d'eau du Loing et de ses affluents aux stations, on ne voit pas de montée anormale.