L'Argens, le Gapeau, de (tous) petits fleuves côtiers varois - la Giscle voire le Maravenne -, les affluents du Tarn - le Rance à Saint-Sernin sur Rance et la Sorgues à Saint-Afrique-, l'Orb à Bédarieux et à Béziers, l'Aude et son affluent l'Orbieu, la Berre à Sigean, l'Agly.

Des rivières et des fleuves qui font leur grosse crise en cette fin novembre 2014. Pour certains - l'Orbieu, la Berre et l'Agly - ces crises font suite à d'autres relativement récentes (mars 2013 pour l'Agly, janvier 2014 dans le Var) ou un peu moins récentes (1999 dans l'Aude et les PO ; 1996 pour l'Orb), ou des bien moins récentes.

Et à chaque fois c'est la même triple rengaine :

- les commentaires du style "ça fait x années que j'habite là et je n'ai jamais vu ça" - x étant assez souvent un nombre ne dépassant guère la dizaine d'années, voire moins dans certains cas - ou "c'est une crue centennale", adjectif employé à très mauvais escient : d'une part, la fréquence est dans la réalité bien moindre ; d'autre part, la notion de centennale renvoie à la fréquence d'apparition d'un événement chaque année (centennale = 1 "chance" sur 100) et non la période avant de voir ou revoir un tel évènement (on ne reverra pas ça avant 100 ans). La presse écrite et numérique est assez friande de tels titres pour ses articles. Pourtant, quelques petites recherches suffisent pour retrouver trace dans un passé pas si lointain, quelques dizaines d'année au plus, d'événements similaires : un automne très pluvieux sur l'arc méditerranéen par exemple (en 1958 ou en 2003).

- ces événements sont-ils la conséquence du réchauffement (ou changement) climatique ? la grande question à laquelle MétéoFrance est souvent appelé à répondre, sans pouvoir apporter avec certitudes des réponses. Et se contentant à raison de rester dans des généralités. La véritable réponse étant que la vulnérabilité avec l'urbanisation croissante s'est énormément développée en zones inondables.

- la comparaison avec les pluies mensuelles : il est tombé en 2 jours ce qui tombe en un (ou2) mois. En oubliant que c'est la particularité des régions méditerranéennes : les jours de pluies sont peu nombreux mais les quantités d'eau sont importantes les jours où il pleut.

Notre société soit-disant civilisée et avancée comprendra-t-elle un jour quelques évidences ?

1) la nature est plus forte que l'Homme

2) rien n'arrête l'eau

3) l'urbanisme réalisé au mépris du bon sens depuis des dizaines d'année et encore aujourd'hui (mais si mais si !) dans les zones inondables est la raison principale, non pas des inondations, mais de leurs conséquences : lotissements et zones d'activité ne sont sous l'eau que parce qu'on les a construits là en oubliant plus ou moins volontairement le caractère inondable des terrains. Une construction en zone inondable : que nenni ! "on n'a jamais vu d'eau ici" vous dira un élu ou un habitant. Montrez-lui des photos anciennes du lieu sous les eaux. Stupeur (sans tremblement) ! Il sera capable de vous dire que ça ne peut pas se reproduire, que depuis, on a fait tel et tel aménagement : le village de Luz-Saint-Sauveur en pays Toy (via le site web de la commune) se croyait à l'abri de crues similaires à celles de la fin du XIXè siècle. Juin 2013 a montré que ces croyances n'étaient que foutaises.

4) on a beau faire des protections, des digues, il y aura toujours un événement plus fort qui rendra ces protections sans effets, voire plus dangereuses : il n'y a qu'à voir les effets de la rupture d'une digue.

Prenons le cas des Pyrénées Orientales en ces 2 derniers jours de novembre 2014. Sans chercher l'exhaustivité, on peut retrouver trace de 7 événements pluvieux intenses en 50 ans :

  • octobre 1962
  • octobre 1965
  • octobre 1970
  • septembre 1992
  • novembre 1999
  • mars 2013
  • novembre 2014

 

Pluviométrie du 3 au 5 novembre 1962 (source Météo France - édition 11/8/2011)


 

 


Pluviométrie des 9 et 10 octobre 1970 (source Météo France - édition 8/8/2011)


 

Pluviométrie du 26 septembre 1992 (source Météo France - édition 2/8/2011)


 

 

Pluviométrie des 12 et 13 novembre 1999 (source Météo France - édition 30/5/2012)


 

Pluviométrie des 5 et 6 mars 2013 (source Météo France - édition 12/3/2014)


 

Extrait du PPRi de Rivesaltes : "La Salanque, exutoire naturel de l’Agly et de la Têt est un quadrilatère de 12 km de côté dans la plaine de Roussillon entre la Têt au sud, l’étang de Salses au nord et la mer Méditerranée à l’est. C’est une basse plaine alluviale finissant par un cordon dunaire à l’est et dont l’hydraulique est fortement influencé par la variation des niveaux des plans d’eau environnants.
Au cours des siècles, les débordements répétés de l’Agly inondant la plaine ont conduit les décideurs à construire des digues destinées à protéger des crues d’intensité modérée les cultures et depuis quelques décennies les habitations qui les ont en partie remplacées."

De tous temps, l’Agly a débordé et inondé la plaine de la Salanque. Autrefois, ces inondations assuraient la fertilisation des sols et à la longue, le limonage a permis de dessaler et de transformer en terres cultivables toute une zone lagunaire initialement insalubre.

Si l'on remonte jusqu'à la fin du XIXè siècle, on recense les inondations suivantes :

  • de 1879 à 1892 (sauf 1886), une inondation au moins par an avec les plus fortes en septembre 1888 et octobre 1891 et novembre 1892
  • 1898
  • novembre 1920 avec la crue la plus forte du Verdouble
  • décembre 1932
  • octobre 1940
  • février 1959
  • 1961 à 1963
  • octobre 1965 : la Salanque est inondée à 5 reprises dans le mois qui verra plus de 600 mm d'eau tomber sur le bassin de l'Agly. Ce sont ces inondations successives qui feront prendre conscience de la nécessité d'aménager le lit et les berges pour réduire la fréquence des inondations de la plaine.
  • novembre 1968
  • mars et avril 1969
  • octobre 1970 : la crue la plus forte depuis 1940, alors que les travaux de recalibrage du lit ont démarré.

Le recalibrage et l'endiguement du lit entre la route nationale 9 et l'embouchure, soit 13 km, sont réalisés de 1969 à 1974. Les digues d'une hauteur de 2 ou 3 m sont construites avec les matériaux du lit et des abords. La capacité du lit est porté à 1500 m3/s. Mais cette capacité est très théorique puisqu'on considère que les digues, loin d'être construites selon les règles de l'art, tiennent encore lorsque l'eau affleure les crêtes des digues. Rappelons que ces digues ont été construites pour réduire les débordements dans la plaine de la Salanque afin de préserver la plaine agricole, pas pour augmenter l'urbanisation. Les décennies suivantes, les débordements dans la plaine de la Salanque vont se faire plus rares malgré de belles crues :

  • octobre 1987
  • septembre 1992
  • décembre 1995
  • décembre 1996
  • novembre 1999

Et très récemment mars 2013 et novembre 2014.

URBANISATION GALOPANTE

L'IGN met à disposition de tout un chacun les archives de prises de vue aériennes (avec quelques campagnes juste après des crues). Prenons pour exemple la plaine de la Salanque entre Toreilles au sud et St-Laurent-de-la-Salanque au nord, deux villages séparés par l'Agly à proximité de son embouchure.

Un repère bien visible sur les photos (sauf la 1ère) est le cimetière de St-Laurent, de forme rectangulaire et construit à l'origine, à la sortie sud du village en bordure de la RD11. A ce jour, le cimetière n'est plus la limite sud de l'urbanisation du village : tout est construit autour. Aux champs de vigne et aux vergers, vont succéder en 70 ans des cultures puis des lotissements. Et la crue de 1999 ne verra pas l'arrêt de l'urbanisation, bien au contraire.

2014_scan25 extrait scan25 IGN aujourd'hui : urbanisation continue d'un village à l'autre.

Etat_majorcarte Etat major milieu XIXè siècle

1939 1939

1965 1965

1972 1972 : l'endiguement est réalisé

1982 1982

1999 1999 : urbanisation quasiment continue d'un village à l'autre avec des constructions juste derrière les digues.

2014 2014