Une crue catastrophique dans l'Aude, 19 ans après la crue dramatique de 1999.

C'est le Carcassonnais qui est cette fois mis à rude épreuve, et notamment les communes de la ceinture nord de la préfecture, arrosées par le Fresquel, le Trapel ou l'Orbiel, et les villages bordant l'Aude depuis Carcassonne.

A l'origine des crues, un épisode pluvieux intense dans la nuit du dimanche 14 au lundi 15 octobre avec plus de 200 mm observée au radar de Météo France sur un axe Trèbes - Cuxac Carbadès.

Pluies_181015-1J_Carca

source Météo France (en bleu le cours de l'Aude)

 

4, 5 ou 6 mois de pluie en quelques heures, qu'importe et cela n'a guère de sens. C'est chose courante dans la région et c'est le propre des précipitations méditerranéennes : peu de jours de pluie, mais quand il pleut, il tombe (souvent) des seaux.

Malheureusement, l'axe des plus forts cumuls de pluie correspond à peu de choses près à de petits bassins versants dont celui de l'Orbiel.

2018 vs 1999 ?

Précipitations

Rien à voir en termes de quantité totale précipitée : on avait dépassé 600 mm en 36h à Lézignan en novembre 1999, dont plus de 100 mm en 1h et près de 200 mm en 2h. Une bonne douzaine de stations avaient dépassé 400 mm.

Source: http://pluiesextremes.meteo.fr - édition du 06/04/2016.

Dans cette nuit du 14 au 15/10/2018, seules deux stations ont vu s'abattre plus de 200 mm de pluie : Trèbes avec 295 mm (max horaire 55 mm), et Labastide-Rouairoux avec 244 mm (50 mm en 1h). Les autres pluviomètres n'ont pas dépassé 200 mm : 180 mm aux Martys (39 mm en 1h), 163 mm à Marseillette (43 mm en 1h), 140 mm à Carcassonne (25 mm en 1h), 135 mm à Puichéric (43 mm en 1h). 

Du point de vue géographique, les pluis d'octobre 2018 ont touché l'ouest du versant sud de la Montagne noire, alors qu'en 1999, c'est la partie orientale du massif et les Corbières qui avaient été touchés.

Quelques statistiques historiques pour mettre en relief l'épisode pluvieux de 2018

Selon le site pluies extrêmes de Météo France, le département de l'Aude n'avait vu que 5 fois depuis 1958 (soit en 60 ans de mesure) un épisode pluvieux dépassant 200 mm en 1 jour au mois d'octobre. L'ex-région Languedoc-Roussillon (LR) a vu ces quantités dépassées 50 fois en octobre sur la même période de mesures.

Sur les quatre derniers mois de l'année les plus propices aux épisodes méditerranéens, les 200 mm en 1 jour ont été dépassés 13 fois dans l'Aude et 125 fois en LR.

Sur une année civile, les 200 mm en 1 jour ont été dépassés 17 fois dans l'Aude (150 fois en LR) : 1962, 1963, 1969, 1970, 1977, 1979, 1982, 1985, 1986, 1989, 1992, 1996, 1997, 1999, 2005, 2010 et 2014. En moyenne, on relève donc une fois tous les 4 ans une telle quantité de pluie en 1 jour à au moins une station audoise de mesure de la pluie.

Quant à la plus grande fréquence de ce type d'évènement pluvieux sur les dernières années mise sur le dos du changement climatique (et je ne suis pas climatosceptique) elle n'est pas démontrée ici, au contraire. La médiane est calée sur l'année 1986, soit 28 ans après le début des mesures et 32 ans en arrière par rapport à aujourd'hui. Il aurait fallu que la médiane soit plus proche de 2018 que de 1958 pour conclure à une augmentation de tels phénomènes climatiques.

 

Inondations

Les pluies n'ayant pas touché les mêmes zones géographiques, les cours d'eau ayant le plus réagi ne sont pas les mêmes, hormis le fleuve récepteur qu'est l'Aude, qui a dépassé ses plus hauts niveaux historiques (crue d'octobre 1891) entre Carcassonne et Ventenac.

En 1999, la Cesse au nord et l'Orbieu au sud, qui confluent avec l'Aude à quelques kilomètres de distances, avaient été les principaux affluents alimentant la crue.

En 2018, c'est l'Orbiel et l'Aude amont qui ont soutenu la crue, complété dans une relative mesure par l'Argent-Double et l'Ognon, puis par l'Orbieu et la Cesse.

Le tableau ci-dessous récapitule les hauteurs d'eau relevées aux différents points du bassin versant de l'Aude et de ses affluents.

Tableau_Aude

Nd : capteur de hauteur d'eau ayant dysfonctionné. A Luc-sur-orbieu, la reconstruction du pont emporté par la crue de 1999 a modifié la configuration des lieux et la comparaison stricte des hauteurs n'est pas possible.

 

Quelques mises en garde cependant :

- la comparaison des hauteurs sur de longues périodes (et même des courtes) doit être regardée avec précaution et doit rester un indicateur. Les modifications de la configuration d'un même lieu de mesure, qu'ils concernent les ouvrages (pont, seuil, etc.) ou le profil en long du cours d'eau (enfoncement ou engraissement) sont de nature à fausser les comparaisons. Typiquement, l'exemple le plus célèbre est le repositionnement de la statue du Zouave lors de la reconstruction en 1958 du pont de l'Alma à Paris qui fausse toute comparaison entre le niveau de la Seine atteint en 1910 et le niveau sur la statue aujourd'hui : d'une part le Zouave n'a pas été recalé au même niveau. D'autre part, le pont ne possède plus qu'une pile, réduisant donc l'obstacle à l'écoulement.

- la bonne grandeur physique de comparaison entre deux évènements de crue est le débit. Mais sur des cours d'eau à cinétique rapide, il est difficile (et dangereux) de faire des mesures de débit pour des évènements extrêmes. Les valeurs sont souvent reconstituées à posteriori.

 

Pourquoi des inondations plus fortes qu'en 1999 sur l'Aude centrale ?

Les raisons tiennent certainement à la typologie de la crue à l'échelle du bassin :

- crue notable de l'Aude amont qui a soutenu les débits,

- crue exceptionnelle de plusieurs petits affluents, dont l'Orbiel en aval immédiat de Carcassonne, puis apport encore important des affluents jusqu'à la Cesse. Il faudra regarder les courbes de débit pour regarder les éventuelles concomitances dans les apports

- pluviométrie sans caractère exceptionnel mais survenant sur des sols humides à très humides après plusieurs jours de pluie la semaine dernière.

 

Pourquoi des inondations moins fortes qu'en 1999 sur les basses plaines de l'Aude ?

Après 1999, plusieurs aménagements ont été mis en place, dont l'élargissement du déversoir sur le canal de Jonction à Sallèles, la mise en transparence du remblai de la voie ferrée reliant Narbonne à Bize-Minervois et l'endiguement de Sallèles et Cuxac-d'Aude. Les écoulements s'évacuent mieux, avec des effets d'embâcles plus modérés et surtout sans rupture d'ouvrages cause d'effets de vagues dévastateurs.

Les volumes ruisselés en octobre 2018 sont moindres que ceux de novembre 1999 et il y a donc fort à parier que les débordements seront moindre dans les basses plaines. Si beaucoup de cours d'eau ont dépassé leur plus haut historique, ils l'ont fait avec des hydrogrammes (courbes débit / temps) plutôt pointus, surtout les affluents d'aval, donnant une valeur de maxi élevée mais des volumes roulés modérés.

 

I. Présentation des cours d'eau descendant le versant sud de la Montagne Noire

I.1 Le Fresquel

C'est le cours d'eau le plus à l'ouest, avec le plus grand bassin versant ($$$ km2). A proprement parlé, il ne descend pas de la Montagne Noire mais coule plus ou moins parallèlement à celle-ci dans une vallée assez large que suit peu ou prou le Canal du Midi du seuil de Naurouze à Carcassonne. PAr contre, tous ses affluents de rive gauche dévalent les flancs de la Montagne Noire avec de fortes pentes, certains petites affluents étant intercepté par la rigole de la Montagne qui alimente le canal du Midi à son bief de partage via le système alimentaire, très intéréssant à décrire mais hors sujet ici.

I.2 L'Orbiel

Il prend sa source au pied du GR7 à 850 m d'altitude et le début de son cours marque la limite communale de Labruguières et Mazamet.

Il reçoit à Vic son principal affluent (le Rieu sec) à l'amont immédiat de Conques-sur-Orbiel.près du village des Martys à xxx m d'altitude et descend quasiment plein sud jusqu'à Trèbes où il se jette dans l'Aude, une centaine de mètres avant le pont de la RD.

Longueur : ; Superficie du BV : 

 

I.3 L'Argent Double

 

I.4 L'Ognon

 

I.5 La Cesse